Le Maroc réintégrera-t-il l’Union africaine ? Cela serait le plus beau « coup » diplomatique de Mohammed VI

Le Maroc réintégrera-t-il l’Union africaine ? Cela serait le plus beau « coup » diplomatique de Mohammed VI

La question se pose depuis plusieurs mois, suite aux nombreux voyages effectués par le roi Mohammed VI en Afrique subsaharienne, et également en raison des visites de chefs d’Etat ou de la diplomatie de pays africains à Rabat. Le voyage officiel de deux jours du président rwandais Paul Kagamé au Maroc les 20 et 21 juin derniers aura encore plus marqué ce rapprochement avec l’Union africaine, qui tiendra son 27ème Sommet  à Kigali, les 17 et 18 juillet prochains.

Le ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar est pour sa part en tournée africaine depuis plusieurs jours, et il a visité des pays de l’Afrique de l’Ouest, traditionnellement amis de Rabat, mais aussi l’Egypte et surtout le Soudan, dont le président est sous mandat de recherche international par la Cour pénale internationale, et qui apprécie tout visiteur étranger qui l’isolerait moins sur la scène diplomatique mondiale.

Depuis plusieurs années, le Maroc s’est singulièrement renforcé dans son flanc sud, et à tous les niveaux. Des partenariats économiques ont été signés, des accords financiers ont été scellés et la coopération sécuritaire et militaire est à son point culminant. Et le roi Mohammed VI n’a pas oublié la composante religieuse, très importante,  à travers la création de l’institut de formation des imams qui accueille un grand nombre d’Africains et la Fondation Mohammed VI des Oulémas africains, qui vient d’être mise en place.

La visite de Kagamé en juin au Maroc a permis un spectaculaire rapprochement entre le chef de l’Etat rwandais, influent et très écouté en Afrique du fait entre autres  de son discours contre les anciennes puissances coloniales. L’accueil grandiose et chaleureux qui lui a été réservé, suivi du retrait de la reconnaissance du Polisario par la Zambie, pays voisin du Rwanda, et la tournée africaine (inhabituellement discrète) de Mezouar, semblent augurer d’une « décision courageuse ».

C’est ainsi que nos confrères d’Akhbar Alyoum ont titré leur Une de ce jeudi 14 juillet. Selon le quotidien arabophone, la réintégration du Maroc au sein de l’Union africaine, parmi ses pairs du continent, devrait se faire ce weekend. Toujours d’après la même source, le chef de la diplomatie marocaine a déclaré à Khartoum, au Soudan, que « le Maroc est sollicité par des pays amis et musulmans pour son retour et, naturellement, Rabat écoutera  l’appel de ses amis et y répondra si les conditions y sont favorables ».

Quelles sont ces conditions ? Le gel de la présence de la RASD au sein de l’Union africaine. Cela pourra-t-il être fait, sachant que le Maroc avait claqué la porte de l’organisation panafricaine voici 32 ans, en 1984 donc, suite à l’admission de la RASD ? Dans l’intervalle, les choses ont néanmoins changé…

Le Maroc se présente aujourd’hui comme un pays à la voix de plus en plus écoutée, qui « joue dans la cour des grands »,en marquant son territoire à l’ONU suite à la crise avec son secrétaire général, en dénonçant les turpitudes des pays occidentaux, Etats-Unis en tête (discours de Riyad), et en développant à marche forcée la coopération Sud-Sud louée par… Paul Kagamé.

Le Maroc est en outre un pays qui concourt pour le titre d’ « émergent », et qui s’en donne les moyens. Le reste est question de temps. Enfin, Rabat bénéficie des pétrodollars qui trouvent de moins en moins  leur chemin dans les circuits financiers occidentaux et qui cherchent à se frayer une vois vers le fort prometteur continent africain.

Voici quelques mois, une source très haut placée au ministère des Affaires étrangères nous avait confié que « le Maroc sera le trait d’union entre la manne financière du Golfe en quête de débouchés et les besoins quasi illimités en Afrique à la recherche de financements ». Et, de fait, cela avait déjà été confirmé par l’entrée d’Etisalat dans le capital de Maroc Telecom, l’opérateur national étant devenu le hub africain de son actionnaire émirati.

En face, la petite quinzaine de pays qui reconnaissent encore la RASD (dont le trio Algérie, Nigéria et Afrique du Sud) auront contre eux un Maroc engagé dans la coopération Sud-Sud avec des moyens financiers et économiques, militaires et sécuritaires, éducatifs et religieux… un Maroc qui régularise à tour de bras de plus en plus de migrants subsahariens… Un Maroc qui parle haut et fort au nom des pays africains en butte à des problèmes économiques, climatiques et hydriques. Les décideurs africains auront donc le choix entre ce Maroc-là et une Algérie en pleine déliquescence politique, économique et sociale, une Afrique du Sud qui patine et un Nigéria déstabilisé par la division confessionnelle de sa population et en butte aux attaques de Boko Haram.

Si le Maroc réintègre l’Union africaine, ce qui signifie en creux que la RASD en sera suspendue, cela serait incontestablement le plus beau « coup » diplomatique de Mohammed VI. Il s’y emploie depuis plusieurs années et a pris des risques diplomatiques conséquents. L’heure de goûter à la victoire aurait-elle enfin sonné ? Réponse dans les prochains jours.

Aziz Boucetta



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