Mohammed VI, l’Afrique c’est nous, le terrorisme, non
Le roi Mohammed VI a adressé ce samedi 20 août un discours à la nation. Il est revenu sur la politique migratoire du Maroc, sur les relations avec l’Afrique et sur le terrorisme, qu’il a très vigoureusement condamné. Mais il a également rappelé l’engagement du Maroc en faveur de la lutte de l’Algérie pour son indépendance.
Le discours est parfaitement articulé, selon une logique qui veut que le Maroc a aidé l’Algérie dans sa guerre d’indépendance, ouvrant sur la lutte pour la libération des pays africains que les deux pays maghrébins ont porté et supporté. Cette politique solidaire d’hier se poursuit aujourd’hui par la politique africaine de Rabat en faveur des migrants, dans l’objectif du développement solidaire du continent et dans l’accueil des immigrés, lesquels tombent dans les dérives terroristes, que le roi a condamné avec force.
L’Algérie. Comme pour prendre les voisins algériens à leur propre jeu de convocation incessante de leur révolution, le roi a rappelé que sans le Maroc et son implication dans la guerre d’indépendance en Algérie, ce pays aurait eu bien plus de difficulté à sortir vainqueur de son combat contre la puissance coloniale française.
Ainsi, la décision avait été prise dès le second anniversaire de la Révolution du roi et du peuple (expression consacrée pour désigner le soulèvement marocain contre l’exil forcé de Mohammed V), d’étendre la révolution aux pays maghrébins, « ce qui a donné lieu à des soulèvements populaires dans les différentes régions du Maroc et de l’Algérie ».
Cela ne s’est pas arrêté là car le Maroc a également apporté son assistance effective à la résistance algérienne. En effet, explique le roi, « la résistance marocaine a apporté son soutien matériel et moral à la Révolution algérienne, en butte à une campagne violente engagée à son encontre par les forces coloniales qui entendaient la réduire à néant avant même qu’elle ne fête son premier anniversaire ».
Ces phrases n’ont pas été prononcées au hasard car Mohammed VI s’est appuyé sur l’Histoire pour engager l’avenir. De fait, le roi a souhaité que cet esprit de collaboration, qui remonte à la révolution algérienne, de tous temps convoquée par les militaires d’Alger, soit une force et une inspiration pour poursuivre l’action (de préférence commune) envers l’Afrique. Et donc, puisque les deux pays (Maroc et Algérie), ont « joué un rôle majeur dans la libération et l’indépendance de l’Afrique », ils ont plus que jamais « besoin de cet esprit de solidarité pour pouvoir relever les défis communs en matière de développement et de sécurité ».
L’Afrique. Elle est « inscrite au centre de la politique étrangère de notre pays », affirme Mohammed VI… En effet, « le Maroc donne toujours aux peuples de son continent sans attendre d’en recevoir une contrepartie. Son engagement en faveur des causes et des préoccupations de l’Afrique n’a jamais été motivé par une volonté d’exploitation de ses richesses et de ses ressources naturelles (…), et s’il est naturel que le Maroc tire parti de la coopération avec ses frères d’Afrique, il tient toujours à ce que ce soit mutuellement profitable ».
La politique africaine de Rabat est encore soulignée en cela que « l’Afrique, pour nous, n’est pas un objectif, c’est plutôt une vocation au service du citoyen africain, où qu’il soit », et cela est visible dans la qualité de l’accueil réservé aux citoyens africains au Maroc, « contrairement à ce qu’ils endurent dans plusieurs régions du monde ».
Et dans cette logique, Mohammed VI rappelle que les migrants sont reçus et accueillis sur notre sol « sans condescendance, ni arrogance, ni dénigrement ni discrimination ». Et cette politique est irréversible, insiste le chef de l’Etat : le Maroc « ne reviendra pas sur cette approche pratique et humanitaire ». Il ne s’agit donc pas d’une politique opportuniste ou éphémère, mais bel et bien d’une stratégie long-termiste de Rabat à l’égard des citoyens africains.
Et le roi, comme à son habitude, donne un coup de griffe à ses contempteurs : « Quant à ceux qui le critiquent, ils feraient mieux, avant de lui chercher noise, d’offrir aux immigrés ne serait-ce qu’une infime partie de ce que nous avons réalisé en la matière ».
Le terrorisme. Mohammed VI s’attelle à une très ferme condamnation du terrorisme, perpétré au nom de l’islam, et appelle la communauté marocaine à l’étranger à faire front, malgré le fait que bon nombre de ses membres sont tombés sous les coups terroristes et en dépit de l’amalgame fait par certains Européens entre la religion de ces Marocains et les attentats commis abusivement au nom de cette même religion.
Puis le roi fait un retour détaillé sur l’islam, en prononçant une sorte d’excommunication logique contre les terroristes. Il s’agit de la première sortie d’un chef d’Etat musulman, ayant une charge spirituelle connue et reconnue, depuis la recrudescence des actes terroristes et sanglants de Daech.
« Nous condamnons vigoureusement le meurtre d’innocents, et sommes convaincus que l’assassinat d’un prêtre est un acte illicite selon la loi divine, et que son meurtre dans l’enceinte d’une église est une folie impardonnable. Car c’est un être humain et un homme de religion, quand bien même il n’est pas musulman.
De plus, l’Islam nous a recommandé de bien traiter les Gens du Livre, comme l’attestent les versets suivants: « Nous ne faisons pas de distinction entre Ses Messagers» et « L’homme bon est celui qui croit en Dieu, au dernier jour, aux anges et aux prophètes. »
Les terroristes qui agissent au nom de l’Islam ne sont pas des musulmans et n’ont de lien avec l’Islam que les alibis dont ils se prévalent pour justifier leurs crimes et leurs insanités. Ce sont des individus égarés condamnés à l’enfer pour toujours.
L’ignorance les incite à croire que leurs agissements relèvent du Jihad. Mais depuis quand le Jihad revient-il à tuer des innocents ? Le Très-Haut a dit : «Ne soyez pas transgresseurs ; Dieu n’aime pas les transgresseurs».
Est-il concevable que Dieu, le Tout-Clément, le Tout-Miséricordieux, puisse ordonner à un individu de se faire exploser ou d’assassiner des innocents ? Pourtant, l’Islam, comme on le sait, n’autorise aucune forme de suicide, pour quelque motif que ce soit, comme attesté dans le verset qui dit : « Celui qui a tué un homme qui lui-même n’a pas tué, ou qui n’a pas commis de violence sur la terre, est considéré comme s’il avait tué tous les humains ».
L’Islam est une religion de paix, comme énoncé dans le Saint-Coran : «ô vous qui croyez, entrez tous dans la paix ».
Mohammed VI fait également dans le sarcasme, quand il s’interroge : « La raison admet-elle que le Jihad soit récompensé par la jouissance d’un certain nombre de houris ? Le bon sens admet-il que quiconque écoute de la musique est voué à être englouti dans les entrailles de la Terre, et bien d’autres mystifications ? »…
… Puis il prononce ces phrases étranges et mystérieuses : « Nombre de groupes et d’instances islamiques estiment disposer d’un référentiel puisé dans la religion et représenter, de ce fait, le vrai Islam, ce qui signifie que ce n’est pas le cas pour les autres. Mais en réalité, ils sont bien loin de l’Islam et de ses valeurs de tolérance. Cette attitude favorise la dissémination de l’idéologie extrémiste, excommunicatrice et terroriste. Car les apologistes du terrorisme pensent que c’est la voie qui conduit à l’Islam authentique. Aussi, il appartient à ceux-là de mesurer la part de responsabilité qui leur revient dans les crimes et les drames humains qui sont provoqués au nom de l’Islam ». On pourrait y lire une critique ouverte et directe en direction du wahhabisme, responsable de la radicalisation idéologique, puis spirituelle, puis matérielle de ses adeptes.
Appel à l’union contre la terreur. Mohammed VI est bien conscient du fait que tous les croyants modérés, « ceux qui croient à ce que je dis » sont des cibles virtuelles des terroristes : « Nous sommes tous visés. Quiconque pense ou croit en ce que je dis est une cible potentielle pour le terrorisme, qui a déjà frappé le Maroc, puis l’Europe et de nombreuses régions du monde ».
Aussi, l’union sacrée (c’est le cas de le dire) contre cette violence est appelée : « Face à la prolifération des obscurantismes répandus au nom de la religion, tous, musulmans, chrétiens et juifs, doivent dresser un front commun pour contrecarrer le fanatisme, la haine et le repli sur soi sous toutes les formes ».
Dans ce passage, Mohammed VI semble solliciter toutes les religions et toutes les sociétés, et non seulement les musulmans, car quand il dit la haine et le repli de soi, il faut également y relever une critique contre les populations européennes, frappées sanguinairement par la folie terroriste, mais qui réagissent par la haine de l’islam et les appels à des replis sur soi, ce qui serait une victoire pour les extrémistes religieux musulmans qui souhaitent cette guerre de civilisation qu’ils recherchent depuis si longtemps.