Vaccin anti-Covid : le Maroc choisit Sinopharm Beijing et Astrazeneca
L’actuelle épidémie du Covid-19 est plus qu’une crise dans la mesure où elle a obligé de nombreux Etats dont le Maroc à repenser leur manière d’appréhender la santé publique. De l’avis de nombreux acteurs de tous les domaines, c’est une expérience sans précédent et extrêmement complexe, comportant de nombreuses ramifications économiques, sociales et sécuritaires.
Pour réfléchir sur les tenants et les aboutissants de cette crise, l’institut CDG dans son cycle de conférence a organisé ce mardi 8 décembre un webinaire intitulé « Repenser les déterminants de la politique sanitaire ». Le thème de conférence a réuni d’imminents spécialistes sur la question. Le professeur Azeddine Ibrahimi, directeur du laboratoire de Biotechnologie Médicale à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, Rajae El Aouad, membre de l’Académie Hassan II des sciences et techniques, professeur Gabriel Malka, directeur du Pôle des Sciences Médicales et Biologiques de l’Université Mohammed VI Polytechnique, Bert Brys économiste fiscal principal, responsable de politique fiscale et responsable de l’unité des impôts personnels et fonciers de la Division de la politique fiscale et des statistiques fiscales du Centre de politique et d’administration fiscales de l’OCD et Saad Taoujni, expert en management de la santé et de la protection sociale.
Le système sanitaire national doit être en mesure d’absorber ces nouveaux chocs tout en maintenant la prise en charge des besoins sanitaires et des demandes de soins des populations. Partant, il apparaît que l’extension de la couverture de santé est un enjeu indispensable mais non suffisant. Mieux s’y ajoute la question du vaccin anti-covid qui continue de faire débat. Pendant ce moment, le roi Mohammed VI a ordonné la gratuité du vaccin anti-Covid.
Avec le développement ultra rapide de vaccins, les 12 candidats au vaccin sont arrivés à la phase 3 des essais cliniques dont certains attendent leur « emergency use » (autorisation d'utilisation) pour la phase réglementaire. Pour rappel, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait proposé que des pays puissent accepter l’utilisation des vaccins malgré le fait que la phase 3 n'est pas complète, parce que cela prend au moins une année. Donc tous les 12 vaccins actuellement en phase finale vont passer par cette procédure à savoir l’ « emergency use ».
Dans la course au vaccin la Chine avait proposé quatre vaccins dont Sinopharm Beijing, Sinopharm Wuhan, Sinovac.... Le Maroc qui avait déjà signé un partenariat avec la Chine devait faire un choix quant au vaccin. D’après le professeur Azeddine Ibrahimi, le Maroc a plutôt porté son regard sur quelle souche est développée pour le vaccin. « D'après la génomique, il y’avait 10 souches qui ont été utilisées pour le vaccin de Sinopharm et il n'y avait pas une diversité génétique par rapport à ce qui a été vu au Maroc. C’est pour cette raison que le Maroc avec une approche anticipative a fait ce choix. », explique le Pr Ibrahimi. « Les résultats ont été discutés dernièrement au niveau de la commission scientifique et ils sont excellents. », ajoute-il. Dans le détail, il explique qu’il y avait le développement des anticorps neutralisants et les effets indésirables étaient très limités. Ajouté aux résultats qui ont été faits dans les essais cliniques en Argentine, Pérou, EAU, Chine…, ils donneront un très bon dossier qui sera soumis à la Direction du médicament et de la pharmacie pour une prochaine autorisation.
Pour la mise en œuvre, « je rassure tout le monde » précise le Pr Ibrahimi, citant que le Bahreïn, les EAU et la Chine ont donné leur autorisation pour la vaccination de masse. En termes clairs, il y a des millions de personnes qui ont déjà commencé le vaccin, assure-t-il.
Du point de vue diversité, il explique qu’à côté de Sinopharm, le Maroc a acheté un autre vaccin chez Astrazeneca avec une autre technologie pour avoir la diversité dans l’approvisionnement et dans la technologie.
Exit la phase réglementaire, qui est en fin de compte la vaccination de masse, et compte tenu des recommandations de l'OMS qui prévient qu'on n'aura pas assez de vaccin, il faudra avoir des priorités notamment en termes de gestion logistique. Sur ce point, « le Maroc s'inscrit dans une approche anticipative pour avoir acheté des vaccins à conserver entre 2 et 8 degrés. Contrairement à celui de Pfizer qui impose des congélateurs de moins de 70°. »
Ce qui reste à faire, « c’est de gagner la confiance du grand public » parce que sans son implication on ne pourra pas faire une vaccination demain s’interroge Pr ibrahimi. Et par rapport aux inquiétudes du grand public, la sensibilisation est très importante. Pas pour aujourd'hui mais pour le long terme. « Donc la question scientifique qui se pose est très légitime », concède-t-il. Celle-ci appelle à trois autres questions qu’on se pose à savoir les effets indésirables, l'immunité et sa durée mais aussi la transmission virus à savoir si une personne vaccinée peut transmettre le virus.
Citant un article publié par Moderna, cette semaine, Pr Ibrahimi déclare que le vaccin permettrait d'avoir une immunité de 3 mois. Un deuxième article, pas encore publié paru le 12 novembre, parlait de l'immunité naturelle à travers l'infection par le virus. Et d’après le suivi sur des personnes infectées sur une période de 8 mois, les biologistes de Californie parlent d’une immunité d’au moins 6 mois, une immunité à travers 38 biomarqueurs.
Vaccin anti-Covid : De 137 dollars à 0 dollars Gratuité du vaccin
Mardi après-midi, le Roi Mohammed VI a donné ses instructions au gouvernement pour instaurer la gratuité du vaccin anti-Covid au profit de tous les Marocains, annonce un communiqué du Palais Royal. Selon M. Ibrahimi, le Maroc a fait le choix du vaccin le plus cher et le plus sûr car le vaccin choisi coûte à peu près 137 dollars, les deux doses, comparé à 5 dollars pour AstraZeneca. La raison avancée selon M. Ibrahimi, l’investissement dans la technologie est plus cher, mais le Maroc a encore une fois jugé nécessaire de rassurer le grand public car ce type de vaccin pour l’avoir sur le marché international, il faut attendre juin 2021, quand il y aura les vaccins de 2eme génération. Et aujourd’hui, il est plus qu’urgent pour trouver une solution à la pandémie et permettre une reprise normale de la vie.
El Bouaamri Narjiss