L’Union africaine prend, curieusement, acte de la demande d’adhésion du Maroc

L’Union africaine prend, curieusement, acte de la demande d’adhésion du Maroc

Suite à la lettre adressée par le roi Mohammed VI à l’Union africaine, réunie en Sommet la semaine dernière à Kigali, le Commission africaine a répondu, d’une manière plutôt curieuse, mais compréhensible quand on sait que la présidente de ladite Commission est Mme Dlamini Zuma, épouse du président sud-africain et grande amie du Polisario. On retiendra de cette réponse que la procédure est en marche, et que Rabat a réussi à semer le doute dans les états-majors de ses adversaires.

Voici le texte du communiqué :

« La Commission de l'Union africaine souhaite préciser que le Royaume du Maroc n'a pas participé à la 27ème  Assemblée des chefs d'Etat et de gouvernement qui a eu lieu les 17-18 juillet 2016, à Kigali, Rwanda, de même qu’il n’y a pas pris la parole.

Cependant, le président Idriss Deby Itno, Président de la République du Tchad et actuel Président de l'Union africaine, a informé la Présidente de la Commission de l'UA, Mme Nkosazana Dlamini Zuma, qu'il avait reçu une correspondance du Roi du Maroc, Sa Majesté Mohammed VI, concernant l'intention du Maroc à adhérer à l’UA.

Cette question n'a été ni l'ordre du jour du Sommet, ni un sujet de discussion lors de la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement.

À cet égard, la Commission de l'UA tient à rappeler l'article 29 de l'Acte constitutif de l'Union africaine, relatif à « l'adhésion », qui stipule que :

1/ Tout Etat africain peut, à tout moment après l'entrée en vigueur du présent Acte, notifier au Président de la Commission son intention d'adhérer au présent Acte et d'être admis comme  membre de l'Union.

2/ Le Président de la Commission, dèss réception d’une telle notification, en communique copies à tous les Etats membres. L'admission est décidée à la majorité simple des Etats membres. La décision de chaque Etat membre est transmise au Président de la Commission qui communique la décision d'admission à l'Etat intéressé, après réception du nombre de voix requis.

En outre, la Commission de l'UA tient à rappeler que l'Acte constitutif de l'UA ne prévoit pas de disposition pour l’expulsion de tout État membre de l'Union ».

Comme message d’accueil et de bienvenue pour un nouveau membre, on peut difficilement être moins chaleureux… Mais la personnalité de la signataire explique cela, pourrait-on dire.

Que signifie ce communiqué ?             

Une lecture pessimiste irait dans le sens de problèmes à venir pour l’UA, en cela que la présidente de la Commission, dont les membres n’ont pas réussi à élire le successeur, n’est manifestement pas enthousiaste à l’adhésion du Maroc et qu’elle a de tout temps montré son hostilité à Rabat.

Insister sur le fait que le Maroc n’a pas pris la parole est juridiquement assez étrange puisqu’il n’est pas membre et qu’il ne saurait venir en qualité d’observateur ou d’invité, sans une pleine qualité de membre, qui lui sera reconnue normalement en janvier, lors du prochain Sommet, prévu en janvier à Addis-Abeba. L’article 29 détaille une procédure que le Maroc a par ailleurs suivie : notifier son intention, et laisser le président distribuer une copie aux membres. Il n’était donc pas question d’une quelconque prise de parole. Pourquoi alors le mentionner si on n‘est pas animé d’intentions troubles ?

Par ailleurs, le dernier paragraphe du communiqué est une forme de contestation de la motion des 28, soumise à l’initiative du président du Gabon, rédigée et publiée en vue d’ « agir » pour demander la suspension de la RASD. Le terme « agir » est très important en cela qu’il montre que les signataires, et le Maroc savent bien que la suspension n’est pas prévue, et qu’ils devront donc « agir » pour amender l’Acte constitutif.

C’est là que la phrase de Mohammed VI, dans son message adressé aux Etats membres, prend tout son sens : « Ce fait accompli immoral, ce coup d’état contre la légalité internationale, ont amené le Royaume du Maroc à éviter la division de l’Afrique au prix d’une douloureuse décision, celle de quitter sa famille institutionnelle ». Il n’est pas sûr que l’Afrique du Sud et l’Algérie aient aujourd’hui la même sagesse ; ils semblent même prêts à tout faire et entreprendre pour escamoter l’adhésion du Maroc en vue de maintenir la RASD, au risque de faire éclater cette jeune instance d’à peine 14 ans.

La lecture optimiste soulignerait une certaine fébrilité de Mme Zuma et des soutiens du Polisario, qui se savent soutenus par une petite minorité d’une dizaine d’Etats, dont certains pourraient tanguer suite à l’offensive et aux arguments politiques, économiques et diplomatiques de Rabat. C’est donc à une guérilla portée par des arguties juridiques que le Maroc aura à faire face.

En outre, le dernier paragraphe montre bien que cette « motion des 28 » a pris de court les adversaires du Maroc car le royaume et les signataires ont fait en sorte que rien ne puisse laisser penser que Rabat pourrait être l’inspirateur de cette action. Alors pourquoi en parler dans ce communiqué, destiné à prendre acte de la demande du Maroc, et donc concernant le seul Maroc et non la RASD ?

 

Ainsi, en conclusion, il semblerait que le Maroc soit bien parti pour avoir gain de cause, pour la suspension de la RASD et non pour son adhésion qui, elle, ne posera aucun problème. Il suffira juste que notre diplomatie soit aussi percutante, offensive et subtile qu’elle l’a montré jusque-là, multipliant les contacts et les partenariats économiques et sécuritaires avec les Grands de ce monde, pendant que l'Algérie et l'Afrique du Sud persistent à maintenir leurs pressions sur des nations africaines fragiles, au nom de principes aussi obsolètes que discutables. Les prochains mois montreront cela, avec une COP22 planétaire dans l’intervalle...

Aziz Boucetta



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