Le RNI annonce son programme électoral, y croit… et se montre (presque) convaincant

Le RNI annonce son programme électoral, y croit… et se montre (presque) convaincant

Le RNI est sûr de son fait et de son apport décisif au gouvernement Benkirane. Il le dit et le redit, et l’a encore répété lors de la présentation de son programme électoral, en grande pompe, devant la presse, ce jeudi 15 septembre. Un programme articulé autour de 5 thèmes essentiels… qu’il ne reste plus qu’à mettre en œuvre. Mais le réalisme est là, force est de le reconnaître.

Dans la grande salle d’un grand palace casablancais, tout le monde est là, Bureau politique du RNI compris, qui en a profité pour se réunir et apporter les dernières touches à la grand-messe. Ils sont venus, ils étaient tous là ? Tous ? Non, il manquait Moncef Belkhayat à cette réunion. Mais il n’est pas candidat... En revanche, de très nombreux hommes et femmes d’affaires, de la société civile et des professions libérales étaient présents, marquant l’intérêt des « Marocains utiles » pour ce parti qui, à l’âge mûr de 40 ans (déjà !), lutte pour s’imposer sur la scène politique nationale tiraillée entre les deux ennemis – parce qu’il faut bien les appeler ainsi – que sont le PAM et le PJD.

Organisée par Casablanca Medias Partners de son président Mostafa Mellouk, la présentation du programme dénote de celle des autres partis. Les choses commencent par une séance inédite de Marocains qui parlent de leurs problèmes quotidiens, les uns pestant contre les moyens de transport, d’autres se lamentant du manque de débouchés qui leur sont offerts après leurs études, une jeune femme déclare rêver marcher dans la rue sans être harcelée… des problèmes quotidiens que nous rencontrons chaque jour pour ce « plus beau pays du monde » autoproclamé.

Le président – et accessoirement ministre des Affaires étrangères et du Comité de pilotage de la COP22 – Salaheddine Mezouar arrive sur l’estrade et déroule son discours, de sa voix calme et posée. Il explique que le Maroc a su surmonter, très résilient, deux crises majeures au cours de ces dernières années : la crise économique de 2008 et la crise politique de 2011. C’est vrai pour 2011, moins exact pour 2008, le Maroc étant toujours en crise, quoiqu’on en dise.

Mezouar explique qu’aujourd’hui, le royaume est confronté à d’autres types de problèmes, comme le radicalisme et les menaces contre la stabilité (une antienne sans cesse brandie par les politiques, tous les politiques, sans que l’on sache au juste ce que cela veut dire).

Les 5 fondements du programme du RNI

Avant de céder la parole aux autres dirigeants du parti venus les expliquer, Salaheddine Mezouar annonce les cinq piliers du programme de son parti, que sont, dans l’ordre, l’Ecole, la Santé, l’Emploi, la Jeunesse et la Solidarité. L’approche est intelligente en cela qu’elle sort des sentiers battus ordinaires de la croissance, de la croissance, et de la croissance…

Cela révélé, le président (entre autres) du RNI s’engage à garantir des résultats durant les fameux 100 premiers jours du nouveau gouvernement, car il est des mesures à prendre qui ne nécessitent pas de moyens financiers et/ou matériels monstrueux, comme la simplification de procédures administratives, l’encouragement de l’initiative privée, l’assistance à apporter aux personnes précarisées et une redéfinition du rôle de l’opposition, « après 5 années de débats personnalisés entre les deux camps politiques », précise l’orateur.

Les chiffres

Puis arrive M. chiffres, le souriant Mohamed Boussaïd qui, avec son accent fassi à couper à la hache, déroule les données précises du programme du RNI, et qui se résument ainsi :

1/ Taux de croissance entre 4,5 et  5% (on ne parle jamais de pluie car la décision est prise très au-dessus du gouvernement…) ;

2/ Taux de croissance non agricole supérieur à 4% (sans autre précision) ;

3/ Déficit budgétaire stabilisé entre 2 et 3% (le FMI n’en demande pas tant) ;

4/ Dette du Trésor inférieure à 60% du PID à l’horizon 2021 (on en parlera à la prochaine campagne législative) ;

5/ Dépenses d’investissement de l’ordre de 60 milliards de DH ;

6/ Délais de paiement fixés et maîtrisés à 60 jours au plus ;

7/ Augmentation des investissements directs étrangers (IDE)  en croissance annuelle de 5%...

« Mais il faut pour cela que le RNI se classe au premier rang au soir du 7 octobre », rigole Boussaïd. En effet, mais pour autant que les chiffres soient précis, peut-être même trop, il faut reconnaître au RNI le sursaut de l’économie marocaine depuis 2013, année de l’arrivée au gouvernement de Mezouar et de ses amis.

Pour l’Ecole, Boussaïd estime que l’ère du quantitatif seul est désormais révolue et qu’il faut aujourd’hui penser au qualitatif. Il est vrai qu’avec certaines classes à plus de 70 élèves et un absentéisme des profs de l’ordre de 40%, l’urgence est là ! « Il faut une mobilisation similaire à celle de la Marche Verte », suggère hardiment le ministre des Finances.

Comment faire ? Trois mesures essentielles : réhabilitation du corps pédagogique, matériellement et moralement, sensibilisation des directeurs d’établissement et lancement du préscolaire public.

Mbarka Bouaida

La jeune ministre (déléguée) aux Affaires étrangères a fait de grandes promesses : création de 4 CHU et élargissement du RAMED de 8 à 12 millions de bénéficiaires. Une aide sera également apportée aux jeunes pour trouver leur premier emploi, une mesure inédite dans la grande famille des partis politiques nationaux.

Et surtout, surtout, la libéralisation des appels VoIP, une promesse sur la faisabilité de laquelle on peut s’interroger. Et interroger : pourquoi cela n’a-t-il pas été fait, puisque le RNI est au gouvernement et que le blocage de ces appels remonte à janvier 2016 ?

La grande idée de Nawal Moutawakkel

Elle a fait rêver les Marocains en 1984 avec sa médaille olympique à Los Angeles (sous boycott des athlètes de l’Est…). 32 ans après, elle est membre du Comité international olympique. Elle dit que le RNI abrite en son sein « une championne olympique », dans un hymne à elle-même, puis décline sa grande mesure, suite à la grosse déception de l’unique médaille marocaine aux JO de Rio. Elle propose la création d’un Haut-commissariat aux Sports. Voilà. Peut-être que si elle est le Haut-commissaire…

Après elle, Anis Birou monte sur scène, et ne dit rien d’important, sauf clamer, proclamer et s’exclamer sur l’importance de l’Ecole, « prise en charge par la commission (royale) y dédiée »… Mais ça, on le savait déjà.

Les 25 mesures du RNI

Le parti prend 25 engagements à mettre en œuvre et en place dans les tous premiers mois du gouvernement. Ils concernent (voir-ci-dessous), les élèves et étudiants, les jeunes, les moins jeunes, la femme, les personnes handicapées, les ruraux, les opérateurs économiques, les Marocains du monde…

A la fin de la présentation, Salaheddine Mezouar, plus grave que jamais, et à juste titre, demande à la presse d’appeler les gens à aller voter massivement, « pour avoir un gouvernement fort, quel que soit sa couleur et sa nature. Il faut qu’il soit fort, pour le pays ». L’appel est sincère, et nous le reprenons, appelant les gens à voter, pour qui ils veulent, mais voter.

Aziz Boucetta



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