Le gouvernement interdit l’importation des déchets, ne clôt pas le dossier mais ouvre sur d’autres questions

Le gouvernement interdit l’importation des déchets, ne clôt pas le dossier mais ouvre sur d’autres questions

Est-ce de la confusion ou un manque de solidarité, ou clairement un désaveu ? Les trois… Réuni en conseil ce jeudi 14 juillet, le gouvernement a décidé d’interdire l’importation de déchets provenant d’Italie et il a aussi décidé de suspendre l’utilisation par les cimenteries de la cargaison de 2.500 tonnes de ces déchets importés d’Italie, dans l’attente des analyses techniques (qu’on a dit) en cours.

Cette décision est intervenue suite à une déclaration publiée sur le site du ministère italien de l’Environnement affirmant qu'il ressort des « informations précises » recueillies par le département italien de l'environnement, que les déchets, qui « ne sont pas dangereux », ont été acheminés vers le Maroc à partir de la ville de Pescara dans le respect des normes internationales en matière de transport transfrontalier. Le ministère  a également qualifié d' « infondée » l'information faisant état de la provenance des déchets exportés vers le Maroc de décharges de la Campanie (sud de l'Italie).

La décision d’Abdelilah Benkirane sonne donc comme un désaveu des affirmations de la ministre de l’Environnement Hakima el Haité. Le communiqué du porte-parole du gouvernement précise que le gouvernement a discuté « en profondeur » de cette question, trois jours après la conférence de presse de la ministre à laquelle a assisté et participé le représentant des cimentiers Mohamed Chaïbi. Les deux avaient clairement annoncé, et « en profondeur » aussi, que tout avait été fait dans les règles et que ces déchets ne sont pas toxiques ni dangereux. Alors pourquoi interdire l’utilisation en attente des résultats ? Les déchets pouvaient-ils donc être incinérés avant même la conclusion de l’enquête ?

La décision gouvernementale, non seulement ne mettra pas un terme à la polémique, mais risque de l’alimenter encore plus. Pour plusieurs raisons.

1/ Pourquoi prendre une décision allant à l’encontre des affirmations de la ministre, au risque de la désavouer ?

2/ La décision intervient après l’annonce du Mouvement Populaire sur sa solidarité avec sa ministre, ce qui pourrait créer une crise au sein de la majorité. Cela serait la troisième fois qu’un ministre MP a des problèmes avec l’opinion publique, et la morale… En effet, avant el Haité, il y a eu les cas de Mohamed Ouzine pour l’état du complexe Moulay Abdallah pendant une compétition internationale, et d’Abdeladim Guerrouj pour l’achat de chocolats aux frais du ministère de la Fonction publique et à usage privé.

3/ Si le gouvernement interdit, c’est que le gouvernement doute. Or, il a été dit que la cargaison a été contrôlée avant son chargement en Italie et le sera encore avant son débarquement au Maroc.  Cela signifie une remise en cause des résultats des analyses effectuées en Italie.

4/ Un désaveu gouvernemental aussi cinglant pour une ministre particulièrement en vue dans l’organisation de la COP22 est de nature à fragiliser sa position à l’international. Mme el Haité peut-elle rester en charge pour la COP22 et en situation au sein de son comité de pilotage après la décision de ses pairs au gouvernement ?

5/ L’interdiction future d’importation met en cause enfin la loi 28-00 si promptement brandie par Mme el Haité. La décision du gouvernement indique en creux que cette loi est désormais suspendue. Le gouvernement en a-t-il constitutionnellement le droit ? Pourrait-il être attaqué par les cimentiers, premiers usagers de ces déchets ?

Des réponses à ces questions dépendront beaucoup de choses, dont les alliances électorales futures, les questions de la légalité institutionnelle, l’avenir de Mme el Haité…

AB

 



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