Bayt al-Hikma exhorte solennellement les partis à réfléchir et à s’engager sur les libertés individuelles

Bayt al-Hikma exhorte solennellement les partis à réfléchir et à s’engager sur les libertés individuelles

Bayt al-Hikma a été sur tous les fronts des libertés individuelles ces dernières années. L’association présidée par Fettah Bennani constate aujourd’hui, à la veille des élections, qu’il y a risque de manquer l’occasion d’affirmer et d’affermir l’importance des libertés individuelles, les partis étant préoccupés par les seuls détails techniques de l’opération électorale. Bayt al-Hikma vient de publier un communiqué où elle rappelle les partis à leurs devoirs.

Les termes sont rudes… « Comme à l’accoutumée, les préoccupations des partis politiques en cette période électorale vont aux investitures, aux alliances et aux moyens techniques de l’élection du 7 octobre, dans une marginalisation singulière des programmes, des orientations et des choix idéologiques »… L’association ajoute, pour bien se faire comprendre, ce qui n’est pas toujours gagné avec les partis, que « les élections seront transformées en simple procédure technique pour pourvoir des sièges au parlement et au gouvernement, au détriment du contenu moral, seul à même de rehausser le niveau de l’activité politique ». Ce qui est exact.

A la lecture des programmes politiques des partis, en effet, on parle croissance, investissements, emploi, on cause de tout et de n’importe quoi dans un foisonnement de chiffres plus irréalistes les uns que les autres, et dans un jaillissement d’idées… faciles et souvent stériles. Aucun parti n’a décliné clairement son modèle sociétal, ni son approche quant à la question cruciale des libertés individuelles et collectives.

Or, c’est sur ce terrain que se trouve le véritable enjeu électoral du 7 octobre. La politique économique sera conduite peu ou prou de la même manière par tous les partis, car les contraintes sont là, et les indications économiques aussi. La grande question est : « Quel modèle sociétal voulons-nous pour ce pays ? ». Et à cette question, aucun parti ne répond, sauf peut-être le PJD, dont le positionnement sociétal est bien connu, et doit en avoir un autre en face… Ce qui n’est pas le cas, d’où l’appel résolument virulent, en quelque sorte poignant, et très certainement utile et salutaire de Bayt al-Hikma.

Qui ne sera pas entendu.

Il ne sera pas entendu car, comme le dit l’association, « l’ensemble de la classe politique estime que la société marocaine est conservatrice, et que tout positionnement en matière de libertés en général, et de libertés individuelles en particulier, serait tout aussi inutile que préjudiciable à leur popularité ». Si popularité existe… et peut-être même qu’elle n’existe pas parce que les formations politiques renoncent à leur devoir, ainsi que le rappelle si justement Fettah Bennani dans son communiqué, qui précise trois points fondamentaux, qu’on connaît, qu’on comprend, mais qu’il est souvent important de rappeler :

1/ La fonction des partis n’est pas d’accompagner la société dans ce qu’elle a de rétrograde, mais de contribuer à sensibiliser et à conscientiser, sous peine de se rendre complices du sous-développement de leur société ;

2/ Les libertés et les droits tiennent une part importante dans la constitution, et en conséquence, les partis devraient leur réserver une part importante dans leurs programmes. La politique et l’économie, c’est bien, mais la culture et les valeurs, c’est tout aussi important ;

3/ L’espace public marocain est de plus en plus soumis à la contrainte et en voie de se soumettre à la pensée unique et à la tutelle que veut imposer une certaine frange de la société. La seule manière d’affronter cette réalité est de combattre les idées par des idées meilleures, des valeurs par des valeurs plus modernes, plus ouvertes sur notre monde et en phase avec lui.

Les citoyens doivent entendre un autre discours, en l’occurrence que leurs libertés, c’est aussi leur dignité, et que le respect de l’Autre et de sa différence sont constitutifs d’une société démocratique et d’un Etat de droit.

Tout le monde appelle cela de ses vœux, mais bien malheureusement, on ne le voit pas dans les programmes, d’où le cri du cœur, mais aussi de la Raison, de Bayt al-Hikma. Puisse-t-il être entendu.

Aziz Boucetta



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