La Taxe de solidarité, « une erreur politique », divise la classe politique et les syndicats
Les députés de l'opposition ont joint leur voix aux syndicats qui ont fustigé le gouvernement pour son projet d'imposer une taxe de solidarité sur les salaires des employés de la classe moyenne.
Lors d'un examen du projet de loi de finances au parlement, les députés ont déploré que la classe moyenne continue de supporter le poids des politiques gouvernementales, notant que cette classe particulière a été affaiblie par la hausse des dépenses en raison de la faible qualité des services publics dans l'éducation et la santé notamment .
Le gouvernement a proposé dans son projet de budget pour 2021 une taxe de 1,5% sur les salaires mensuels supérieurs à 10 000 dirhams.
Les finances publiques du Maroc ont été durement touchées par la pandémie et le déficit budgétaire devrait grimper à 7,5% cette année avant de retomber à 6,5%.
Dans sa réponse aux députés, le ministre des Finances Mohamed Benchaaboun a déclaré que la taxe était nécessaire pour réduire le déficit et mettre en œuvre des projets sociaux tels que l'assurance maladie obligatoire.
Il a précisé que la mesure ne s'appliquera qu'à 8% des salariés marocains qui ont des salaires supérieurs à 10.000 dirhams et que la même taxe de solidarité ne s'applique qu'à 1% des entreprises qui réalisent un chiffre d'affaires annuel de plus de 5 millions de dirhams.
Pendant ce temps, des voix s'élèvent pour l'équité fiscale en imposant un impôt sur la fortune au lieu de l'impôt de solidarité.
Le président de l’Alliance des économistes, Abdellatif Maâzouz déclare à Médias24 que la solidarité ne doit pas s’exprimer sous forme de taxe. « La solidarité, c’est quelque chose qui doit s’exprimer volontairement. Pas par un prélèvement obligatoire »
A l’UMT, par exemple, syndicat le plus représentatif dans les secteurs privé et public, cette mesure est perçue comme une nouvelle attaque contre le pouvoir d’achat des classes moyennes, qui renforcera encore plus le sentiment d’injustice fiscale qui règne dans le pays, rapporte la source.
Contacté par Médias 24, l’UMT renvoie à sa déclaration du 21 octobre qui reprend les principaux motifs de rejet de cette contribution de solidarité :
« Alors que le contexte de la crise sanitaire, due à la pandémie de Covid-19 , avec ses conséquences dramatiques pour la santé et ses conséquences sociales et économiques catastrophiques pour l’emploi (suppressions de postes d’emplois, augmentation du chômage et de la précarité...), et pour le pouvoir d'achat et les conditions de vie des travailleurs-euses et d’une partie importante de la population…
Et au moment où les travailleurs dont l’Impôt sur le Revenu (IR) est retenu à la source, à savoir les fonctionnaires, les salariés du privé et les retraités, s’attendaient à une baisse de la pression fiscale par l’élargissement de l’assiette fiscale, la révision des tranches d’imposition et le relèvement du seuil d'exonération, en application des recommandations des dernières Assises Fiscales et en réponse à nos incessantes revendications syndicales…, voilà que le gouvernement projette de surtaxer les salariés en introduisant dans le Projet de loi de finances une mesure fiscale discriminatoire et infondée sous forme de contribution sociale de solidarité ciblant les travailleurs assujettis à l'Impôt sur le Revenu (IR) et ayant un revenu mensuel à partir du seuil de 10.000 DH nets par mois... »
« Une erreur politique », selon Mehdi Mezouari, éputé et membre du bureau politique de l’USFP. Pour lui , « Je ne sais pas si c’est l’avis de notre premier secrétaire, mais à mon niveau, je considère l’institution de cette taxe comme Une erreur politique». Mieux, « On paie le prix des réformes fiscales non faites », soutient-il.
Oxfam a déclaré que le Maroc perd jusqu'à 2,45 milliards de dollars par an en raison de l'évasion fiscale.
Mouhamet Ndiongue