Le verbatim de campagne d’un chef du gouvernement… opposant
Le chef du PJD est aussi chef du gouvernement. Chef du gouvernement sortant qui œuvre à le rester, ce qui est normal et naturel. Le pouvoir plaît, même à un homme qui se dit « normal ». Mais ce qui est anormal est de tenir un discours d’opposant, alors même qu’il est le chef de l’administration. Verbatim.
A Marrakech
Dans une véritable déclaration de guerre au ministère de l’intérieur, le chef du gouvernement (et accessoirement du ministre de l’Intérieur aussi, donc) a lancé à ses partisans et sympathisants : « Prenez garde aux agents d’autorité qui voudraient vous orienter pour voter en faveur de tel ou tel autre candidat ! Auriez-vous donc peur de ces agents qui vous diraient pour qui voter ? Les hommes sont ceux qui n’ont pas peur, même des agents d’autorité ! ». Dans n’importe quel autre pays se voulant démocratique, de telles phrases auraient été relevées par la justice, et les juges s’y seraient intéressés. On sait, certes, que les agents de l’Intérieur sont souvent enclins à outrepasser leurs fonctions, mais ce n’est pas au chef du gouvernement de le dire, de s’en plaindre. Et si tel était le cas, il devrait en aviser la justice, ou simplement les faire suspendre.
« Le soleil ne peut être masqué par un tamis », ajoute Abdelilah Benkirane dans une singulière promotion de la Lanterne (symbole de son parti) en soleil. « Aujourd’hui, vous êtres libres, libres de choisir entre ceux qui vous veulent du bien et ceux qui vous mentent », assène encore un Benkirane en verve, et plus que jamais manichéen.
Puis les attaques contre ses adversaires, personnalisant plus que jamais le combat : « Chabat, ils lui ont susurré de quitter le gouvernement pour en devenir le chef, puis ils l’ont laissé là à se dorer au soleil, avant que les Fassis le renvoient chez lui ! ». Lachgar : « Lui, il a choisi de travailler sous la direction du chef du PAM, bien qu’il soit lui-même le patron d’un grand parti ». Et, bien évidemment, el Omari : « Les Marocains ne peuvent me remercier et amener un type avec une réputation exécrable, un homme qui défend la légalisation du cannabis et la généralisation de sa culture, un homme qui s’attaque à la radio Mohammed VI ».
A Salé
Il faut reconnaître au chef du gouvernement le courage de se soumettre au suffrage universel dans la ville où il est élu, Salé. Le risque est cependant minime car la ville est un fief du PJD et le second de la liste de Benkirane est son chef de cabinet, son ami et aussi le maire de Salé, Jamaâ Moatassim.
Lors d’une récente interview, Abdelilah Benkirane avait dit ceci : « Je ne suis pas tenu d’avoir la bénédiction du roi, mais seulement de Dieu et de ma mère ». Fort bien. Dans son meeting à Salé, il ajoute à la liste les habitants de la ville : « En me présentant à l’élection dans votre ville, je veux que vous disiez aux Marocains que Benkirane a votre bénédiction ».
Puis il poursuit en expliquant qu’ « en tant que chef du gouvernement, je n’ai pas accompli des miracles, je n’ai pas fait tout ce que je devais, mais j’ai essayé, et je vous promets que si je reste en fonction, j’essaierais de vous rendre vos droits, pour qu’il y ait dans notre pays une justice, l’équité, pour que la démocratie règne et que le progrès s’y installe, pour que chacun ait sa part ». Rappelons, à toute fin utile, que c’est un chef de gouvernement qui parle, après près de 5 ans à la primature, après avoir permis l’ouverture d’universités privées, avoir sacrifié un ministre de l’Education nationale (Mohamed Louafa) qui voulait mettre au pas l’enseignement privé, après avoir permis l’introduction du grand capital dans les cliniques privées... avec tous les problèmes, l’injustice, l’iniquité et l’inégalité que cela suppose…
AB