A l’Université d’été du RNI, les jeunes s’imposent et les ambitions se posent

A l’Université d’été du RNI, les jeunes s’imposent et les ambitions se posent

Le RNI est de moins en moins une formation de bleus en politique… Le parti en est à sa 3ème édition de l’université d’été de ses jeunes. Les deux premières se sont tenues à Marrakech, et celle de 2019 à Agadir, fief du parti depuis qu’Aziz Akhannouch en a pris les commandes. L’accueil des jeunes, des Gadiris et autres RNIStes est au rendez-vous, mais cela est normal, l’organisation est puissante… Ce qui est moins ordinaire, en revanche, est ce quelque chose qui est en train de se produire au sein du parti.

A l’ouverture de l’Université d’été, au théâtre de verdure de la capitale du Souss, 5.000 jeunes sont là, pour écouter les orateurs, chacun ayant son message à faire passer (contre 4.000 en 2018 et 3.000 en 2017). De Lamia Boutaleb, égale à elle-même, avec une darija qui s’améliore de mois en mois (et qui devra continuer de s’améliorer…), qui dénonce les attaques contre les gens d’affaires, aussi systématiquement qu’injustement taxés de « cheffar » (voleurs, escrocs), à Moulay Hafid Elalamy, venu parler de ses plans d’accélération industrielle, de ses chiffres et de ses (grandes) ambitions, les orateurs ont tous peu ou prou mis l’accent sur les jeunes, même le très soporifique Mohamed Aujjar. Comme Rachid Talbi Alami, ce dernier représente l’ancienne garde, les apparatchiks du RNI (si l’on peut dire), mais contrairement au ministre de la Jeunesse, agréable à écouter, celui de la Justice ne remue pas les foules, et n’arrache même pas un sourire, sauf peut-être jaune, à défaut d’être jeune.

L’ambiance est festive, comme pour toute université d’été, et la bonne humeur est là, avec un drone bourdonnant pour immortaliser tout cela et transmettre l’événement en direct sur les réseaux. Et puis, l’incident…

En effet, pendant que Rachid Talbi Alami harangue les foules, de son ton calme et mesuré, un groupe de jeunes descend la travée centrale, torches de téléphones allumées, et crient des slogans en faveur de leur ami « Issam », sans que personne, sauf les concernés, ne sache ce qui est arrivé à Issam. Les milliers de personnes présentes prennent alors fait et cause pour le jeune homme, et Aziz Akhannouch leur fait signe de la main pour se clamer ; ils se calment.

Et le président monte sur scène, salué par des cris et des slogans, des chants et encore des slogans des 5.600 personnes présentes. Et M. Akhannouch de commencer avec ce qui semble bien être un « élément de langage », asséné et ressassé par tous les orateurs qui l’ont précédé : « Cela fait une semaine qu’on nous attaque de tous les côtés, mais on ne leur répondra pas. Qu’ils disent ce qu’ils veulent, nous, on les moquera, on les raillera ! » ; on ne saura pas qui sont « ils », mais on s’en doute, et il faut aller les chercher dans les milieux religieux et conservateurs, et bien évidemment politiques, majorité et opposition confondues.

Puis arrive, encore, Issam, le jeune qui a son problème et que ses copains défendent. « Je connais personnellement le jeune Issam, un garçon gentil et avenant, travailleur et sérieux. Je connais son problème et je m’en occuperai moi-même », dit M. Akhannouch. Le cas de ce jeune homme est intéressant car il casse l’image désastreuse de discipline absolue qui ne saurait exister dans un parti. Plusieurs jeunes n’ont pas été écoutés, en faveur de leur ami, et ils l’ont fait savoir, avec colère, obligeant leur hiérarchie à se prononcer. La vie tumultueuse et l’agitation contestataire salutaire d’un vrai parti gagne le RNI, et c’est heureux pour lui !

Puis Aziz Akhannouch, rappelant son parcours politique lent et long (de Tafraout à la commune, puis la région, puis le gouvernement, puis le parti), exhorte les jeunes à s’impliquer dans l’activité politique, hardiment, à leur manière. « Celui qui a 25 ans aujourd’hui veut finir ou avoir fini ses études, il veut travailler, puis acheter un logement, puis se marier (cette dernière chose a été très chaleureusement ovationnée…, NDLR) ; il ne faut donc pas laisser passer 5 ans, la durée d’une législature : il faut s’inscrire dans les listes électorales, voter, agir politiquement !! ».

Suivent deux moments particuliers, émouvants : le dialogue entamé entre M. Akhannouch et un jeune de 19 ans, parlant depuis la salle. L’adolescent dit vouloir faire de la politique, et le ministre l’encourage à le faire, sous les vivats et les rires des 5.000 personnes présentes. Puis cette tirade poignante où Aziz Akhannouch, très ému, évoque sa jeunesse à Agadir, le sort de sa famille durant le séisme de 1960, ses deux frères morts, sa mère et sa sœur ensevelies sous les décombres des heures durant, avant de délivrer un formidable message d’espoir : « Il ne faut jamais désespérer. Le désespoir ne doit pas être la fin de tout, mais le début à tout, comme ma mère qui a perdu deux garçons, et qui n’a jamais perdu son sourire, sa vie durant ! ».

 

On sent donc l’arrivée d’un parti, d’un vrai, avec le RNI d’hier et ses jeunes et moins jeunes. Il n’existe toujours pas de jeunesse véritablement politique au sein de cette formation, mais elle arrive, elle s’installe, lentement et sûrement, au vu des réalisations des dernières années. « Nous ne voulons pas, comme ‘eux’, faire de notre jeunesse une arme de guerre, mais une jeunesse à l’avenir certain et assuré, et si l’on gagne en 2021, ce sera alors place aux jeunes ! », lance le président du parti en guise de conclusion.

On peut en douter, comme on peut douter de tout, mais si l’on revient sur l’évolution de ce parti depuis deux ans, force est de constater qu’il avance et vite. Il lui manque encore une idéologie marquante, plus précise qu’une vague « social-démocratie » sans cesse répétée, et cette idéologie sera son ancrage sur la scène politique. Il lui manque également un certain courage politique pour attirer et mobiliser les masses, pour donner de grands coups dans la fourmilière, mais cela aussi, avec l’idéologie, se construit avec le temps.

Et il manque surtout au RNI des visages nouveaux, pour faire oublier les anciens ou ceux que l’on voit toujours. Pour cela, c’est gagné, avec MM. Baitass, Chirri et d’autres encore qui sont en train d‘apparaître de plus en plus.

Il faudra donc compter, de plus en plus, avec le RNI, pour 2021. Le travail de fond est fait, les moyens sont engagés, et les ressources humaines sont de plus en plus convaincues. Le reste, c’est l’avenir qui le dira.

Aziz Boucetta



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