Hammad Kabbadj : sa candidature est invalidée, il écrit directement au roi

Hammad Kabbadj : sa candidature est invalidée, il écrit directement au roi

S’il est une candidature qui a fait couler beaucoup d’encre et susciter nombre d’interrogations, c’est bien celle de Hammad Kabbadj, adoubé en tête de liste du PJD dans la circonscription de Guéliz à Marrakech. La décision de Benkirane est en effet inexplicable, cet homme, bien que bénéficiant de tous ses droits de citoyen, ayant des positions très douteuses. La wilaya de Marrakech vient d’invalider cette candidature et Kabbadj a directement écrit au roi.

Le prédicateur salafiste déclare avoir reçu une lettre du wali de la Région Marrakech-Safi Abdelfattah Bjioui, lui signifiant l’invalidation de sa liste, au motif suivant : « L’enquête administrative menée au sujet de ce dossier de candidature a montré que le concerné a affiché à de nombreuses occasions des attitudes et positions contraires aux principes fondamentaux de la démocratie, consacrée par la constitution, en véhiculant des idées extrémistes incitant à la discrimination et à la haine , conduisant à la division et à la violence au sein de la société marocaine ».

Alors Kabbadj a saisi sa plume et a écrit au roi Mohammed VI, se plaignant de cette injustice flagrante et de cette immense humiliation. Il explique donc « à Votre Majesté et à l’opinion publique » que si « ces accusations étaient fondées, il eût fallu m’arrêter et me juger pour le danger que je représente pour ce pays, auquel je ne veux aucun mal ». Et, s’interroge-t-il, « si ces accusations sont fondées, pourquoi un tel individu est-il resté libre de ses mouvements, de s’exprimer et de donner des conférences au Maroc et ailleurs durant 20 ans ? », ajoutant toujours sur le mode interrogatif « comment l’autorité a-t-elle pu découvrir en 24 heures ce qui lui a échappé durant 20 ans ? »…

Kabbadj demande donc des excuses et une enquête sur l’enquête administrative menée à son encontre. Puis il proclame qu’ « il est Marocain imprégné de l’esprit du salafisme national qui croit en la modération, la coexistence, l’ouverture, l’amour de la patrie et l’attachement à l’Etat de droit et des institutions ».

Alors il a décidé de :

1/ Demander une audience au roi  pour lui exposer ses arguments ;

2/  Ne pas aller en justice car « ceux qui ont remis ces fausses informations sur moi au wali feront de même avec les juges » ;

3/ Envisager de renoncer à sa candidature, mais en contrepartie de sa réhabilitation « de son accusation  par un agent d’autorité de ce en quoi il est innocent ».

Et maintenant ?

La lettre adressée au roi est publiée sur la page Facebook de Kabbadj, qui prend donc à témoins les nombreuses personnes, salafistes ou non, prêtes à voter pour lui. Ce faisant, et lui qui affirme être attaché à l’Etat de droit et aux institutions, pourquoi ne va-t-il pas en justice, avant de s’en remettre au roi ? C’est cela, l’Etat de droit, mais contester préalablement la justice n’augure rien de bon pour son avenir au parlement.

Si cet homme, connu pour ses positions radicales, doit solliciter Mohammed VI à chaque fois qu’il est contrarié, cela confirme l’argumentaire des autorités de la ville. Il a, par le passé, cité des phrases appelant au meurtre des Juifs, appuyé l’idée de son ex-mentor Mohamed Maghraoui, sur le mariage des fillettes de neuf ans, … Il a dit avoir fait amende honorable, mais la démocratie, aussi parfaite soit-elle, ne saurait s’accommoder d’individus pareils. Une démocratie doit, aussi, se protéger contre celles et ceux qui voudraient l’instrumentaliser.

Comment peut-il se proclamer salafiste, donc chantre du retour aux sources, et en même temps s’affirmer tolérant, ouvert et attaché à l’Etat de droit, le droit moderne qui n’existait forcément pas aux origines de l’islam ? Un salafiste est un passéiste et en aucun cas, ne saurait trouver sa place dans des institutions modernes, ou alors il ne serait plus salafiste. Et que veut dire salafiste national ?...

Le parlement est une chose trop importante, et la constitution encore plus, pour qu’on admette des gens animés d’idées comme celles qui avaient été véhiculées par Hammad Kabbadj. Maintenant, et comme nous sommes supposés être dans un Etat de droit, il appartient à l’autorité d’être convaincante dans sa décision – justifiée et louable, faut-il insister – d’interdire sa candidature au salafiste (peut-être faussement) souriant de Guéliz.

Aziz Boucetta



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