Le PJD s’énerve suite à un éditorial d’Abdelmounaïm Dilami

Le PJD s’énerve suite à un éditorial d’Abdelmounaïm Dilami

Vendredi 17 juin, le directeur de la publication de l’Economiste et patron du groupe Eco-médias (Assabah, l’Economiste, Atlantic Radio) écrivait un éditorial intitulé « Menace lourde », dans lequel il livrait son opinion sur « le Maroc (qui) va mal ». Réponse cinglante du ministre délégué des Transports Najib Boulif. La guerre électorale, et la guerre tout court, est déclarée.

S’il y a une chose que le PJD, qui dirige le gouvernement, apprécie très peu et prend très mal, c’est bien de remettre son bilan économique en jeu et de dévoiler la répartition des tâches au sein de son équipe dirigeante. Aussi, le fait que Dilami (texte intégral ci-dessous) évoque les rapports et avis fort négatifs émis par les patrons de la banque centrale, de la Cour des comptes, du Haut-commissariat au Plan et de la CGEM, et voilà que Boulif monte aux créneaux et l’accable.

Mais il ne l’attaque pas uniquement lui, puisqu’il s’en prend, et c’est plus grave, à des institutions constitutionnelles ou des organismes corporatistes bien connus. Dilami ne pas vraiment du bilan du gouvernement, mais surtout des attaques ayant ciblé les responsables d’organismes qui ont émis des rapports et exprimé des opinions sur ces rapports.

De cette tribune de Najib Boulif (ci-dessous), postée sur sa page Facebook, on peut tirer plusieurs points :

1/ Le ministre Boulif répond à un éditorialiste de la place qui est dans son rêole et dont le rôle n’est guère de se faire laudateur du gouvernement,mais d’exprimer son opinion, quelle qu’elle soit. Et Abdelmounaïm Dilami a parfaitementle droit de ne pas nourrir d’affection particulière pour ce gouvernement. Mais les ministres actuels, principalement ceux du PJD et dans une mondre mesure ceux du PPS, ont une propension avancée au complot.

2/ Najib Boulif laisse transparaître une théorie du complot selon lui dirigé contre le gouvernement. Il n’hésite donc pas s’attaquer à la CGEM, à la Banque centrale… « Il faut que DILAMI nous dise enfin pourquoi la CGEM, la Banque Centrale et le GPBM, ces institutions que nous respectons beaucoup  par les personnes qui y travaillent (et non « les personnes qui les dirigent », NDLR) et par l’effort qu’elles fournissent pour le développement du pays, font leur «sortie mémorandum» à 4 mois des élections !! ». Parce que telle est leur fonction et précisément à la fin d’une législature, pour en dresser le bilan. Si celui-ci n’est pas fameux, il ne faut pas se tromper de responsable.

3/ Il semblerait à la lecture de la réponse de Boulif que le gouvernement marche à autant de vitesses qu’il y a de partis formant la coalition. « Il faut qu’il nous dise (…) si « le Maroc va mal » économiquement, les deux ministres qu’il a cité (en tant que « victimes ») gèrent les plus importants portefeuilles de l’économie marocaine (agriculture et finances). Donc qui est responsable de quoi ? ». Ces deux ministres exerceraient-ils donc leur fonction indépendamment du chef du gouvernement ? Et ce dernier, après 4 ans et demi aux manettes, ne saurait rien de ce que font ses deux ministres ? 5 ans à tout voir et à tout faire, comme il le dit volontiers, et n’être responsable de rien, il faut le faire. A ce niveau, c’est du grand art.

4/ Il demande des propositions, mais c’est au gouvernement d’y réfléchir. S’il y a des propositions, c’est bien, on en discute, mais s’il n’y en a pas, il est chargé d’en élaborer.

5/ Boulif ne prend pas la mesure du potentiel de voix de son parti, ou il ignore ce que veut dire le mot « tétanisé ». En effet, il affirme que Dilami « a été tétanisé par la sortie des chiffres de l’intérieur sur les résultats du 4 septembre 2015, par les 1.672.178 voix que ce parti (le PJD) a eu aux dernières élections ! ». Tétanisé par 11% environ du corps électoral inscrit sur les listes, tétanisé par 21% des suffrages exprimés, dont les nuls ?

En plus de Mohamed Yatim, membre du SG du PJD et député, qui ne tardera pas à réagir avec sa fougue habituelle, aujourd’hui c’est Boulif qui est à la manœuvre. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il est économiste titulaire de deux maîtrises et d’autant de doctorats en économie. S’il a préféré attaquer Dilami sur la forme, en versant dans une théorie du complot, au lieu de défendre un bilan économique par les chiffres, c’est sans doute parce que ce même bilan est en pointillé.

Et pourtant, il eût été plus simple pour ce gouvernement de parler d’une période de crise, d’une conjoncture économique mondiale difficile et de partenaires économiques cabossés. On aurait pu comprendre… mais on aurait pu opposer aussi les promesses électorales mirifiques du PJD à la veille es élections 2011.

La guerre est, donc, déclarée, par le PJD… à tous ceux qui le critiqueraient. Et c’est ce que dit Dilami dans son éditorial, et que confirme Boulif dans sa réponse.

Aziz Boucetta

---------------------------------------------

Editorial de l'Economiste n°: 4797 du 17 juin, par Abdelmounaïm Dilami

Le Maroc va mal. Il souffre d’une politique économique désordonnée: le chômage augmente, les faillites des PME aussi. Et puisque les finances publiques sont gravement dégradées, il faudra des années pour remonter la pente. Sait-on qu’aujourd’hui, il y a 140.000 emplois de moins qu’il y a cinq ans ?

Le gouverneur de la Banque centrale a essuyé de fortes agressions écrites et verbales, d’une profonde injustice et parfaitement fausses. Comme avant lui, le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch et  le ministre des Finances Mohamed Boussaïd, et encore la présidente de la CGEM, le président de la Cour des comptes, le président du GPBM et le haut-commissaire du HCP.  

On sait d’où viennent les coups. Ce sont ceux du PJD, plus exactement de ceux qui, au sein de ce parti, sont chargés de jouer le rôle de faucons. Ils ne veulent pas que l’échec économique de ce gouvernement soit révélé. Ils s’en prennent donc aux «corps neutres» de la Nation. Car ces derniers n’ont pas de groupe derrière eux pour les défendre. Ils sont des cibles et des victimes désignées. Ils cherchent à les terroriser pour les empêcher de s’exprimer.

Ces attaques utilisent la méthode: «Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chose». Les exemples sont nombreux: fonds agricole, rapports économiques, travail de la Trésorerie générale, statistiques du HCP,… tous les auteurs sont agressés, afin de les disqualifier. L’objectif est de rester seul sur le terrain. Cette façon d’agir est connue.

Les faucons s’en prennent violemment et personnellement  aux opposants politiques. Ils attaquent les corps neutres, pour les inhiber, pour qu’ils n’osent plus faire leur travail, alors que leur mission est inscrite dans la Constitution. Cette démarche du PJD est clairement une menace pour la démocratie.

Réponse de Najib Boulif, sur Facebook, le 17 juin

C’est dommage pour notre pays !

Il apparait clairement que le gouvernement actuel va donner la tourmente, pendant ces quatre mois qui nous séparent des élections du 07 octobre, à plusieurs personnes, et malheureusement leur institution respective, qui vont mettre le paquet pour montrer que le Maroc économique ne va pas bien !!!

L’Economiste, porte-parole francophone, de ce «clan», se «tue» à répéter que le Maroc connait une «Menace lourde». En effet, dans son éditorial du 17 juin, c’est M. DILAMI en personne qui se charge de l’écrire, après que Mme SALAH et M. BENABID n’ont cessé de le répéter dans ce même éditorial à maintes reprises. C’est le signe qu’«ils» passent à la vitesse supérieure dans la concrétisation de « leur projet». D’ailleurs, d’une manière malencontreuse, M. DILAMI a cité nominativement dans son éditorial.

Le Gouverneur de la Banque Centrale, le Ministre AKHANOUCHE, le Ministre BOUSAID, la Présidente de la CGEM, le Président de la Cour des Comptes, le Président du GPBM et le Haut Commissaires du HCP… Et en face il a focalisé le tir sur le PJD, avec «ses faucons», «ses calomnies», ce PJD selon lui, mène une démarche «clairement menaçante pour la démocratie» !!!

Je peux comprendre que DILAMI lui-même passe à l’attaque puisqu’il n’a jamais été en accord avec ce gouvernement, mais au moins qu’il nous dise :

Primo, en quoi le PJD est-il une menace pour la démocratie ? Ou c’est juste des illusions qui sont survenues après qu’il ait été tétanisé par la sortie des chiffres de l’intérieur sur les résultats du 4 septembre 2015, par les 1672178 voix que ce parti a eu aux dernières élections ! Il faudrait qu’il dise aux marocains comment est-ce que la première force politique du royaume menace la démocratie ! et comment les presque 1.7 millions de marocains qui lui font confiance menacent la démocratie !!!

Secondo, Si le «Maroc va mal, et qu’il souffre d’une politique économique désordonnée», le gouvernement qui mène cette politique comporte 4 partis politiques, et donc pourquoi cibler le PJD seulement !!!

Il faut qu’il nous dise, tertio, si «le Maroc va mal» économiquement, les deux ministres qu’il a cité (en tant que «victimes») gèrent les plus importants portefeuilles de l’économie marocaine (agriculture et finances). Donc qui est responsable de quoi ?

Il faut que DILAMI nous dise enfin pourquoi la CGEM, la Banque Centrale et le GPBM, ces institutions que nous respectons beaucoup ; par les personnes qui y travaillent et par l’effort qu’elles fournissent pour le développement du pays, font leur «sortie mémorandum» à 4 mois des élections !!

N’a-t-il pas entendu, comme moi, un grand responsable de la Banque Centrale dire qu’il n’y aura pas de banques participatives avant les élections pour ne pas favoriser le PJD! N’a-t-il pas entendu, comme moi, un grand leader syndical dire qu’il fera tout pour nuire à l’image de marque du gouvernement d’ici les prochaines élections !!!

Et puis, juste pour mémoire, la CGEM a bien signé, depuis 2012, un mémorandum de partenariat avec le gouvernement, qui stipule qu’il y a des commissions mixtes de travail sur les grandes thématiques de l’économique et du social… C’est là « l’endroit » idéal pour discuter et proposer !! Et toujours pour mémoire, un rapport de la banque du Maroc est présenté chaque année devant sa Majesté, le dernier en date n’a pas retracé les éléments mentionnés dans le « mémorandum à trois » ! La situation du Maroc aurait-elle été chamboulée en un an ?

Mais bon, nous aurons certainement d’autres échanges au sujet de l’économie du pays, mais ce qui m’intrigue le plus, c’est que ces chères institutions n’ont proposé aucun modèle (alternatif) de développement !!! peut-être qu’elles vont le faire d’ici la date des élections ! ou vont-elles (c’est le cas de la CGEM tel que rapporté par certains médias) écouter les propositions des partis politiques !!! En tout cas, je suis impatient de voir quelles sont leurs «idées» économiques pour «sauver» notre pays, loin de ces quelques propositions qui n’ont rien d’innovant, qui se répètent depuis des années (taux d’imposition IS, IR, TVA, paiement des arriérés, subventions sectorielles…). On les attend à ce niveau pour pouvoir leur dire ce que nous pensons sur les vraies locomotives de la croissance, sur la baisse des crédits, sur les salaires de l’économie, sur l’informel, sur la compétitivité des secteurs, et sur d’autres dossiers qui sont du ressort de la régulation et de la concurrence…On les attend aussi avec impatience pour mener un vrai débat économique, «loin» ou «proche» de la politique, selon leur désir !!! Et en plein jour, devant tous les marocains.

 



Articles Similaires





Les plus populaires de la semaine

Vidéos de la semaine





Newsletters

Nombre de visiteurs : 20740