L’étrange phrase d’Abdelilah Benkirane en Conseil de gouvernement

L’étrange phrase d’Abdelilah Benkirane en Conseil de gouvernement

Lors du Conseil de gouvernement du 1er  août, Abdelilah Benkirane a comme à son habitude bénéficié de sa prise de parole à l’ouverture pour distiller ses messages. Il a affirmé que le gouvernement n’en est pas encore à gérer les affaires courantes, comme il est dit ici et là, que cela viendra mais que cela n’est pas encore venu. Il a également répondu à une phrase du roi, dans le discours du Trône.

Qu’avait dit Mohammed VI le 30 juillet ?

« Je saisis cette occasion pour attirer l’attention sur des agissements et des dépassements graves commis en période électorale. Il faut les combattre, et en sanctionner les auteurs. En effet, dès que la date des élections approche, on assiste à une frénésie quasi-résurrectionnelle où règne le chacun pour soi, et où personne ne connaît plus personne. Tous, gouvernement et partis, électeurs et candidats, perdent la tête et sombrent dans un chaos et dans des luttes qui n’ont rien à voir avec la liberté de choix incarnée par le vote ».

Ce passage avait alors été abondamment interprété, et une sorte d’unanimité s’était dégagée, même au sein des médias ayant des sympathies pour le chef du gouvernement, sur le fait que c’était ce dernier qui était visé. En effet, il avait eu des sorties hasardeuses, dans lesquelles il avait parlé de l’existence de deux Etats, dont l’un est dirigé par le roi, et l’autre par on ne sait qui… Il avait eu des propos un peu familiers pour le chef de l’Etat, bousculant l’étiquette en usage au Maroc et malmenant le protocole habituel.

Le roi l’a recadré , et avec lui l’ensemble de la classe politique, qui a compris la sonnerie de la fin de récréation, à travers les libertés prises avec le palais et la personne du roi.

Qu’a dit Abdelilah Benkirane en Conseil de gouvernement ?

« Nous en sommes pas un gouvernement de gestion des affaires courantes, et le climat quasi résurrectionnel, chaotique évoqué par le roi n’a pas encore eu lieu » (phrase prononcée avec un rictus qui en dit long sur le défi qu’il lance). On peut en déduire que, abondant dans le sens du message royal, le chef du gouvernement ne fait que confirmer qu’il aura lieu, en disant « pas encore ». Mais en réalité, c’est une volonté de se mettre au niveau du roi que Benkirane affiche en répondant à un discours royal, ce qui est du jamais vu dans notre politique nationale.

Comment analyser cela ?

Benkirane semble logique envers lui-même… En parlant et en faisant parler de tahakkoum, l’allusion au palais est claire, et s’il ne vise pas directement le roi, il cible son entourage. Cependant, sévèrement recadré par le roi dans son discours du Trône, Benkirane s’était muré dans un silence total durant le mois d’août, et il signe là sa rentrée politique et le démarrage de la campagne électorale.

Et en confirmant que le climat de fin du monde aura bien lieu, Benkirane met en garde ses adversaires, dont une bonne partie se trouvait face à lui lors de ce Conseil, en l’occurrence Salaheddine Mezouar et Mohamed Hassad, qui a multiplié les communiqués durant cet été, attaquant le PJD sans le nommer.

Le chef du gouvernement s’adonne là à l’activité qui lui sied le mieux et dans laquelle il est le plus à l’aise, en l’occurrence les petites phrases, les menaces à peine voilées, et les sorties faciles qui ont l’heur de plaire au peuple, à son électorat peu ou pas au fait des arcanes du pouvoir. Il aspire à se positionner comme le numéro 2 effectif – qu’il n’est pas – et ce faisant, il commet une lourde faute car la population ne saurait admettre qu’il puisse s’en prendre au roi, même indirectement, car le chef de l’Etat n’est pas dans l’équation électorale, comme il l’a lui-même rappelé dans son discours du Trône.

Aziz Boucetta



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