Le CESE épingle une détérioration de la condition de la femme au Maroc
Plus d’une douzaine d’années après l’adoption du Code de la Famille et plusieurs mois après l’avis du CNDH sur la situation et la condition féminines au Maroc, le Conseil économique, social et environnemental vient d’émettre un avis sur la question. Il va dans le mêmes sens, à savoir que la condition de la femme au Maroc n’est pas satisfaisante…
« Les femmes sont victimes de phénomènes multiples, souvent traumatisants, de harcèlement sexiste et de violences domestiques dont la plupart ne sont même pas encore considérées comme répréhensibles par la loi ». Ainsi commence le préambule du rapport du CESE, qui ajoute que « la situation des femmes cheffes de ménage, des femmes seules, des mères célibataires et des détenues demeure particulièrement difficile »… Cela fait quelque 3 millions de femmes ! Quant au « veuvage et au divorce, (ils) ne sont pas traités pour ce qu’ils sont, à savoir des facteurs de précarisation du statut et des ressources des femmes ».
La situation n’est donc pas reluisante, et elle est même préoccupante. Et comme preuve, le rapport du CESE cite le Global Gender Gap Index, publié annuellement par le Forum économique mondial depuis 2006, et qui classe les écarts entre hommes et femmes en fonction du taux d’activité, de la participation économique, du revenu, de la scolarisation, de la santé et de l’implication politique. Sur une échelle de 0 (inégalité absolue) à 1 (égalité), le Maroc a obtenu 0,593 en 2015 et il est classé 135ème pays sur 145, sachant qu’en 2006, il était à la 107ème position.
Le niveau d’activité des femmes a régulièrement diminué depuis 20 ans et, en milieu urbain, il est de 18%, contre 79% pour les hommes (en Asie, il est de 60% par exemple). Par ailleurs, l’âge de mariage des femmes a également baissé, passant de 26,3 ans à 25,8 ans et les mineurs mariés sont à 82,4% des filles, essentiellement en milieu rural. En 2011, un mariage sur 8 impliquait une fille mineure et, dans un cas sur trois, la fille est âgée entre 14 et 16 ans. Il y a aujourd’hui 35.000 mariages de mineures par an.
Les femmes sont cheffes de ménages dans une proportion d’1 sur 5 en milieu urbain et de 1 sur 8 en espace rural, et 7 femmes veuves ou divorcées sur 10 vivent seules et ont souvent des enfants à charge.
Mais on notera cette avancée de la part de scolarisation des filles, qui atteint 90%, et aussi l’abrogation de l’article 475 du Code pénal qui autorisait le violeur à épouser sa victime mineure en échange de l’impunité.
D’un autre côté, 85% des femmes en situation de handicap sont inactives. Le CESE recommande donc l’encouragement de l’auto-emploi et la mise en place de mesures préférentielles en faveur de la formation et de l’emploi des femmes en situation de handicap
Le CESE préconise également de refondre le cadre légal de protection des femmes contre toutes les formes de violence et y définir, d’une manière spécifique, la violence domestique, de doter les centres d’accueil des femmes victimes de violence des moyens nécessaires et de condamner avec sévérité les violences à l’égard des femmes ainsi que le harcèlement sexuel.
Il recommande d’organiser une réflexion « responsable, apaisée et multi-parties prenantes pour apporter des réponses juridiques appropriées aux questions sociétales qui soient de nature à garantir l’égalité des chances, des droits et des traitements entres les femmes et les hommes, et de favoriser la participation des femmes au développement de leur pays ».
Et, en plus d’une plus grande implication des femmes dans les milieux politiques et l’égalité institutionnelle et juridique, le CESE rejoint l’avis du CNDH d’octobre 2015 dans la nécessité de mettre à niveau les instances judiciaires afin que les femmes justiciables y soient traitées sur un pied d’égalité avec les hommes.