Education religieuse ou islamique, la guerre est ouverte entre modernistes et conservateurs

Education religieuse ou islamique, la guerre est ouverte entre modernistes et conservateurs

La question est ouverte et déjà les uns et les autres affûtent leurs armes pour ce prochain round entre eux. Eux, ces ont les modernistes d’une part, les conservateurs d’autre part. Et le débat porte sur le nom de la matière « éducation islamique », changera-t-il en éducation religieuse ou non ? La députée Amina Maelainine a dégainé son sabre pour trancher dans le vif, mais elle se heurte à la résistance de Bayt- al-Hikma.

Les islamistes du PJD sont donc montés au créneau, brutalement, frontalement, agressivement… Mme Maelainine a attaqué Rachid Belmokhtar, ce ministre de l’Education nationale qui est devenu depuis un an le punching-ball du PJD. Elle l’a accusé d’avoir un problème avec la religion des Marocains : « Belmokhtar a-t-il un problème avec la religion des Marocains telle qu’entérinée par la constitution ? Que prépare-t-il, quel problème a-t-il avec l’éducation islamique ? », écrit-elle sur sa page Facebook.

A son tour, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Mustapha el Khalfi, idéologue par excellence de son parti, a expliqué à l’issue du Conseil de gouvernement du jeudi 29 juin qu’il avait pris langue avec son collègue Rachid Belmokhtar, lequel lui avait affirmé qu’il n’y avait aucune décision prise concernant le changement d’appellation de la matière.

PanoraPost a contacté un responsable du ministère de l’Education, qui a requis l’anonymat et qui a bredouillé, très prudent, que «  rien n’était encore décidé, que le courrier mentionnant éducation religieuse était une erreur, et que, de toutes les manières le ministère refuse de s’exprimer sur cette question ». Ce qui veut dire clairement qu’aucune décision n’a encore été définitivement prise. En effet, que l’on se rapporte aux mots du responsable du ministère ou à el Khalfi, « aucune décision n’a été prise » ne veut pas dire que « la décision de maintenir l’ancienne appellation  a été prise ». Les mots ont un sens.

Or, lors du Conseil de ministres de février dernier, Mohammed VI avait parlé de « la révision des programmes et manuels d'enseignement en matière d’éducation religieuse », et non islamique, et la version arabe du communiqué de la MAP dit la même chose. Mais la députée Maelainine a préféré légèrement dénaturer le propos pour dire que « le roi avait demandé la révision des programmes d’éducation religieuse », ce qui n’est pas tout à fait pareil.

Le débat est donc encore ouvert, n’en déplaise à el Khalfi, à Maelainine et aux autres ténors et caciques du PJD. Et cette fois, c’est l’association moderniste Bayt al-Hikma qui est à la manœuvre, dans un communiqué diffusé aux médias.

« Certaines gens se sont évertuées à pervertir l’esprit de cette initiative de réforme en lançant des accusations et des attaques prétextant une atteinte aux fondamentaux du pays allant en contradiction avec le caractère islamique de l’Etat et aussi avec la constitution ». L’association présidée par Fettah Bennani  évoque là les attaques d’Amina Maelainine, et reprend la défense de «  la révision des manuels, dans le sens de l’ouverture et de la tolérance, de la raison et de la conscience, en ces temps troubles où le terrorisme s’étend partout ».

Pour Bayt al-Hikma, cette initiative ne peut aller que dans le sens de la « réaffirmation des principes de l’unité nationale en renforçant les esprits des jeunes générations vers davantage d’ouverture et du dialogue ». Pour l’association, cela « dérange des cercles réactionnaires qui font commerce de la religion et qui s’infiltrent dans l’appareil d’Etat, dans les structures de l’Education nationale à travers des associations et d’organismes parallèles, et au sein de la société ».

Et alors que Maelainine, à laquelle semble avoir été dévolue la tâche de monter au créneau au PJD, reconnaît le droit aux Juifs (« une extrême minorité », précise-t-elle) et aux enfants d’émigrés subsahariens d’avoir leur enseignement religieux et de ne pas recevoir l’enseignement islamique, Bayt al-Hikma appelle les forces vices du pays à soutenir le projet de réforme de l’éducation religieuse.

On rappelle que le PJD n’avait rien dit quand le Conseil des ministres de février avait considéré la question de la révision des manuels religieux. Il avait attendu la première occasion pour le faire, en l’occurrence les décisions de mise en œuvre de cette réforme prises par Belmokhtar, qu’il est bien plus facile d’attaquer que le roi, prenant à témoin la population et exhortant le ministre d’aller parler de son projet de réforme aux Marocains.

Ce que devraient expliquer les amis de Benkirane est la raison de leur insistance à maintenir le nom d’islamique à cette matière, et la raison de leur refus rugueux du terme religieux.

AB



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