Imane, chrétienne et marocaine… la vidéo qui fera du bruit
Elle s’appelle Imane (foi), elle est chrétienne et elle défend sa marocanité, sa citoyenneté et sa totale appartenance à la société marocaine. Son appel dans une vidéo de 5 minutes mise en ligne sur youtube fait déjà le buzz et, bien évidemment, puisque cela parle de religion, les insultes au pire et les leçons de morale, au mieux, fleurissent sur les réseaux. En parallèle aux défenseurs des libertés publiques et de la liberté de conscience qui prennent sa défense.
Que dit Imane ? En gros, qu’elle est chrétienne, « oui, chrétienne, et pas nessrania » mais qu’elle ne doit pas être ostracisée pour cela, qu’elle est d’abord et avant tout marocaine, « fille d’un Sahraoui et d’une Amazigh, qui a grandi au Maroc et dans laquelle le Maroc a grandi »… Elle reprend l’aphorisme qui veut que « la religion est pour Dieu et la patrie pour tous »… mais elle appelle aussi ses coreligionnaires chrétiens à se joindre à elle et à aux autres chrétiens, qui existent en nombre. Et elle appelle ceux de la majorité des Marocains, à ne pas juger préalablement, avant de se renseigner.
Imane explique également qu’il ne faut pas ranger les chrétiens dans la même catégorie, des gens qui dans l’imaginaire collectif marocain seraient des gens « sans contrainte morale, des ivrognes et des copulateurs hors mariage », car « il existe du bon et du mauvais partout ». Et elle indique plus loin que la religion du « Seigneur Christ » est celle de la tolérance et de l’amour de son prochain.
Imane rappelle les fondamentaux du Maroc, culturels et sociaux, du passage par la souika au couscous, du sens de l’hospitalité aux délices culinaires… et elle affirme encore et encore que « tout Marocain peut changer sa religion s’il y trouve son confort, et ce n’est pas pour cela qu’il n’est plus marocain(…). Les gens font la confusion entre chrétienne et ‘gaouri ‘, étranger. Non, je suis chrétienne, et j’aime mon pays et les habitants de mon pays ».
Et, bien évidemment, déjà, des internautes font remarquer que les qualités exposés du christianisme indiquent, en creux, que ce n’est pas le cas des autres religions, et qu’Imane s’est d’office exclue de la communauté des Marocains… Au moment où d’autres saluent son courage et rappellent les vertus et l’utilité de la liberté de conscience.
A-t-elle raison, Imane ? Sur le plan moral et personnel, incontestablement oui, mais il faut changer la loi qui punit l’apostasie, ou changement de religion. Les questions, questionnements et affirmations de la jeune Imane entrent dans la catégorie des libertés individuelles.
Mais la question des libertés collectives se pose également, ainsi que celle de l’ordre public. En effet, la vidéo très bien préparée (générique, prompteur, maquillage, plusieurs caméras, son et lumière) et s’attirera les foudres des musulmans purs et durs, peu tolérants et enclins à l’insulte, surtout au vu du timing de diffusion de la vidéo, à quelques jours du début du mois de ramadan.
Imane, disons-le également, est un peu provocatrice (sans être pour autant prosélyte), comme quand elle dit que le Marocain a le droit de changer sa religion. C’est faux, il devrait en avoir le droit, certes, mais il ne l’a pas et il ne faut pas trop compter sur Mustapha Ramid pour le créer, ce droit... Elle est aussi excessive quand elle dit que dans l’inconscient collectif marocain, l’étranger, le chrétien est sans contrainte morale, qui fait ce qu’il lui plaît. Bien souvent, au contraire, les chrétiens, Français ou autres, sont des modèles pour bien des Marocains… dans le travail et la rectitude.
Par ailleurs, le cas d’Imane renvoie au discours de Mohammed VI, le 5 janvier 2016, sur les minorités religieuses : « Rien ne nous paraît justifier, au Royaume du Maroc, que des minorités religieuses soient privées de l'un quelconque de leurs droits. Nous n'acceptons pas que ce déni de droit soit commis au nom de l'islam…».Plus loin : « Dans cette Tradition prophétique, qui apporte des applications pratiques explicitant le Coran, le Prophète recommande d'être bienveillant à l'égard des juifs et des chrétiens ».
La vidéo renvoie à une page facebook (5.500 membres), à un site et à Youtube. Le nombre de vus de l’appel double de jour en jour, passant d’une douzaine de milliers vendredi à 27.000 samedi 4 juin, et à 50.000 le lendemain.