Diphtérie au Maroc : le Dr Tayeb Hamdi appelle à renforcer la vigilance et la vaccination

Diphtérie au Maroc : le Dr Tayeb Hamdi appelle à renforcer la vigilance et la vaccination

La confirmation d’un cas de diphtérie dans la région de Souss-Massa constitue un « signal sanitaire important », selon le Dr Tayeb Hamdi, médecin et chercheur en politiques et systèmes de santé, également vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS).

Dans une analyse consacrée à cette situation, le spécialiste revient sur l’annonce faite le 28 septembre 2026 par le ministère de la Santé et de la Protection sociale concernant la détection de deux foyers familiaux limités, l’un dans la préfecture d’Agadir Ida-Outanane et l’autre dans la province de Chtouka-Aït Baha. Un cas a été confirmé biologiquement, tandis que huit autres sont en cours d’investigation, dont deux décès rapportés. Les premières informations indiquent par ailleurs que les enfants concernés étaient non vaccinés ou n’avaient pas reçu l’ensemble des doses recommandées.

Pour le Dr Hamdi, cette situation doit être prise au sérieux, la diphtérie étant devenue exceptionnellement rare au Maroc grâce à la vaccination. Aucun cas n’avait été enregistré dans le pays depuis plus de trois décennies, rappelle-t-il, estimant que cette confirmation marque une rupture avec une longue période de contrôle de la maladie.

La présence de deux foyers familiaux, plutôt qu’un cas isolé, constitue également un élément important. Elle suggère l’existence d’une transmission de proximité autour des cas identifiés. L’enquête épidémiologique devra ainsi permettre de déterminer l’origine des contaminations et l’étendue de la circulation de la bactérie.

La situation régionale mérite également une attention particulière. Le Dr Hamdi souligne que la diphtérie connaît un retour en Afrique et que l’Algérie et la Mauritanie sont déjà confrontées à cette maladie.

La diphtérie est une infection bactérienne principalement causée par Corynebacterium diphtheriae. Sa gravité est notamment liée à la toxine produite par certaines souches. La maladie peut entraîner une angine sévère avec formation de membranes grisâtres dans la gorge, une obstruction des voies respiratoires ainsi que des complications cardiaques, notamment des myocardites, et neurologiques. La transmission s’effectue principalement par les gouttelettes respiratoires et les contacts rapprochés.

Le traitement doit être engagé rapidement en cas de forte suspicion et peut notamment associer une antibiothérapie et l’administration d’une antitoxine diphtérique lorsque celle-ci est indiquée et disponible.

Pour le spécialiste, la question centrale demeure celle de l’immunité de la population. La vaccination a permis de contrôler de manière spectaculaire la diphtérie, sans pour autant faire disparaître la bactérie. Une baisse de la couverture vaccinale ou des retards dans l’administration des doses peuvent progressivement créer des poches de personnes vulnérables. Chez les adultes, la protection diminue également avec le temps, d’où l’importance des doses de rappel.

« Un microbe peut circuler sans provoquer une flambée lorsque pratiquement tout le monde autour de lui est protégé », explique en substance le Dr Hamdi. En revanche, la présence d’un nombre suffisamment important de personnes non vaccinées, incomplètement vaccinées ou insuffisamment protégées peut favoriser sa transmission.

La localisation des premiers foyers dans la région de Souss-Massa constitue, selon lui, un autre élément à surveiller. Le spécialiste établit un parallèle avec l’épidémie de rougeole qui a débuté fin 2023 au Maroc, notamment dans certaines provinces de la région, avant de s’étendre progressivement à d’autres parties du Royaume. Il rappelle également que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait relevé une couverture insuffisante pour la deuxième dose du vaccin contre la rougeole au cours des années précédant cette flambée.

La rougeole peut ainsi jouer le rôle de « maladie sentinelle », dans la mesure où sa forte contagiosité permet de révéler rapidement les failles de l’immunité collective. Sa réapparition peut signaler l’existence de poches de sous-vaccination qui ne concernent pas nécessairement uniquement le vaccin contre la rougeole, mais peuvent également traduire des retards ou des interruptions plus générales du calendrier vaccinal.

Le Dr Hamdi souligne toutefois que cette situation ne permet pas d’affirmer que tous les vaccins présentent le même niveau de couverture dans la région. Mais après l’expérience de la rougeole, l’apparition de foyers familiaux de diphtérie dans la même région constitue, selon lui, une nouvelle alerte sur l’existence possible de groupes insuffisamment protégés contre plusieurs maladies évitables par la vaccination.

Face à cette situation, le spécialiste appelle à agir rapidement : identifier les contacts des cas, les dépister et les prendre en charge conformément aux protocoles, vérifier leur statut vaccinal, assurer les traitements prophylactiques nécessaires et rechercher activement d’éventuels autres cas.

Il préconise également d’identifier les zones où la couverture vaccinale est insuffisante et d’organiser des opérations de rattrapage au profit des enfants non vaccinés ou incomplètement vaccinés.

Pour la population générale, le Dr Hamdi estime qu’il n’y a pas lieu de céder à la panique. Il appelle néanmoins à ne pas considérer la réapparition de la diphtérie comme un simple épisode isolé, rappelant que les acquis de la vaccination doivent être constamment entretenus.

« Lorsque l’on cesse de vacciner suffisamment parce que l’on ne voit plus les maladies, ce sont précisément ces maladies qui finissent par réapparaître », souligne-t-il.



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