A l’ONU, La France réaffirme clairement son soutien à Rabat
Cela fait trois mois que le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté sa résolution 2285 qui, entre autres dispositions, demandait au Maroc de restaurer sous 90 jours la composante civile et politique de la Minurso dans « sa pleine fonctionnalité ». Cette période a expiré et le Secrétaire général Ban Ki-moon doit faire le point devant le Conseil. La France, solide alliée du Maroc, a annoncé sa position, qui s’inscrit en droite ligne de sa politique dans ce dossier.
On rappelle que Rabat avait décidé en mars l’expulsion des 74 fonctionnaires de la composante civile et politique de la Minurso suite à l’attitude très partiale, voire hostile, de Ban Ki-moon lors de sa tournée en Algérie et dans les camps de Tindouf. Le Maroc y avait vu une position agressive et avait réagi en conséquence. S’en étaient suivi des concertations, des tractations et des manœuvres pour contraindre le Maroc au retour immédiat des fonctionnaires. Mais la France avait été là pour soutenir le Maroc.
Ainsi, dans une déclaration à la presse faite ce mardi 25 juillet à New York, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies François Delattre a estimé qu’ « il existe clairement une dynamique positive aujourd’hui, comme nous l’avions déjà constaté il y a quinze jours. Les discussions approfondies entre les autorités marocaines et les Nations unies ont porté leurs fruits puisqu’un accord entre les deux parties a été conclu. Il a permis d’ores et déjà à un premier groupe de 25 membres civils de la MINURSO de revenir au quartier général de Laâyoune ». Une mission de l’ONU se trouvait en effet sur les lieux début juin et les concertations avaient permis d’aboutir au retour de ce premier contingent et à la « pleine fonctionnalité ».
François Delattre poursuit en affirmant que « la France est très attachée à ce que la Minurso puisse parvenir à la pleine fonctionnalité. Les progrès accomplis jusqu’à présent sont des pas significatifs dans cette direction qu’il est important d’encourager. Le chemin menant à la pleine fonctionnalité est donc bien engagé aujourd’hui ».
Mais qu’est-ce que la pleine fonctionnalité ? C’est la question que tout le monde se pose, « pleine fonctionnalité » ne signifiant pas nécessairement de disposer des 74 fonctionnaires internationaux expulsés par le Maroc.
Les Algériens, pour leur part, ont souligné hier mardi 25 juillet par la voix du président de l’Assemblée nationale populaire Mohamed Larbi Ould Khelifa que « la position de l'Algérie en faveur de la lutte du peuple sahraoui émane des principes immuables de sa politique extérieure, basée sur le soutien aux causes justes ». Et c’est précisément là le problème, dans le mot « immuable »… Le monde est en mutation et adopter des « principes immuables » ne semble pas adhérer à la logique du monde, en perpétuelle transformation, pas plus que la pleine fonctionnalité ne signifie forcément la présence de 74 fonctionnaires… les choses changent.
Ainsi du plan d’autonomie soumis par le Maroc en 2007, et à propos duquel la France a affirmé, toujours par son représentant à l’ONU, « apporter tout (son) soutien au processus politique conduit par les Nations unies, visant à avancer vers une solution juste, durable et mutuellement acceptable. (La France considère) à cet égard que le plan d’autonomie présenté par le Maroc en 2007 constitue une base sérieuse et crédible pour une solution négociée ».
La « solution négociée », que la sagesse appelle en ce monde tourmenté, ne fait justement pas l’affaire des Sahraouis séparatistes et de leurs soutiens algériens, qui ont parlé suite à la déclaration de François Delattre de « dernière blague de l'Elysée venue de New York. D'autres suivront sans doute dans le cadre d'un plan français visant à attiser le feu de la discorde dans la région ». L’Elysée appréciera…
Le représentant de la France, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et ancienne puissance coloniale dans la région qu’elle connaît donc bien, se félicite par ailleurs de la demande d’adhésion du Maroc à l’Union africaine. Il a déclaré à ce propos que cette initiative constitue « une contribution importante à l’intégration croissante du continent africain. Une Afrique unie est, en effet, un facteur de paix, de stabilité et de développement pour le continent comme pour le reste du monde ». Mais les gens du Polisario estiment que cette démarche de Rabat en direction de l’UA est « une manœuvre éhontée ».
Que veulent donc les Algériens et les Sahraouis séparatistes ? Un référendum d’autodétermination. Soit, mais alors pourquoi avoir sèchement refusé la proposition américaine incluse dans le projet de loi de Finances 2017 d’apporter un soutien financier au recensement des populations dans les camps de Tindouf ? Comment procéder à un référendum, s’il devait vraiment être organisé et qui paraît aujourd’hui amplement dépassé, sans identifier et recenser les électeurs qui devraient y participer ?
On retiendra donc le soutien de la France, réaffirmé aussi par leur ambassadeur au Maroc lors de la célébration du 14 juillet à Rabat. Jean-François Girault, s’exprimant à cette occasion, avait rappelé que la France s’est toujours tenue aux côtés du Maroc dans les moments difficiles, « comme cela a été encore le cas au Conseil de Sécurité, en avril dernier ».
La France soutient donc le Maroc, mais l’amitié et l’histoire n’expliquent pas à elles seules cette attitude ; la raison a également sa part dans la position de Paris. En effet, il y a aussi le positionnement du Maroc dans la coopération Sud-Sud qui lui confère une plus grande légitimité internationale, son ancrage résolu dans un processus démocratique qui avance et son déploiement en Afrique, ouvrant la voie à d’énormes investissements dans lesquels la France a sa place.
Aziz Boucetta