Qu’en est-il réellement des Israéliens « bloqués » au Maroc ?

Qu’en est-il réellement des Israéliens « bloqués » au Maroc ?

Un article du Jérusalem Post paru le 16 avril explique que le Maroc, après avoir autorisé les Israéliens présents sur son sol à être rapatriés en Israël, aurait subitement changé d’avis et décidé de les bloquer. La raison : Israël et les Emirats Arabes Unis auraient conclu un accord pour qu’un avion émirati vienne au Maroc chercher les ressortissants des deux pays, et Rabat n’aurait pas apprécié. La réalité est autre.

Contactée par Panorapost en l’absence de toute réponse au ministère des Affaires étrangères, étrangement muet en cette période, une source très bien informée au sein de la communauté juive au Maroc précise que ce sont très exactement 34 juifs qui se trouvent aujourd’hui dans le royaume, répartis en deux groupes, celui de Marrakech et l’autre, à Casablanca.

A Marrakech, 27 Israéliens séjournent dans des hôtels. Parmi eux, 23 juifs et 4 musulmans, tous fortunés, aucun n’ayant besoin de rapatriement par leur gouvernement. Selon notre source, ils songent à affréter un avion pour rejoindre leur pays, et attendent l’autorisation des autorités marocaines.

Les 7 autres, à Casablanca, sont des juifs des Etats-Unis, venus se joindre à leur chef le rabbin Pinto, qui dirige ce que notre source appelle avec insistance une secte. Bloqués au Maroc, ils sont hébergés par les amis de M. Pinto qui a en effet plusieurs activités, religieuses et commerciales, aux Etats-Unis, dont certaines ont attiré la curiosité du FBI.

Cette affaire intervient alors que la communauté juive au Maroc vit au rythme d’antagonismes institutionnels plutôt graves. En effet, cette communauté, « forte » d’environ 1.200 personnes, n’a pas connu d’élection de son président depuis des décennies, et c’est actuellement l’ancien ministre et ambassadeur itinérant Serge Berdugo qui incarne la fonction, puisqu’elle lui semble indissolublement liée… C’est lui qui a veillé le 13 avril 2019 à la nomination du rabbin Yoshiyahu Pinto comme Av Beth Din, c’est-à-dire dirigeant du Tribunal religieux. Quelques jours plus tard, le roi Mohammed VI avait donné instruction au ministre de l’Intérieur de veiller à l’organisation d’élections au sein de la Communauté juive du Maroc, et de s’assurer plus tard de leur régularité. La coïncidence calendaire est intéressante à méditer, et l’abence d’organisation d’élection aussi…

Pour rappel, le rabbin Pinto est le petit-fils du grand rabbin Haïm Ponto, enterré à Essaouira, et se trouve à mi-chemin entre le gourou d’une secte et le chef religieux ultraorthodoxe qu’il veut être. Condamné et emprisonné pour un an de prison pour corruption, il intéresse également le FBI pour diverses affaires en Amérique. Sa présence au Maroc divise la désormais petite communauté de 1.200 membres environ, entre Serge Berdugo, inamovible président et soutien de M. Pinto, et ses détracteurs qui l’accusent de tous les maux, dont celui d’être intervenu pour nommer un juge… tout juste sorti de prison.

L’affaire des Israéliens bloqués au Maroc ravive les tensions intracommunautaires, quelques jours après le décès du Rav Chalom Eidelman, l’un des plus anciens émissaires du Rabbi de Loubavitch dans le monde, âgé de 84 ans, au Maroc depuis six décennies, et mort des suites de sa contamination par le Covid-19. L’intensité du deuil observé et l’adhésion massive de la communauté juive marocaine à ce deuil souligne la fracture au sein de cette communauté dont une grande partie des membres rejettent la présidence de Serge Berdugo.

AB

 



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