Le Maroc envoie deux très hauts émissaires en Algérie et au Nigéria
Le Maroc poursuit son offensive diplomatique africaine. Après la tournée du ministre des Affaires étrangères Salaheddine Mezouar dans plusieurs pays du continent, c’est au tour du ministre délégué aux AE et du directeur de la DGED de se rendre au Nigéria et… en Algérie. Les choses bougent et pourraient (peut-être) accoucher d’une grande avancée sur le front diplomatique.
Au Nigéria
Jeudi 14 juillet, le ministre délégué aux AE Nasser Bourita et le patron de la Direction générale des études et documentation (DGED) Yassine Mansouri étaient à Abuja, capitale administrative du Nigéria. Ils y ont rencontré le général-président Muhammadu Buhari.
Ils ne sont pas allés au Nigéria les mains vides, mais avec deux propositions concrètes. La première consiste en une offre marocaine pour l’établissement d’une usine d’engrais de l’OCP au Nigéria. Le pays, naguère richissime de sa manne pétrolière, souffre aujourd’hui de l’effondrement des cours internationaux des hydrocarbures. « Pour nous, au Nigeria, il faut tout recommencer. Il fut un temps où nous avions tant d'argent que nous avions considéré les choses comme acquises. Mais avec la baisse du prix international du pétrole, nous sommes obligés de gérer », a déclaré le président Buhari, ajoutant que « le gouvernement fédéral est pressé de voir les projets décoller dans le secteur agricole afin d'améliorer la sécurité alimentaire et créer des emplois pour les très nombreux jeunes chômeurs ». L’offre de l’OCP tombe donc à pic et les Nigérians auraient du mal à refuser l’opportunité car ils auraient encore plus de mal à la justifier à leur population.
Par ailleurs, Nasser Bourita a expliqué à son hôte que « le Maroc avait mis au point une stratégie pour faire face à l'extrémisme religieux, et avait largement réussi dans la lutte contre le terrorisme ». La présence de Mansouri aura servi à apporter les éléments de ce succès. Rappelons que la Fondation des Oulémas africains, récemment mise en place par Rabat, compte pas moins de 12 Nigérians parmi ses membres, constituant ainsi le plus fort contingent représentant les quelques 80 millions de musulmans de ce grand pays africain.
On l’aura compris… Sans faire référence au soutien au Polisario, dont le Nigéria est avec l’Algérie et l’Afrique du Sud le chef de file, les Marocains viennent proposer des solutions économiques et sécuritaires, deux domaines où ils se sont imposés en Afrique, deux domaines qui posent problème au Nigéria, avec son agriculture incertaine et sa lutte contre la secte Boko Haram qui a fait allégeance au calife autoproclamé de Daech, al Baghdadi. Les deux émissaires de Mohammed VI ont touché là deux éléments fondamentaux de la politique de Buhari, dont sa popularité est tributaire : l’agriculture et l’économie alimentaire d’une part, la sécurité d’autre part.
En Algérie
Les deux envoyés de Mohammed VI se sont ensuite envolés vers Alger, où ils ont été reçus par le Premier ministre Abdelmalek Sellal, chef d’Etat effectif en raison de la maladie du président Abdelaziz Bouteflika (photo en tête d'article).
Rien n’a filtré au Maroc au sujet de cette rencontre au (presque) plus haut niveau, mais elle a été rapportée par l’agence officielle algérienne APS : « L'audience accordée par le Premier ministre à M. Nasser Bourita, ministre délégué aux Affaires étrangères, a porté sur les relations bilatérales, tout comme elle a permis un échange de vues sur les défis auxquels sont confrontés l'Afrique et le monde arabe. L'accent a été particulièrement mis sur la sécurité régionale, notamment la lutte contre le terrorisme et le crime transnational organisé, les questions liées à la migration et la problématique du développement ».
Cela étant, on souligne que le Maroc frappe à toutes les portes en Afrique, jusques-y compris celles de ses adversaires les plus rugueux, Alger en premier. La rencontre s’est déroulée en présence du conseiller du président, chargé de la coordination des services de sécurité, Athmane Tartag, récemment promu à cette fonction. Il est considéré comme l’un des faucons du régime algérien, et on peut raisonnablement penser que sa rencontre avec Yassine Mansouri aura permis l’échange d’informations sur « la lutte contre le terrorisme et la crime transnational organisé », comme le mentionne le communiqué algérien.
Tout le monde attend donc l’ouverture officielle du Sommet de l’Union africaine à Kigali ce 17 juillet. On évoque une probable lettre royale qui serait lue à cette occasion, mais si on ignore par qui elle serait lue, on peut supposer que son sujet serait une déclaration d’intention du Maroc pour son retour parmi ses pairs africains, à la condition du gel de la présence de la RASD au sein de l’UA.