Que peut gagner le Maroc de la visite de Paul Kagamé à Rabat ?

Que peut gagner le Maroc de la visite de Paul Kagamé à Rabat ?

Le président du Rwanda Paul Kagamé est dans nos murs pour deux jours. Reçu en grande pompe par le roi Mohammed VI, le chef de l’Etat de ce petit pays d’Afrique de l’Est peut aider le Maroc à renouveler, voire bâtir, les liens avec les pays de la région des Grands Lacs.

C’est la seconde visite de Kagamé au Maroc en moins d’un an. La première fois, en 2015, il avait été reçu dans le cadre des conférences de Medays, organisé par le think tank Amadeus dirigé par Brahim Fassi Fihri, fils du conseiller du roi et ancien ministre des Affaires étrangères  Taïeb.

Le Maroc a besoin de Paul Kagamé car la voix de Paul Kagamé est particulièrement audible en Afrique. Le président a réussi à reconstruire son pays ravagé par le génocide de 1994 (800.000 morts). Son économie est florissante, avec des PIB de 7% environ sur les dernières années. Bien situé dans les classements internationaux, le Rwanda dispose désormais d’une aura bien supérieure à sa taille. Et cela est dû au charisme et au positionnement de son président, féministe, charismatique et écologiste.

Paul Kagamé déroule un discours anticolonialiste et antioccidental qui séduit les populations africaines, mais plaît moins aux puissances occidentales. En cela, il se rapproche du roi Mohammed VI qui développe les mêmes argumentaires panafricains, dans l’objectif de soustraire l’Afrique aux seuls appétits économiques de l’Occident et de favoriser une croissance africaine inclusive et bien plus orientée qu’avant vers la coopération sud-sud.

Le Rwanda reconnaît la RASD, mais encourage également une solution politique et mutuellement acceptable. Sa visite en Algérie l’année dernière ne l’a pas fait changer d’avis, de même que son séjour au Maroc ne le fera pas évoluer dans le sens d’un retrait de la reconnaissance du Polisario. Sauf si un déclic s’opère entre les deux chefs d’Etat qui voient désormais l’Afrique, le monde et le développement de la même manière et à travers le même prisme sud-sud.

Et ce déclic pourrait s’opérer pour plusieurs raisons : Kagamé est un chef d’Etat réaliste, qui verra les avancées en matière de développement durable au Maroc, qu’il pourrait comparer à l’immobilisme algérien. Après sa venue en novembre 2015 et son accueil quasi triomphal à Tanger en novembre 2015, le roi Mohammed VI a décidé d’ouvrir une ambassade à Kigali pour raffermir les liens et créer des passerelles. Enfin, cette visite actuelle achèvera de consolider les liens et d’ouvrir une nouvelle page dans les relations entre Kigali et Rabat.

Kagamé est réaliste et panafricaniste. Mohammed VI aussi. Cela devrait marcher pour l’avenir et inciter Kagamé à retirer des avantages de la position et du positionnement du Maroc sur la scène méditerranéenne. Les entretiens en tête-à-tête entre les deux chefs d’Etat ont dû porter sur cela.

AB



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