Meriem Bensalah fait un état des lieux, et Benkirane l’attaque
La présidente de la CGEM Miriem Bensalah Chaqroun a répondu ce mercredi 5 octobre aux questions de notre consœur Maria Moukrim de Febrayer. Elle est revenue sur ses relations avec le gouvernement, le rôle de la CGEM et du patronat en général et aussi sur la situation des femmes au Maroc. Le chef du gouvernement, a cran, lui a répondu avec son langage fleuri.
Verbatim de l’interview de la patronne des patrons.
Sur la confiance. « Il y a une perte de confiance au sein du monde de l’entreprise. Il faut reconstruire cette confiance et cela passe par la coordination et la bonne gouvernance ».
Sur le travail institutionnel de la CGEM. « Nous avons travaillé, suggéré, analysé, proposé, de bonne foi, mais cela a été inutile car il n’y a pas eu de répondant ni de réponse de la part du gouvernement ».
Les relations avec le gouvernement. « La relation personnelle n’est pas la plus importante, car avoir des liens humains est une chose naturelle. Mais je représente le secteur privé et les employeurs, et leur situation doit évoluer, dans les faits. Ils doivent sentir un changement, à tous points de vue »
Les atouts du Maroc, et ce qu’il en a fait. « Le Maroc dispose de tous les atouts, entre autres l’infrastructure… le tourisme, et bien que ce secteur emploie 500.000 personnes, reste oublié. C’est comme si on avait une voiture à 6 vitesses, mais que nous roulions en deuxième, cela fait mal au cœur ».
Mauvais environnement pour les affaires. « Le pays ne créé que 50.000 emplois par an, c’est insuffisant. C’est le privé qui crée des emplois, mais il faut un climat des affaires adéquat ».
Drame. « En 2015, 6.000 entreprises ont fait faillite, avec tous les ménages qui y travaillaient ont ainsi perdu leurs revenus ».
Le mémorandum adressé à Abdelilah Benkirane. « Nous avons rédigé le mémorandum avec le GPBM et Bank al-Maghrib, un travail qui a pris 6 mois d’études et d’analyses. Nous avons adressé ce document au chef du gouvernement le 2 juin, et depuis, aucune réponse, ni verbale ni écrite ».
Les femmes. « La situation des femmes reste précaire car les femmes sont marginalisées… Nous avons une constitution et une moudawana, mais tout cela n’est pas mis en œuvre… Combien de femmes ministres, parlementaires, cheffes d’entreprise publique, ou privée ? … Et pourtant, il y a des compétences… Il faut que les femmes aillent voter pour s’exprimer ».
Miriem Bensalah n’a fait que redire ce qu’elle dit depuis plusieurs années, mais cela n’a pas plu du tout au chef du gouvernement qui, en meeting à Fès, lui a vertement répondu. « Cela fait 5 ans que nous sommes là et que les choses se passent bien avec le patronat. Nous leur avons donné de l’argent, nous avons été généreux avec eux, mais qui a donc incité cette dame à venir aujourd’hui et parler ? ». La réponse, selon le chef du gouvernement, est claire : il sous-entend le PAM, car il est de notoriété publique que le PJD pense que la CGEM travaille la main dans la main avec le PAM.
Chacun est dans son rôle, Mme Bensalah en critiquant le gouvernement, tant il est vrai que le patronat demandera toujours au gouvernement plus qu’il ne pourra donner. Et Benkirane aussi est dans son rôle, en critiquant vertement le patronat et ses exigences. Là où le chef du gouvernement sort de sa mission de chef de la campagne de son parti est quand il accuse, indirectement et implicitement, la cheffe des chefs d’entreprise de « rouler » pour le PAM. Benkirane fait une fixation, voire une obsession, sur ce parti et quiconque le critique est systématiquement accusé d’émarger au parti conduit par Ilyas el Omari.