Gros couac pour la British International School de Casablanca, obligée de reporter d’un an son ouverture

Gros couac pour la British International School de Casablanca, obligée de reporter d’un an son ouverture

Gros couac pour la British International School de Casablanca, obligée de reporter d’un an son ouverture

C’est l’annonce qui vient d’être faite par la direction de l’Ecole. Celle-ci devait accueillir ses premiers élèves dès septembre prochain, mais la décision a été prise pour le report, semble-t-il dans une certaine confusion, puisque voici un mois seulement, l’annonce de l’ouverture avait été faite dans les médias et les réseaux. Mais une décision du ministère pourrait ne pas être étrangère à ce report…

La raison officielle émise par la BISC

En effet, le communiqué de la BISC précise que « l’ajournement a été décidé par la direction pédagogique de la BISC qui a constaté des retards dans la réalisation de certains bâtiments techniques rendus obligatoires par les normes strictes de la BISC. En effet, l’avancement des travaux de construction du campus, même à 70% tel que constaté le 15 juin, n’a pas donné satisfaction à la direction qui a préféré reporter l’ouverture de l’école plutôt que de déployer partiellement son dispositif pédagogique inédit au Maroc ».

Contactée par PanoraPost, la direction de l’établissement explique que, effectivement, « elle ne pourra déployer son programme pour des raisons de sécurité et pour l’épanouissement des élèves ». Pourquoi la sécurité ? « Parce que quand 70% des bâtiments sont prêts, cela signifie que pour les 30% autres, les travaux continuent, et on peut imaginer les risques pour les enfants ». Convaincant.

La BISC est « très fière et impressionnée par la réaction des parents, qui ont compris le report, et soutiennent fortement la direction dans sa décision ». Combien d’enfants ont-ils déjà été inscrits ? « C’est confidentiel, nous ne pouvons divulguer cette information ». Quels sont les prix ? « Merci de nous saisir par écrit, et on vous répondra », s’entend-on dire… Selon des informations rapportées par Medias24.com, le droits d’inscription, payés une seule fois, sont de 40.000 DH ; pour les frais de scolarité, ils vont de 66.000 DH aux premiers niveaux jusqu’à 150.000 DH

Et que feront les élèves déjà inscrits, en attendant la saison prochaine 2017-2018 ? « Ils étaient dans un système d’enseignement différent. Ils vont y rester un an de plus, puis nous rejoindre en septembre 2017 ».

L’arrivée de la BISC avait attiré plusieurs parents désireux d’offrir à leurs progénitures un autre système d’enseignement. Ils attendront septembre 2017, au moins…

Que dit le ministère de l’Education nationale ?

Dans un communiqué paru hier, le MEN précise qu’ « aucun établissement d'enseignement privé n'a été autorisé jusqu'à présent à adopter le système d'enseignement britannique ou à enseigner un programme en langue anglaise autre que le programme national ». Le ministère ajoute que « les établissements d'enseignement privé sont tenus avant la publication de tout support publicitaire sur leurs prestations, à mentionner sur leurs annonces et affiches publicitaires et les documents émis le numéro et la date de l'autorisation qui leur a été délivrée, et à veiller à ce que les informations figurant sur lesdits supports soient conformes au contenu de l'autorisation quant aux cycles et programmes d'enseignement qu'ils sont autorisés à prodiguer, ainsi qu'à la qualité des diplômes accordés à leurs élèves ».

Or, les établissements privés étrangers doivent s’inscrire dans le cadre de conventions bilatérales signées entre leurs Etats et le gouvernement du Maroc, comme cela a été le cas pour la France et la Belgique. Cela n’a pas encore été fait avec la Grande-Bretagne, et c’est ce qui explique la mise au point du ministère, qui « appelle les parents tuteurs des élèves à s'assurer de la situation légale des établissements scolaires privés concernant les cycles et programmes d'enseignement autorisés en vue d'éviter les problèmes et les difficultés auxquels ils pourraient faire face à l'avenir leurs enfants lors de la légalisation des certificats de scolarité ou de passage d'examens pour l'obtention de certificats et l'accès à des établissements d'enseignement privés ou publics ».

Il semblerait donc que la BISC, bien qu’elle ait soumis sa demande d’agrément au MEN, se soit un peu précipité pour annoncer l’ouverture de son établissement. Mais comme cela dénoterait d’un manque de professionnalisme, voire d’amateurisme, des Britanniques – ce qui leur ressemble peu – on pourrait chercher les raisons ailleurs.

Pourquoi ?

Raison administrative ? La convention bilatérale ne peut se faire avec la Grande-Bretagne car l'enseignement britannique est privé, nous explique une source informée du ministère des AFfaires étrangères. Le gouvernement marocain ne peut donc signer un tel document avec Londres, et le ministère de l'Education ne peut autoriser sans cette convention. Nous serions donc dans une impasse administrative.

Raison culturelle et linguistique ? Français contre anglais ? Selon un responsable pédagogique qui a requis l’anonymat, l’ouverture de cette école intervient dans la polémique nationale sur les langues d’apprentissage, anglais ou français. Il semblerait que le royaume ait opté pour le français et l’arrivée des Britanniques va à l’encontre de la décision gouvernementale marocaine, surtout que personne ne peut nier l’engouement des familles marocaines à inculquer la langue anglaise à leurs enfants.

Pour le même, « on pourrait penser que les groupes d’influence francophones aient agi avec une certaine efficacité dans la décision du ministère, qui a préféré reporter l’octroi d’un agrément à la BISC », le temps d’y voir clair.

Raison commerciale ? Une autre explication est fournie par le directeur d’un établissement scolaire casablancais, pas franchement enthousiaste à l’arrivée des Britanniques dans l’enseignement pré-bac, après les Américains, les Belges, les Turcs, les Espagnols et, dans une moindre mesure, les Italiens. Sans compter les Français, qui sont ici historiquement. Affaire de gros sous ? Sans doute.

Raison politique ? Pourrait-on, par ailleurs, voir dans cette décision une position politique ? Peut-être… Si on revient au fameux vote de la résolution 2285 à l’ONU, et quand on sait la position résolument, farouchement pro-marocaine et clairement amicale de Paris, on peut la mettre en parallèle avec celle du Royaume-Uni, dont le représentant avait « jugé nécessaire de se pencher à nouveau sur le processus pour trouver une solution juste et acceptable par les deux parties et qui prévoit l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Connaissant les discours énergiques, et les positions encore plus fermes du Maroc depuis quelques mois sur la question du Sahara, pourrait-on penser à une attitude marocaine qui rappellerait celle adoptée en septembre dernier à l’ouverture du magasin suédois Ikea, après une prise de position hostile de la Suède contre Rabat ? Rien ne permet de le penser, et rien d’officiel à ce propos, mais la question peut être posée.

Aziz Boucetta



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