Entre Paris et Rabat, et n’en déplaise à Alger, les relations sont au beau fixe, « en plein essor »

Entre Paris et Rabat, et n’en déplaise à Alger, les relations sont au beau fixe, « en plein essor »

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a reporté sa visite programmée à Rabat, à l’initiative de Rabat,  et qui devait se tenir en fin de semaine dernière, pour trois jours. Les deux parties sont en train de convenir d’une autre date pour la rencontre des chefs de la diplomatie. Une nouvelle crise entre les deux pays aurait éclaté, affirme très sérieusement  l’agence algérienne de presse APS. Mais il semblerait que cela soit un coup de bluff des voisins. « Une tempête dans un verre d’eau, agitée par les Algériens », nous affirme, sereinement, une source diplomatique française depuis Paris.

Ecoutons l’APS : « Les relations diplomatiques franco-marocaines connaissent une nouvelle brouille diplomatique, suite au report de la visite au Maroc du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, selon des milieux bien au fait des relations entre les deux pays. La visite de M. Jean-Marc Ayrault à Rabat est reportée pour des raisons d'agenda de la partie marocaine", avait déclaré jeudi le porte-parole du MAE français, Romain Nadal, indiquant que les ministres des deux pays sont en contact pour "trouver une nouvelle date au plus vite". Mais d'après les mêmes sources à Paris, c’est la partie marocaine qui est à l’origine du report, voulant manifester son "mécontentement" pour n’avoir pas trouvé "le soutien nécessaire de Paris" dans sa décision d'expulser le personnel civil de la Mission des Nations unies pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (MINURSO) et dans les récentes déclarations du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, au sujet de la colonisation marocaine du Sahara occidental ».

Et maintenant, voici ce qu’a déclaré le porte-parole du Quai d’Orsay : « Je démens formellement ; ce n’est pas le cas. C’est un report technique qui n’est en aucun cas dû à une difficulté politique, la relation franco-marocaine étant en plein essor. Ce report n’a strictement rien à voir avec la question du Sahara car la position de la France est bien connue et inchangée ».

Alors qui croire ? Romain Nadal, qui s’est exprimé devant les médias ou l’agence de presse algérienne qui a publié un communiqué rédigé sur le ton habituel de l’hostilité d’Alger pour Rabat ? Il semblerait que Nadal soit plus crédible. Pour deux raisons.

1/  Vu l’instrumentalisation que pourrait faire Alger d’un bluff qui prendrait, Nadal a été explicite, répétant quatre fois qu’il n’y avait aucun problème entre son pays et le Maroc : « Je démens formellement », « ce n’est pas le cas », « c’est un report technique qui n’est en aucun cas dû à une difficulté politique », et « ce report n’a strictement rien à voir avec la question du Sahara ». EN langage diplomatique, où le mensonge n’est jamais bien loin, répéter autant de fois la même phrase sous des formes différentes, indique clairement la tendance.

2/ Les relations entre le Maroc et la France n’ont jamais été aussi bonnes depuis la fameuse, et réelle, brouille de 2014. La coopération sécuritaire est à son beau fixe, la collaboration pour l’organisation de la COP22 aussi, en vue d’assurer un passage de flambeau de la COP française à la COP marocaine, Paris étant plus que jamais actif et même militant pour faire aboutir l’Accord de Paris et, enfin, les échanges économiques vont bon train, mieux que jamais, avec moult visites mutuelles. Et les Algériens n’aiment pas cela, sacrifiant alors à la facilité de la mystification diplomatique dont ils ont l’étrange secret.

Ainsi, l’APS raconte que le Maroc serait mécontent de la position française concernant le Sahara, une première fois en n’ayant pas réagi suite aux propos du SG de l’ONU Ban Ki-moon sur « le Sahara occupé », et une seconde fois en ne soutenant pas le Maroc dans sa décision d’expulser la composante civile de la Minurso, en mars dernier, en réaction à la partialité de Ban Ki-moon.

Or, selon des sources diplomatiques françaises, Paris aurait « défendu bec et ongles » la position marocaine, évitant à Rabat une résolution 2285 qui lui aurait imposé un retour immédiat de cette composante. « Le Maroc avait 7 pays contre lui, et nos diplomates se sont énergiquement battus pour éviter cette résolution à Rabat », affirment ces sources. Cela étant, et selon des canaux diplomatiques marocains, le soutien français a, quand même, été conditionné par un accord de principe exprimé par Rabat à Paris sur son acceptation du retour de la Minurso.

Et donc, de brouille, point, entre Paris et Rabat, sauf peut-être dans l’esprit des diplomates algériens. Ce qui est aussi malheureux que triste, et ravageur pour la construction maghrébine au moment où l’UE se déconstruit.

Le 29 juillet se tient à New York une réunion du Conseil de sécurité, au terme de la période de 90 jours accordée au Maroc – sur soutien insistant de la France, faut-il rappeler – pour rétablir la Minurso dans des fonctions. Rabat a proposé le retour d’une vingtaine de ces personnels expulsés. Ban Ki-moon demande la totalité. On verra bien.



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