Le discours royal a fait mouche à l’étranger
Présenté comme adressé à la nation, le discours du 20 août était aussi – et peut-être surtout – destiné à un public étranger. Et la recette a pris, puisque plusieurs médias en dehors du royaume ont évoqué les thèmes évoqués dans l’adresse royale. Deux régions du monde étaient ciblées, en l’occurrence l’Afrique et le monde occidental, essentiellement l’Europe de l’Ouest et l’Amérique.
Le discours de 17 minutes était court et dense. Mohammed VI y a évoqué la guerre d’indépendance algérienne et la solidarité marocaine avec son voisin de l’est dans sa révolution contre la colonisation française. Puis le roi a parlé d’Afrique, d’accueil des migrants, de la compassion qu’il a envers eux et de la politique africaine irréversible de Rabat en direction du continent noir. Et, enfin, la dernière partie a été consacrée au terrorisme religieux, à ces individus qui commettent leurs méfaits au nom de l’islam, et adressée aux Marocains du monde, appelés à résister face aux amalgames dont ils sont victimes dans les pays d’accueil, bien qu’ils soient innocents de toute violence, et qu’ils en soient même souvent victimes.
Que ce soit en France, aux Etats-Unis ou en Afrique, les médias reprennent les passages qui les concernent, terrorisme et islam pour les premiers, solidarité et politique africaine pour les journaux et sites d’informations africains. En délivrant son discours, Mohammed VI a réussi à se positionner comme élément incontournable de la lutte antiterroriste dans le monde (les succès de ses services faisant foi, au Maroc, en Afrique, en Europe et même en Amérique), et il aura également su se montrer en africain convaincu, comme le montre sa politique résolument tournée vers son continent depuis plusieurs années et sa récente offensive en direction de l’Union africaine.
Ainsi, en Algérie, les médias, hostiles au Maroc, proches du pouvoir ou indépendants, ont tous fait montre d’une grande surprise quant aux termes employés par le roi pour évoquer l’Algérie et les relations qui unissent les deux pays et leurs peuples. Les éditorialistes et journalistes algériens ont relevé le changement de ton à l’égard de leur pays car, en effet, depuis deux ans, Mohammed VI adopte un ton sec et agressif en parlant du voisin de l’est. A la lecture des médias en ligne algériens, on sent comme une sorte de « soulagement » face à la modération du propos royal qui, de plus en plus acerbe dans les derniers discours, allait droit au but et appuyait sur les dysfonctionnements et manquements de la politique algérienne à l’égard de ses voisins, des Sahraouis de Tindouf et même de la population algérienne. Le 20 août, les termes étaient plus conciliants, amicaux, fraternels même.
En France, la chaîne TV France 24 est revenue sur ce discours en affirmant que « chantre d'un islam tolérant et modéré, le Maroc se positionne dans le monde musulman – en particulier en Afrique – comme le maillon fort de la lutte contre le jihadisme. Le souverain appelle régulièrement ses concitoyens à pratiquer un islam "de paix". Mais c'est la première fois qu'il s'adresse ainsi directement sur ce sujet brûlant aux Marocains de la diaspora ». France 24 cite de longs passages du discours. Pour sa part, le quotidien le Monde a lui aussi consacré un premier article dès le lendemain, 21 août, repris de l’AFP, avant de dédier une double page à « Mohammed VI (qui) se voit en chantre de l’islam modéré ». Et le site lacroix.com n’est pas en reste lui aussi puisqu’il titre : « Mohammed VI exhorte les Marocains de la diaspora au ‘vivre ensemble’ » et qu’il cite de longs passages du discours, ayant trait essentiellement au terrorisme et à l’islam.
Sur le continent africain, plusieurs médias se sont aussi attelés à l’analyse du discours du 20 août. Pour Financial Afrik, par exemple, « Mohammed VI se défend de tout néocolonialisme envers l’Afrique » et souligne que « le repositionnement du royaume dans son ensemble africain constitue sans doute l’une des grandes ruptures stratégiques entre Hassan II et son successeur ». Quant au site news.aniamey.com, il reprend de larges extraits du discours pour rappeler que pour Mohammed VI, « l’Afrique (est) au centre de la politique étrangère du Maroc ».
Enfin, dans cette liste non exhaustive de médias ayant évoqué le discours de Mohammed VI, Forbes n’est pas le moindre. Dans un article intitulé « Roi arabe : Les terroristes «ne sont pas musulmans et sont condamnés à l’enfer pour toujours », le journaliste s’interroge sur les raisons du silence des dirigeants arabes face aux attentats terroristes de Daech et se félicite des mots employés par Mohammed VI. Il a relevé le ton sarcastique du roi sur les vierges supposées récompenser les kamikazes, puis il a mentionné le statut de commandeur des croyants du chef de l’Etat marocain, avant de, enfin, critiquer la prudence excessive et craintive des autres rois et présidents arabes qui critiquent – et insultent – les terroristes du bout des lèvres, généralement en anglais, précise l’auteur de l’article.
Ainsi, le discours de Mohammed VI a-t-il fait mouche, en atteignant sa cible étrangère. Et il a d’autant plus réussi à toucher le public étranger en étant relayé par de nombreux organes de presse, prestigieux et/ou populaires. Certains de ces journalistes sont certes connus pour leur sympathie envers le Maroc mais le fait même que leurs articles aient été repris largement dans leurs pays et sphères d’influence est annonciateur du malaise ressenti dans ces sociétés face à une nébuleuse terroriste incontrôlable et de la satisfaction de voir un chef d’Etat arabe se prononcer aussi clairement sur l’islam, l’islam de paix, et sur la nécessité d’un front commun entre les trois grands monothéismes pour lutter contre les organisations jihadistes.
AAB