Le cannabis marocain se vend toujours aussi bien en Europe

Le cannabis marocain se vend toujours aussi bien en Europe

Faut-il maintenir l’interdiction de la culture du kif dans le Rif ou dépénaliser progressivement, en réglementant et encadrant soigneusement. Le débat fait rage entre le PAM, qui le recommande, et le PJD, qui refuse obstinément au nom de la morale. Et voilà que le rapport 2016 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) vient de tomber, apportant des chiffres officiels qui donnent à réfléchir. Pour les défenseurs de la sacro-sainte « image extérieure  du Maroc », la solution passe peut-être par une réflexion sur la question du kif.

Ce que dit le rapport européen

Ainsi donc, selon le rapport de l’OEDT, le cannabis est, en quantité, la drogue la plus importante, représentant à lui seul 38% du marché des stupéfiants en Europe et 77% des saisies totales de drogue sur le Vieux Continent, dont 50% pour l’herbe, 24% pour la résine et 3% pour les plants de cannabis. Plus grave, le cannabis consommé en Europe est plus concentré en THC (tétrahydrocannabinol), qui affiche une teneur historiquement haute (de 12 à 18%).

De plus, le cannabis est la drogue la plus consommée d’Europe, 51,4 millions d’hommes et 32,4 millions de femmes (soit 1% des adultes) ont déjà goûté à un joint.

Le Maroc « à l’honneur » dans le rapport

… et  ce n’est pas particulièrement flatteur, ce rapport ayant été très largement repris par les médias européens, dans tous les pays et toutes les langues. Ainsi, « une grande partie de la résine de cannabis consommée en Europe est importée du Maroc par bateau ou par avion ».

De plus, «  l’Espagne, en tant que point d’entrée majeur de la résine de cannabis produite au Maroc, a déclaré environ deux tiers de la quantité totale saisie en Europe en 2014 ». Rappelons que, lors du colloque international de Tanger sur le cannabis, tenu à la Région Tanger-Tétouan-al Hoceima en mars dernier, une architecte allemande avait présenté son projet de fabrication de briques à partir du cannabis marocain.

Plus grave est la teneur chimique du kif marocain. .. Le rapport OEDT précise en effet que « l’analyse des tendances parmi les pays qui procèdent à des notifications systématiques montre une augmentation majeure de la teneur en principe actif (tétrahydrocannabinol, THC) pour l’herbe comme pour la résine de cannabis entre 2006  et 2014, une hausse peut-être due à l’émergence de techniques de production intensive en Europe et, plus récemment, à l’introduction de plants à forte teneur en principe actif au Maroc ».

Et c’est là que le problème réside dans une réflexion sur la dépénalisation des cultures du kif au Maroc. Le chanvre à forte teneur en THC est d’introduction récente au Maroc, depuis une vingtaine d’années seulement, et ce cannabis à THC élevé ne peut être utilisé à des fins pharmaceutiques ou industrielles. D’où la nécessité de l’encadrement pour fournir aux cultivateurs, comme le suggère le PAM (et dans une moindre mesure l’Istiqlal), dans le cadre d’une agence publique à créer, des plants à faible teneur en THC, ce qui aurait le double bénéfice de ne pouvoir être consommé à des fins « récréatives » et de servir à l’industrie, pharmaceutique ou autre(s).

Pour l’instant, le Maroc reste toujours associé, dans l’esprit des Européens dirigeants et administrés, au Maroc.  Cela doit changer, et cela passe par le courage de lancer une réflexion autour de la question, loin de toutes considérations morales ou politiciennes.



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