Benkirane : « C’est le roi qui nous a encouragés, le RNI et nous, à nous allier en 2013 »
La relation du chef du gouvernement et du chef de l’Etat continue d’alimenter la chronique. Abdelilah Benkirane a son franc-parler et le roi Mohammed VI a son étiquette et son protocole. Les libertés qu’a prises et que prend encore Benkirane en évoquant le roi ne plaisent manifestement pas.
Dans un récent entretien avec le site al Aoual, mené par Soulaïmane Raïssouni, frère d’Ahmed (ancien chef du MUR et personnalité incontestée de la mouvance islamiste), le chef du gouvernement a expliqué la nature de sa relation avec le roi. Il a affirmé que si Mohammed VI voulait qu’il s’en aille, cela aurait été fait en 2013, à la rentrée du RNI au gouvernement : « Je ne voulais pas que Mezouar se rallie à moi, pas plus qu’il ne le voulait lui-même, mais c’est le roi qui nous a encouragés à le faire ». Le journaliste insiste en demandant si le roi avait demandé au RNI (donc lui a ordonné, selon notre réalité politique) d’enter au gouvernement. Réponse de Benkirane, un peu fébrile : « Non, en fait, le roi que Dieu le protège nous a encouragés dans le sens où il a contribué à levé les malentendus entre nous ». Machine arrière toute, donc, et un peu en désordre.
Puis, le chef du gouvernement va plus loin… « Je ne suis pas tenu d’avoir la bénédiction du roi. Seules celles de Dieu et de ma mère comptent. Quant au roi, la relation qui me lie à lui est celle de la loyauté ». Dans le principe, c’est exact, mais ce sont des choses qui ne se disent ps, par respect de l’étiquette et du devoir de réserve du chef du gouvernement.
Enième bourde qui a fini de mécontenter le roi, après celle des « deux Etats qui coexistent au Maroc, dont seul un est dirigé par le roi » ? Poussé dans les cordes après ces sorties, le chef du gouvernement avait expliqué lors d’un récent meeting que « pour les relations entre moi et le roi, et s’il est mécontent de moi, c’est notre affaire à tous les deux ».
Cela a conduit à cette phrase prononcée par le roi dans son discours du Trône : « Ce qui est étonnant, c’est de voir certains se livrer, dans leur quête des voix et de la sympathie des électeurs, à des pratiques qui sont contraires aux principes et à l’éthique de l’action politique, proférer des déclarations et utiliser des termes préjudiciables à la réputation du pays et attentatoires à l’inviolabilité et à la crédibilité des institutions. Je saisis cette occasion pour attirer l’attention sur des agissements et des dépassements graves commis en période électorale. Il faut les combattre, et en sanctionner les auteurs ». Il est clair, et unanime, que ce passage s’applique à Benkirane.
Cela pourrait-il expliquer les attaques successives du ministère de l’Intérieur contre le PJD, ces dernières semaines ? Peut-être. Toujours est-il que l’on perçoit un malaise dans cette relation entre Benkirane et Mohammed VI et, comme l’avait rapporté notre confrère Medias24.com, qui le tient de sources sûres, Benkirane est le chef de gouvernement qui voit le moins le roi, comparativement à ses prédécesseurs.
Or, le concerné affirme le contraire, urbi et orbi, ce qui a suscité la colère royale et ce passage du discours du Trône. Entretemps, l’ambiance devient franchement mauvaise au sein du gouvernement, avec ces communiqués à répétition de l’Intérieur qui cible directement, même sans le nommer, le PJD.
Les semaines à venir, avec la campagne électorale qui se tend et se crispe, apporteront leur lot de nouvelles et d’informations sur cette relation entre les chefs de l’Etat et du gouvernement. Rappelons qu’aux termes de l’article 47 de la constitution, « le Roi nomme le Chef du Gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des Représentants, et au vu de leurs résultats ». Cela implique que si le PJD se classe premier le soir du 7 octobre, rien n’indique que Benkirane serait reconduit dans ses fonctions, malgré l’insistance des cadres du parti pour que le choix, dans ce cas, se porte sur l’actuel chef du gouvernement.
AB