Pourquoi la candidature de Hammad Kabbadj au nom du PJD pose problème

Pourquoi la candidature de Hammad Kabbadj au nom du PJD pose problème

Le PJD a annoncé en fin de semaine dernière les 74 têtes de liste qui défendront ses couleurs le 7 octobre prochain. S’il n’est pas étonnant, et qu’il est même légitime, que les caciques du parti tiennent le haut du pavé, il est en revanche étrange, voire inquiétant, qu’Abdelilah Benkirane ait donné son imprimatur à cette candidature.

Peu  de femmes mais Hammad Kabbadj

On constatera que parmi les candidats investis officiellement par le parti, deux noms sont liés à la prédication. Mohamed Hamdaoui, ancien président du Mouvement Unicité et Réforme, et Hammad Kabbadj. En revanche, sur les 74 personnes investies, seules deux femmes figurent.

Après 5 ans au gouvernement et à sa tête, force est de constater que l’égalité des genres est encore loin de faire partie des préoccupations des islamistes du PJD, dits modérés pourtant.

On relèvera également que dans la circonscription de Guéliz où Hammad Kabbadj est tête de liste, c’est une femme qui vient juste après, en l’occurrence Mme Amina Amrani el Idrissi, une femme très active au sein du PJD, localement et au niveau central, puisque c’est elle qui avait remplacé en 2015 Jamila Moussali, promue ministre en remplacement de Soumaya Benkhaldoune. On peut se poser la question de savoir pourquoi c’est Kabbadj, qui n’est pas membre du PJD, un salafiste, qui ait été choisi pour tenir le haut de la liste et non Mme Amrani el Idrissi. Ouverture sur la société civile, dit le PJD, mais la raison doit être ailleurs…

Qui  est Kabbadj ?

Diplômé et même érudit en études islamiques, cet homme a fait partie jusqu’en 2013 de l’association pour l’appel au l’Appel au Coran et à la Sounna de Mohamed Maghraoui. Ce dernier, on s’en souvient, avait appelé en 2009 au mariage des mineures et à cette époque-là, Kabbadj était son numéro 2 et il ne semblait pas contre l’idée...

L’homme est connu pour sa passion pour la charia, son opposition à l’Etat moderne, puisque salafiste assumé et assuré, et son antisémitisme exacerbé, ayant souvent appelé dans ses tweets au meurtre des « yahoud » (juifs). Ce dont il se défend aujourd’hui.

Plus récemment, Hammad Kabbadj s’est distingué en montant, seul, au créneau, pour défendre Fatema Nejjar, l’héroïne malgré elle d’un scandale de mœurs. Il n’a pas hésité à la comparer à la femme du Prophète, Aïcha. Mais les membres du PJD et du MUR, tétanisés par cette affaire, n’y ont pas vu une offense faite à l’épouse du Prophète…

Tournant extrémiste et retour aux fondamentaux d’antan

Le salafisme au Maroc se scinde en deux catégories. Les « repentis », à l’image d’Abou Hafs et, dans une certaine mesure de Mohamed Fizazi, ayant purgé leurs peines d’emprisonnement suite aux attentats du 16 mai 2003 à Casablanca, et ceux qui tiennent encore à leurs opinions traditionnalistes de retour aux fondements de l’islam. Parmi eux, Hammad Kabbadj. Les salafistes de cette catégorie ne sont pas violents pas plus qu’ils n’appellent à la violence, du moins officiellement, mais ils ne concordent pas avec l’idée d’un Etat moderne, engagé dans sa marche vers le futur, puisqu’ils sont salafistes, donc le regard et les pensées solidement rivés sur le passé.

L’investiture de Kabbadj comme tête de liste du PJD à Marrakech Guéliz constitue donc un tournant dans la politique d’Abdelilah Benkirane, balloté et secoué depuis plusieurs mois et qui semble retourner, lui, aux fondamentaux de sa mouvance, dont les fondements principaux sont la prédication et le recours à la religion pour attirer le plus grand nombre possible d’électeurs, dans une société conservatrice où la religion reste la première donne.

A Guéliz, cœur du tourisme et ville hôte de la COP22

Que signifie le fait de mettre en avant une personne comme Hammad Kabbadj à Guéliz, alors même qu’à Marrakech, d’autres circonscriptions sont gagnables par le PJD ? Un acte de provocation envers la société civile, envers l’Etat ? Seul Abdelilah Benkirane le sait car il sait aussi que Guéliz est l’un des chefs-lieux du tourisme national, où se trouvent des casinos et des boîtes de nuit, où les nuits sont animées et les journées ornées de toutes sortes de touristes.

Comment réagira Kabbadj, une fois élu, lors de réunions consacrées au tourisme dans la ville ? Comment réagira-t-il lors de la COP22 ? Comment accueillera-t-il les délégations et les officiel(le)s ? Le PJD ne pouvait-il pas mettre en avant un de ses cadres, plus tolérant, plus modéré que ce salafiste convaincu ? C’est Abdelilah Benkirane qui dispose de la réponse…

Pas d’ouverture sur la société civile

On avait dit, écrit et lu que le PJD, après 5 années au gouvernement, avait fini par comprendre la pluralité de la société marocaine, qui n’admet pas les extrêmes et les extrémistes, d’un côté comme de l’autre. On avait prédit également que le parti de Benkirane allait s’ouvrir sur la société civile, et sur celles et ceux porteur(se)s de valeurs « nationales et patriotes », comme se plaît à le rappeler le site du parti, à chaque occasion… On a vu.

Hammad Kabbadj est un homme honnête, sans antécédents judiciaires, avec un passé et un positionnement résolument islamistes, mais cela n’est pas interdit. Il a donc tout à fait le droit de défendre les couleurs et la lanterne du PJD, mais son investiture est porteuse de toutes les inquiétudes quant aux objectifs réels du PJD, ou de sa direction actuelle.

Marrakech, avec ses érudits et ses penseurs, ses historiens et ses cadres, ses entrepreneurs et ses universitaires, aurait mérité mieux qu’un député comme Hammad Kabbadj, avec toute l’estime que l’on peut avoir pour tout citoyen marocain. Plusieurs opérateurs touristiques et hôteliers de la Ville ocre, et ceux qui y travaillent, nous ont fait part de leur consternation devant ce choix du PJD, et de son chef.

Aziz Boucetta



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