Le roi Mohammed VI au ministre de l’Intérieur : « Je ne vous lâcherai pas ! »
En 1988, regardant le débat entre François Mitterrand et Jacques Chirac, avec toute la violence qui l’avait caractérisé, l’ancien chef de l’Istiqlal Mhamed Boucetta avait eu ce cri du cœur, aussi poignant que désabusé : « Au moins, aucun d’eux ne conteste la régularité de l’élection ». Ce n’était alors pas le cas au Maroc. Depuis, les choses ont changé dans le royaume et les élections ne sont plus contestées. Le chef du gouvernement vient de faire une intéressante confession.
Dans un long entretien accordé à notre confrère Akhbar Alyoum, Abdelilah Benkirane a expliqué le long, très long processus qui a abouti au Maroc à la régularité électorale et à la sincérité des résultats annoncés. Il avait cité cette autre expérience du même Boucetta qui s’était entendu dire dans les années 60 par un de ses amis, gouverneur de son état : « Je te jure que tu ne passeras pas, que tu ne seras pas élu, car j’ai eu des instructions en ce sens »… Quant à l'auteur de ces lignes, il avait reçu cette incroyable confession d'un agent d'autorité à Marrakech, pour le sscrutin législatif : « Nous avons eu des ordres stricts pour ne pas changer les résultats du vote si la différence de voix entre le premier et le second candidat est supérieure à 2.000 voix » !
Bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis, en effet…
Et Benkirane de rappeler que de toutes les élections organisées durant le règne de Mohammed VI, aucune n’a été politiquement contestée, ni les communales de 2003, 2009 et 2015, ni les législatives de 2002, 2007 ou encore 2011, bien que « Fouad Ali al Himma et feu Mostafa Sahel (alors respectivement ministre délégué à l’Intérieur et ministre de l’Intérieur, NDLR) nous aient demandé, sans contrainte, de réduire le nombre de nos candidats, et nous avions volontairement accepté ».
Pour l’élection de vendredi prochain 7 octobre, Benkirane a hésité un moment avant de faire cette déclaration sur les garanties apportées à la régularité du scrutin et la sincérité de son résultat : « Je ne devrais pas vous le dire, mais le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad nous a raconté que le roi lui avait dit ‘je ne vous lâcherai pas’… Sidna veille au grain ».
Cette attitude du roi est connue et a été exprimée à plusieurs reprises, mais la révélation du chef du gouvernement la confirme dans des termes crus et directs. Les partis se battent, les accusations sur la non-neutralité de l’administration pleuvent, mais la nervosité des partis tend à confirmer qu’il n’y aura pas gestion basrienne de l’élection, une gestion qui permettait cette prouesse de connaître le résultat avant même le vote…
Rendez-vous donc vendredi dans les bureaux de vote.
Aziz Boucetta