La campagne électorale, vue par le PJD…
Cela est devenu une évidence ; la bipolarisation politique au Maroc s’installe et se renforce. Deux partis émergent, le PJD et le PAM, deux pôles auxquels s’accrochent, puis s’aimantent, les autres formations. Cette configuration, nouvelle sur la scène politique nationale, doit appeler à une autre forme de discours, plus rationnel et moins passionnel. Cela n’est pas le cas pour le PJD. Insultes et imprécations se suivent, frisant parfois la vulgarité et frôlant souvent le mensonge.
Les dirigeants de ce parti ont compris la nouvelle technique électorale, fondée sur les réseaux sociaux. Il faut distiller des messages simples pour mobiliser la plus grande masse d’électeurs ; il faut attaquer les adversaires – un seul en l’occurrence, Ilyas el Omari – de manière frontale, nominative et si nécessaire vulgaire.
Le tahakkoum, ou domination. Ce terme est devenu l’élément de langage principal du PJD. On remarquera que tous les chefs du parti de Benkirane, et Benkirane lui-même, utilisent, usent et abusent de ce terme. Le but est d’ancrer dans l’imaginaire populaire qu’el Omari et son parti œuvrent à la domination sur les autres partis, à l’hégémonie politique. Mais que signifie ce terme et pourquoi l’accoler systématiquement à el Omari ? D’où el Omari tient-il cette puissance qui lui est prêtée ? Il semblerait qu’en s’attaquant au chef du PAM, les gens du PJD visent sans le dire le conseiller royal Fouad Ali al Himma, qui a eu par le passé une solide amitié « politique » avec el Omari. Depuis, bien de l’eau a coulé sous le pont, et el Omari vole de ses propres ailes.
Selon plusieurs témoignages que nous avons recueillis, Ilyas el Omari n’entretient plus de contacts politique avec Ali al Himma, désormais tenu à une stricte réserve de par sa nouvelle fonction. Si cela n’avait pas été le cas, cela se serait su, les lanceurs d’alerte et les « dénonciateurs » étant si nombreux, confortés par l’anonymat des réseaux. Or, depuis fin 2011, quand Mohammed VI avait nommé son ami au poste de conseiller, nous n’avons jamais rien entendu de tel.
Le PJD serait-il donc en phase de « confrontation » avec le palais, pour « sécuriser » sa reconduction aux affaires ? Il semblerait que oui, comme le montre le degré d’organisation et le niveau de médiatisation du dernier congrès exceptionnel qui a adoubé Benkirane pour ce qui ressemble bien à un troisième mandat à la tête du parti, indiquant de la sorte une pression pour voir Benkirane rempiler. Le message est adressé au ministère de l’Intérieur, dont les PJDistes craignent une (peu probable) implication dans les élections, en faveur du PAM, et aussi au palais… El Omari serait donc le punching-ball du PJD pour frapper ceux qu’il n’ose pas approcher frontalement.
Le kif. Depuis l’engagement personnel d’Ilyas el Omari dans la question de la réglementation de la culture du cannabis dans le Rif, les snipers du PJD ajustent leurs tirs nourris et groupés sur le personnage, quitte à mentir. Ainsi de cette récente déclaration d’Aziz Rabbah, ce weekend, quand il a dit que « si le kif était utile, il l’aurait été pour la Colombie qui, depuis des siècles cultive des drogues ». On notera le simplisme de la déclaration, et son caractère mensonger. Il n’existe pas de cannabis en grande quantité en Colombie, mais de la coca, qui sert à la fabrication de la cocaïne. Et, de plus, pour la faible production de chanvre, le gouvernement vient de légaliser l’usage thérapeutique et médicinal.
En dehors de la sortie malheureuse d’el Omari sur les coffee-shops et la possibilité d’acquisition de cannabis d’une manière limitée par les jeunes, le SG du PAM a organisé un bien plus sérieux colloque, œuvrant à trouver des usages autres au chanvre que le récréatif, et à tout réglementer dans le cadre d’une agence qui fournirait le plant aux cultivateurs (avec un THC bien inférieur aux plants actuels), et qui leur rachèterait leur production pour fournir les unités industrielles préalablement mises en place, et détruire le reste.
En réalité, ce qui terrifie le PJD dans cette affaire du cannabis, c’est le gain électoral qu’en engrangera le PJD, quelques centaines de milliers de voix, qui pèseront dans la balance finale lors du décompte au soir du 7 octobre. C’est pour cela que le PJD accuse el Omari d’électoralisme. Mais le concerné répond à cela en affirmant que ce n’est pas de l’électoralisme en vue des élections à venir, mais d’un respect de promesses électorales émises pour le scrutin du septembre dernier. « Nous avons promis aux populations du Rif de travailler pour mettre en place une solution aux conditions difficiles qu’elles vivent, et nous le faisons ».
Les insultes. Il est inutile de revenir sur les accusations et attaques directes de Benkirane, et des dirigeants du PJD, contre le SG du PAM. Entre les démons et les crocodiles, les allusions à la fortune et à son origine douteuse, les doutes sur le capital du groupe de presse lancé par el Omari, l’injure et l’accusation est toujours là… les insultes se font plus âpres quand ce sont les autres cadres du PJD qui s’attaquent au PAM et à son chef, l’actuel ou le précédent, Mustapha Bakkoury. Par exemple, les écrits de Mohamed Yatim…
Et le PAM ?
Pour sa part, le PAM a réagi, et répondu à ces attaques incessantes, qui ne viennent pas toujours du PJD, l’Istiqlal s’étant pour sa part aussi engagé dans cette politique de l’invective. Ainsi, selon un communiqué du PAM à l’issue d’un Bureau politique, « le parti déclare ne pas prêter une quelconque attention aux attaques politiciennes dont il fait l’objet, et qui ne sont pas en mesure de créer une politique apte à répondre aux besoins des populations ».
Il est vrai que lors de ses diverses et nombreuses sorties ces derniers mois, Ilyas el Omari se retient d’insulter ou de parler d’Abdelilah Benkirane autrement qu’en le désignant par son titre « le chef du gouvernement ». Il répond aux attaques sur le tahakkoum, sur le kif, sur les enseignants stagiaires ou sur la réforme des retraites en s’en prenant au gouvernement, mais dans les règles de bienséance politique.
On peut reprocher au PAM son absence de projet politique intégré ou de programme économique clair. Il a en revanche un positionnement social sur l’islam (« le Maroc est un pays musulman et non islamique »), sur la liberté de conscience, sur les libertés individuelles d’une manière plus générale. Mais jamais d’insultes.
C’est peut-être là que la différence se fait entre un PJD agressif et vindicatif et un PAM plus « professionnel ».
AB