Parlement : Le conflit linguistique polarise la session du printemps
Le conflit linguistique entre l'arabe et le français polarise la vie politique au Maroc et va jouer un rôle de premier plan dans les débats de la session parlementaire de printemps qui débutera vendredi.
Un projet de loi visant à modifier les textes scientifiques en français à l'école publique est maintenant la pomme de discorde au sein de la coalition gouvernementale elle-même, et le bruit politique couvre la question fondamentale: que se passera-t-il si l'arabe ne sert plus véhicule scientifique et technologique?
« La réforme linguistique est dictée par les résultats de plus en plus médiocres des étudiants marocains poursuivant une carrière scientifique. Seul un étudiant sur dix parvient à terminer sa carrière universitaire scientifique, les autres optant pour une autre carrière en arabe ou quittant la faculté au cours de la première année pour ne pas être en mesure de s’adapter », a récemment averti le ministre de l’Éducation, Said Amzazi.
La principale raison est liée au système éducatif public lui-même: les étudiants étudient les mathématiques et la physique en arabe tout au long de l'année scolaire, mais une fois à l'université, ces disciplines passent en français sans transition ni pont.
Les étudiants souffrent donc d'un problème de compréhension qui leur fait perdre immédiatement des opportunités.
À cela s’ajoute le fossé de plus en plus grand entre les élèves du système public, issus pour la plupart de classes défavorisées, et ceux de l’école privée, où les sciences sont enseignées en français, en anglais ou en espagnol, et fréquentées par des classes généralement fortunées capable de couvrir leurs dépenses élevées.
Pour remédier à ce problème, le Conseil des ministres présidé par le même roi Mohamed VI) a adopté en août dernier un projet de loi prévoyant d'enseigner les matières scientifiques et techniques en langues étrangères, ce qui, au Maroc, équivaut au français.
Mais cette décision a immédiatement provoqué une division énorme, même au sein de la coalition gouvernementale elle-même, qui avait paradoxalement laissé disparaître le projet.
Les défenseurs de la langue arabes que sont le PJD ainsi que des syndicats et des intellectuels regroupés dans la « Coalition nationale pour la défense de la langue arabe », qui considérait cette mesure comme un moyen de consacrer « le pouvoir du lobby français » et une menace contre l'identité nationale et religieuse du pays. Et parmi ces défenseurs de la langue arabe figure dans une certaine mesure le parti Istiqlal qui jusqu’au derniers moment avait semblé mettre de l‘eau dans son moulin présent. C’est sur cette fond de crise que s’ouvre la saison printanière du parlement avec un sujet très épineux qui est loi de connaitre son épilogue.
Mouhamet Ndiongue