Benkirane : « Aujourd’hui, quand le Maroc demande un prêt de 1 milliard de $, on lui en propose 10 ! »

Benkirane : « Aujourd’hui, quand le Maroc demande un prêt de 1 milliard de $, on lui en propose 10 ! »

La Constitution de 2011 a quand même bien fait les choses, en cela qu’elle permet au chef du gouvernement, doté de bien de plus de pouvoirs que ses prédécesseurs, de répondre à ses détracteurs et opposants au parlement, en public, une fois par mois. C’est ce que n’a pas manqué de faire Abdelilah Benkirane ce mardi 14 juin, avec un bonheur variable.

La dette publique. « Le taux moyen d’endettement du Trésor s’est stabilisé à 63,4% du PIB, à fin 2015, après une augmentation d’environ 4% par an entre 2009 et 2013. Quant à la dette extérieure, elle s’est aussi maintenue à 140 milliards de DH par rapport à 2014, et c’est ainsi la première fois que nous voyons une telle stabilité depuis 10 ans. Les prêts ont été consacrés aux dépenses d’investissements, et l’endettement par rapport au PIB a commencé à reculer… ». Cela, c’était la réponse aux questions sur l’endettement.

Quant à la harangue de réponse à la réaction d’un député, elle est comme suit : « Merci d’avoir mentionné 2011 car cette année-là, le problème du Maroc n’était pas la dette, mais plutôt être ou ne pas être. Les gens étaient dans les rues un an durant, et nous tous ne savions pas ce qu’allait être notre sort, ni celui de l’Etat. Et le gouvernement précédent avait mis sur la table 17 milliards de DH pour relever les salaires… Alors, moi, je n’ai pas créé la dette, mais j’en ai hérité. La question est : que fait-on de ces emprunts ? On investit, on paie des salaires ou on paie les anciennes dettes. Alors que voulez-vous ? Baisser les salaires alors même que vous me demandez de les augmenter ? Ne pas investir ? Le principal est que cette année, et pour la première fois depuis 10 ans, on emprunte chaque année moins que l’année d’avant. Et puis, il ne s’agit pas de vouloir emprunter, mais de trouver qui voudra vous prêter. Aujourd’hui, le Maroc va bien et quand vous demandez 1 milliard de $, on lui en propose 10 !  ».

Certes oui, M. le chef du gouvernement, mais un responsable qui se respecte et qui connaît ses classiques, comme un étudiant de 1ère d’année en économie le sait, ne dit pas qu’il emprunte à long terme pour payer le fonctionnement du court terme ou qu’il s’endette pour payer ses dettes…

Sur le Dialogue social et les syndicats. « Le gouvernement a été au-devant des syndicats, dans une démarche volontaire et volontariste, et a soumis des propositions prenant en considération la situation économique et financière du pays. Mais cela n’a pas été pris en considération par les syndicats qui ont présenté une plateforme de négociations, générale et incapacitante. Les centrales nous ont soumis une proposition de relèvement des pensions civiles, qui coûterait à l’Etat quelque 40 milliards de DH par an, alors même que la CGEM refuse d’entendre parler de toute augmentation de ces pensions… Faites donc passer cette réforme des retraites et laissez les Marocains me demander des comptes, laissez-moi face à eux ! Que vaut-il mieux faire, entreprendre une réforme même incomplète mais qui résout les problèmes ou conduire les gens à ne plus avoir de retraites du tout, vers 2022 ? Cette réforme passera et le gouvernement s’y engage, mais il y a des gens qui refusent de voir cela mettre au crédit de ce gouvernement ».

Dans son bras de fer avec les syndicats, le chef du gouvernement a été bien plus intelligent… Bien que peu enclin à la moindre concession, il a tenu plusieurs séances du Dialogue social, auxquelles les syndicats ont participé, et il a énuméré tout cela au parlement. C’est même uniquement pour cette raison qu’il avait accepté en avril et en mai de tenir ces séances… Puis il a indiqué les propositions faites aux syndicats qui avaient tout rejeté, commettant là une grave erreur de jugement et une faute politique.

Abdelilah Benkirane a donc expliqué qu’il a accepté d’augmenter les pensions minimales de 1.000 à 1.500 DH (pour une enveloppe de 500 millions de DH), qu’il a fait passer la prime de naissance (invariable depuis 1958) de 150 à 1.000 DH (un milliard de DH), et qu’il a proposé également de relever les allocations familiales de 200 à 300 DH pour les 3 premiers enfants, et de 36 à 136 DH pour les suivants, soit une augmentation de revenus d’environ 600 DH par mois. Oui, les syndicats auraient dû accepter, se calmer quelques mois et revenir à la charge

Le monde rural. Pour les aides au monde rural, le chef du gouvernement a affirmé que l’eau potable est disponible dans 95% des douars, lesquels sont raccordés à l’électricité à 99%. Le député socialiste ayant posé la question a mis en doute ces chiffres, prenant comme exemple sa région de Safi, avec 55%. « Vos chiffres sont faux, M. le chef du gouvernement !», a-t-il asséné à Benkirane… Ce dernier s’est alors levé pour répondre audit député : « Donnez-moi des cas et des exemples.  Mais ne dites pas que je mens, que l’Etat ment, car c’est grave !... Quand vous étiez au gouvernement, vous donniez des chiffres faux ? Et bien sachez que les sources sont pourtant les mêmes… Alors  cessez de mettre en doute votre Etat et de l’accuser de mentir ».

La langue amazighe. « L’amazigh est une langue officielle mais il y a des problèmes à la mettre en pratique, d’où la nécessité de la loi organique, prévue par la constitution, et que nous allons soumettre dans les prochains jours au parlement. Alors s’il vous plaît, quand vous aurez ce projet de loi organique, ne le retardez pas… c’est bon ? ».

AB

 



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