Comment Taza gère-t-elle la situation sanitaire ?

Comment Taza gère-t-elle la situation sanitaire ?

Casablanca est le cluster le plus important de la maladie du Covid-19 au Maroc, avec plus de 400 cas confirmés le 11 avril. Les grands moyens sont déployés pour les installations sanitaires de la ville. Mais, pour autant, la métropole n’est pas la seule à être dans ce cas, puisque dans les petites villes aussi, le corps médical privé, en collaboration avec le service public, se mobilise pour faire face à la pandémie. Ainsi de Taza…

Taza est une ville de 120.000 habitants environ, avec 80 médecins et un hôpital régional. Comme le pays, comme le monde, les gens de la ville, médecins en particulier, étaient préoccupés au début de la pandémie car il n’y avait pas de moyens. Mais les moyens, pour en disposer, il faut s’en donner les moyens… C’est ce qu’on fait les médecins de la ville, et aujourd’hui, Taza n’enregistre pas (encore ?) de cas graves de Covid-19, mais si tel était le cas, elle est prête à faire face.

« Tout le monde a été pris de court ici, mais nous nous sommes mobilisés, concertés, organisés, et aujourd’hui, cela se passe bien », nous confie le Dr S.M., chirurgien du privé qui a souhaité nous parler anonymement car, dit-il, « l’effort consenti et les résultats obtenus sont l’affaire de tous, et pas d’un seul ». Et de nous expliquer…

« Le principal, dans une telle situation et face à une pareille pandémie, c’est de ne pas avoir peur et de savoir raison garder. Ainsi, on prend les décisions nécessaires, avec les précautions d’usage »… L’une des leçons à tirer de cela est d’être préparé en permanence, avec des stocks de matériel de prévention ou de précaution. Cela étant, pour les praticiens non préparés à Taza, d’autres décisions ont été prises, allant dans le même sens, mais différemment ; ainsi, plusieurs médecins du privé ont procédé comme ailleurs, en fermant leur cabinet et en assurant les consultations à distance, via téléphone, sur rendez-vous.

Taza dispose donc de ses 80 médecins privés qui se sont mis en ordre de bataille, à l’exception de deux, malades et exposés. Au départ, ces médecins ont tenu une réunion avec le directeur provincial de Taza, et ont travaillé dans un système de bénévolat pour soutenir leurs confrères du public, les remplacer au besoin ou échanger des informations avec eux. 

A Taza, ce dimanche 12 avril, 34 personnes sont déclarées positives au Covid-19 et 21 sont en cours d’examen, un décès a été malheureusement enregistré et 4 patients sont guéris. Un traitement médicamenteux normal a été prescrit aux malades et ils réagissent bien. On notera cependant que pour les derniers, un traitement à la fameuse hydroxychloroquine a été administré, le Maroc figurant parmi les premiers pays à avoir autorisé, voire préconisé, ce traitement pour certains cas de malades du Covid-19. « De toutes les façons, nous ne risquons rien en administrant ce traitement objet d’une grande polémique en France ; les effets secondaires sont gérables si tant est que le traitement soit administré sous contrôle médical », assure le Dr S.M., qui affirme que cette controverse trouve son origine dans l’action lobbyiste fort intéressée des laboratoires pharmaceutiques.

Revenons à l’hôpital public de la ville. Entre la surveillance des médecins, le dépistage des cas suspects, le confinement des testés positifs et le traitement à la hydroxychloroquine, Taza a réussi la performance – il faut le dire – d’avoir un service de réanimation libre de tout malade. Pas de soins intensifs, les malades sont justes hospitalisés, sous la surveillance des médecins ; cela signifie qu’ils sont conscients, qu’ils s’alimentent tous seuls et respirent normalement sans avoir besoin d’un appareil pour ce faire.

« Il faut donc absolument éviter ce stade de respiration artificielle, celui de la fibrose où le patient n’arrive plus à respirer sans l’aide d’une machine, car la létalité est alors de 90%. Nous n’en n’avons tout simplement pas les moyens ». C’est pour cela que la prise en charge est décidée avant d’atteindre le stade du respirateur, d’où les efforts mutualisés des médecins publics et privés de Taza. Qu’est-ce qu’un respirateur ? « Une simple pompe à air, qui envoie de l’air plus de l’oxygène à une certaine fréquence et une pression définie pour aider à la respiration. Le système est très simple, doté d’un petit logiciel pour gérer cette respiration artificielle ».

Alors comment procèdent les médecins à Taza, dans ces conditions ? Une association unique regroupant les médecins du public et du privé à été formée, ce qui est assez exceptionnel, et avec l’aide de la Région, cette association a réhabilité et aménagé une grande salle dans l’hôpital de la ville. Ce service est flambant neuf et il est laissé pour éventuellement le traitement du coronavirus. A ce jour, les médecins du public s’en sortent bien, sans n’avoir (encore ?) besoin des services de leurs confrères privés bénévoles.

 

 

 

Sur le plan des personnels paramédicaux, infirmiers principalement, Taza dispose d’un institut de formation, ce qui fait qu’au niveau RH, les choses se passent bien et les infirmiers font leurs stages en réanimation.

Pour ce qui est des structures privées, Taza dispose de deux cliniques privées, dont l’une a été mise entièrement à disposition du ministère de la Santé par les médecins privés, et son service réa est également vide. « C’est au niveau de tout le Maroc que cela se passe ainsi, les médecins du privé mettent leurs installations au service de l’intérêt général ».

Taza donc, comme tant d’autres villes du pays, voit une mobilisation d’autant plus efficace qu’elle est discrète, où le corps médical privé joint ses efforts au secteur public, pour le bien commun et la sauvegarde des populations. Le Maroc n’a pas de moyens gigantesques, mais s’il arrive encore à bien gérer la pandémie qui le frappe, c’est bien grâce aux efforts, à l’abnégation et à l’altruisme des médecins et des autres personnels soignants.

AB



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