Le remaniement, enfin… Mode d'emploi.

Le remaniement, enfin… Mode d'emploi.

Annoncé le 29 juillet dans le discours du trône, le remaniement de l’équipe gouvernementale de Saadeddine Elotmani a enfin vu le jour ce mercredi 9 octobre, 48 heures avant l’ouverture solennelle de l’année législative par le chef de l’Etat, vendredi 11. Et comme toute chose longuement attendue, l’annonce de ce gouvernement a suscité, à chaud, des réactions négatives. Mais à y regarder de plus près, le Maroc dispose d’un gouvernement particulier à plus d’un égard.

Tant au niveau des nouveaux que de ceux qui sont partis, des formations de la majorité et du PPS, des femmes et des jeunes, des technocrates, tout a changé. On passe donc d’un gouvernement pléthorique de 39 membres, dont 12 secrétaires d’Etat à une équipe resserrée de 24 personnes, sans secrétaires d’Etat. Eléments d’explication.

1/ Les partants.

Au total, ce sont 22 ministres et secrétaires d’Etat qui s’en vont, mais deux de ces derniers sont repêchées, puisqu‘il s’agit de femmes, Jamila Moussali et Nezha el Ouafi, qui ont pris du galon, car elles seront respectivement ministre de la Solidarité et de la Famille et ministre déléguée aux MRE.

Mohamed Sajid part, et il le devait au secteur du Tourisme où il ne laissera pas une marque indélébile. Lahcen Daoudi part aussi, et en est heureux, puisqu’il le demandait sans cesse.  Mohamed Aujjar et Rachid Talbi Alami, des caciques du RNI, en plus de Lamia Boutaleb, qui ne l’est pas, s’en vont, au titre du dégraissage du mammouth. Ce sont les deux véritables politiques du RNI.

Mohamed Laâraj quitte la culture et la communication (département qui n’existe plus), Abdelkrim Benatiq sort de son ministère délégué au MRE et les deux PPS, Anas Doukkali et Abdelahad el Fassi suivent leur parti qui a abandonné la coalition gouvernementale.

Mustapha el Khalfi revient à la vie normale, après près de 8 ans au gouvernement, au même titre que Najib Boulif. Ils sont tous deux du PJD

 

2/ Les nouveaux arrivants.

On constatera que sur les 6 nouveaux, deux sont de « hauts gradés » de leur parti, en l’occurrence Nouzha Bouchareb (logement et politique de la ville) et Mohamed Amekraz (travail et insertion professionnelle), respectivement cheffe de la Femme Harakie du MP et SG de la Jeunesse du PJD.

Un troisième, Khalid Aït Taleb, sera en charge de la santé. Il est médecin, chirurgien même, et ancien patron du CHU de Fès. C’est un technocrate pur jus car il occupera un poste relié à son métier, et délié de toute appartenance partisane. Il a du pain sur la planche, héritant d’un département chahuté du temps de M. Doukkali…

Nadia Fettah est une femme du privé, venant de Saham où elle a conduit plusieurs restructurations et supervisé le développement à l’international. Elle est étiquetée RNI, ce qui ne veut rien dire, en dehors de la proximité qu’elle a avec Moulay Hafid Elalamy, dont elle fut longtemps une précieuse collaboratrice.

Hassan Abyaba est un dirigeant de l’UC, et il est en charge de la Culture, de la Jeunesse et des Sports. Il est en outre porte-parole du gouvernement.

Enfin, Driss Aouicha, en charge de l’Enseignement supérieur, est un ancien patron d’al Akhawayne. Il est dans son domaine.

3/ Les restants.

18 ministres ou anciens secrétaires d’Etat se maintiennent au gouvernement, dont les titulaires des ministères dits de souveraineté (Intérieur [2], Affaires étrangères [2], Affaires islamiques, Défense nationale, secrétariat général), qui font le job, un job de technocrates sans états d’âme ni appartenance politique.

Nasser Bourita voit conforter « ses » Affaires étrangères, avec mention explicite de la coopération africaine et des MRE. Son ministre délégué Mohsine Jazouli est ainsi « recadré », n’étant plus dans l’intitulé de son département seul en charge de l’Afrique.

Les RNI Aziz Akhannouch, Moulay Hafid Elalamy et Mohamed Benchaâboune étaient difficilement sortables, malgré les difficultés des deux premiers (rapport de la Cour des comptes pour le premier et sévère remontrance royale au second). Mais le Plan Maroc Vert II étant dans le pipe, M. Akhannouch devait rester pour assurer la continuité, et idem pour MHE et l’accélération industrielle qui porte ses fruits, malgré des statistiques polémiques sur l’emploi. Mohamed Benchaâboune est le nouveau, n’ayant que 14 mois de gouvernement à son actif, mais il doit assurer le suivi des Assises de la fiscalité et du projet de loi de finances déjà élaboré.

Quant à Mostafa Ramid, il est toujours ministre d’Etat, en plus des relations avec le parlement. Il connaît bien le législatif puisqu’il est député depuis deux décennies. Il contribuera également au renforcement de M. Elotmani au sein du parti. Quant aux droits de l’Homme, et malgré son conservatisme en matière de libertés individuelles, il maîtrise le sujet et défend le royaume plus que convenablement, avec autorité et crédibilité, à l’ONU.

Saaïd Amzazi se maintient, et il n’a pas démérité, malgré les contestations des enseignants anciennement dits « contractuels » (ils ne le sont plus) et les difficultés en facultés de médecine. M. Amzazi s’est démené comme un beau diable pour faire aboutir la loi cadre 51-17, qui a fait couler tant d’encre et de salive, en plus de la transpiration. Mais son adoption est incontestablement à mettre à son actif. Il reste donc.

Mohamed Benabdelkader est un USFPiste, homme sérieux et discret. Son travail à la Fonction publique a été remarqué, et il est promu à la Justice, avec comme chantier principal la réforme du Code pénal.

4/ Les partis.

Ils étaient 6, ils ne sont plus que 5, le PPS ayant jeté l’éponge donnant en spectacle une cruelle tragédie grecque dont il se relèvera difficilement… Les sans appartenance politique sont les plus nombreux, avec 9 ministres, suivis du PJD, qui ne garde que 7 portefeuilles, le RNI avec 4 ministres, le MP avec deux ministres et l’USFP et l’UC un portefeuille chacun.

Le maintien du RNI en tant que formation compliquera d’autant sa tâche pour remporter la pole position aux élections de 2021, surtout que le plus ancien RNIste, en l’occurrence Rachid Talbi Alami, un politique de combat, est parti, laissant derrière lui des dirigeants certes du parti, mais y arrivés de fraîche date…

Au PJD, le maintien de MM. Ramid, Amara et Rabbah sont importants pour la position et le positionnement de leur chef au sein de leur formation, un positionnement renforcé par l’arrivée du secrétaire général de la très remuante et non moins bruyante Jeunesse PJDiste.

Quant aux autres partis, MP, UC et USFP, ils ont eu des départements au nom de la coalition et au non de la dictature numérique pour la majorité.

5/ La parité.

Elle n’y est pas, avec seulement 4 femmes sur 24 membres du gouvernement, soit 17%. Mais à y regarder de plus près, cette représentativité féminine est à l’image du Maroc, avec un taux d’activité national des femmes de seulement 15%. On aurait donc pu mieux faire, sachant qu’il aurait été difficile de mieux faire…

 

Au final, c’est une sorte de gouvernement commando auquel nous avons eu droit, deux mois et demi après l’annonce royale. Mais le chef de l’Etat a annoncé également deux grands chantiers, que sont la mise en place d’une commission spéciale pour le modèle de développement et des changements notables et crédibles au sein de la haute technostructure. On ne pourra vraiment « lire » cette nouvelle équipe que quand les deux autres chantiers auront été réalisés.

Mais d’ores et déjà, on peut parler d’un gouvernement techno-politique, car il n’est ni totalement technocratique, ni complètement politique, même s’il s’appuie sur une solide majorité parlementaire. Chacun s’y retrouvera et on peut même ne pas s’y retrouver. Le problème est que le nouveau gouvernement, avec ses 6 nouveaux, devra avoir une période d’adaptation, sachant qu’il ne reste plus que deux ans dans cette législature.

Aziz Boucetta



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