Les partis politiques pour les nuls… et pour rire un peu

Les partis politiques pour les nuls… et pour rire un peu

Que les dirigeants autoproclamés d’un peuple occupé par autre chose nous pardonnent, mais en ces temps électoraux incertains et peu passionnants, il est parfois utile de les croquer. Au Maroc, nous avons une pléthore de partis, dont les sigles sont aussi nombreux que peu connus. 

Voilà donc, lectrice, lecteur… une explication par le sigle pour compléter les présentations auto-satisfaites en forme de programmes électoraux promettant tous une bonne gouvernance, une solide croissance et une économie à la triomphale consistance.

UC : Union de Circonstance. Le commun des mortels qui s’y intéresse sait que ces deux lettres indiquent une union constitutionnelle. Mais s’est-on jamais interrogé sur le sens d’une union constitutionnelle ? Non, parce qu’en plus d’être une question tout à fait secondaire, une union constitutionnelle, cela n’existe pas, sauf dans le cas d’une rencontre entre deux constitutionnalistes. Mais difficile d’en trouver autant à l’UC. En revanche, les membres de cette formation, au passé glorieux dans des scrutins odieux, sont tous unis pour la circonstance… électorale. Entre deux scrutins, ils essaiment, se dispersent, se volatilisent, et ne savent même pas qu’ils ont changé de patron dans l’intervalle.

RNI : Recherchons Notre Identité. Parti d’appoint, le RNI est, classiquement, un rassemblement d’indépendants. Que donnent des milliers d’indépendants quand ils se réunissent ? Pas grand-chose, hormis peut-être une dépendance à quelque chose, autour de l’inconsistance de quelques-uns. Tous ses dirigeants sont des bleus en politique, d’où la couleur choisie pour ce parti, le seul qui offre des postes ministériels à ses nouveaux adhérents.

PI : Pour l’Immunité, Pour l’Indemnité, et Pour l’Impunité. Initialement engagés pour l’indépendance du pays, les Istiqlaliens sont dans l’intervalle tous devenus dépendants du pouvoir. Parti fassi, idéologie facile, posture depuis longtemps docile, apport stérile qui n’a d’égal que le discours, volubile. Chabat confirme, avec un parti qu’il a rendu infirme, voire infime.

PJD : Pour une Jouissance Discrète. Ses chefs ont prôné la justice, mais juste pour la forme. Ils ont chanté le développement, mais le regard rivé sur l’arrière et le derrière. Du coup, ils sont de tous les coups, du gouvernement à Rabat à une plage de Mohammedia. Mais le Benkirane, son chef, assure, assume, sans s’alarmer d’une société et d’une jeunesse qui se consument.

Le MP : Makhzen Permanent en forme de mouvement populaire. « Le fellah, défenseur du Trône », disait Rémy Leveau, et les fellahs se sont tous précipités, comme un seul homme, au MP, dont le nom du chef, Laenser, signifie élément. Un élément du pouvoir, peut-être, mais un élément ajustable à tous les départements ministériels, ou presque, ayant été ministre des Postes (en ces temps-là…), de l’Agriculture, de l’Intérieur, de rien du tout, de tout et de rien.

Le PPS : Prions Pour un Strapontin (au gouvernement si possible mais à défaut, le parlement suffirait). Le « Prions », c’est parce que le SG est devenu haj, après avoir été vaguement communiste. Entre le progrès de façade et le socialisme de salon, seul le strapontin compte, et pour ça les chefs de ce parti se dépensent sans compter. Quitte à goûter à l’opium de feu Karl Marx.

Le PAM : Anagramme de MAP, est accusé par ses (nombreux) contempteurs d’être né Pour Aider le Makhzen, mais il se veut surtout Porteur (autoproclamé) de l’Aile Moderniste du pays, ce qui explique un peu son développement laborieux dans une société finalement très conservatrice… S’il n’avait été marocain, il serait une auberge espagnole et/ou un hospice pour marxistes repentis en quête de fauteuils confortables pour leur dos endoloris par celui qui suit.

MDS : Mahmoud (du prénom de son fondateur Archane) Droit dans ses Souliers, et sûr de son fait, malgré un passé un peu fouettard de commissaire irascible et fier d’avoir tiré les oreilles de ceux qui ne voulaient pas écouter les sirènes de la « démocratie hassanienne ». Le MDS, vu qu’il est dirigé par le fils de son père Mahmoud, c’est aussi Mahmoud et sa Descendance Seulement … on ne sait jamais s’il y a un fauteuil à grappiller au gouvernement, ou ailleurs, n’importe où, n’importe lequel, pour  peu qu’il y ait une voiture de fonction et un planton en faction.

L’USFP, ou Urticaire Sous Forme de Prurit (pour ses anciens membres, déçus), depuis que ce parti, fondé initialement par Mehdi Ben Barka, et dans sa version démocratique par Abderrahim Bouabid, est tenu un peu n’importe comment, par des éléphants arrivés là on ne sait comment, même si on sait pourquoi. Ce parti, autrefois révolutionnaire, est devenu aujourd’hui stationnaire. Il est tellement volatile qu’on ne sait plus exactement où le situer, s’il fallait vraiment le faire, vu son utilité actuelle. USFP, une Union Sans Fondement ni Profondeur, quoi…

FDG, cette belle alliance entre partis sérieux aux dirigeants impérieux, c’est le Front des Déclarations Grandiloquentes, l’alliage de menchéviks nostalgiques d’un passé marxiste mais l’œil rivé sur un avenir institutionnel radieux, menés, transportés, exaltés par une Femme Désirant Gouverner, une femme prénommée Nabila, noble en arabe… une noble dirigeante du prolétariat formant ses troupes.

PLM, aussi léger qu’un ULM, c’est l’officine créée par le Ténor et Tonitruant Mohamed Ziane, avocat de profession et ancien ministre fort nostalgique. La petite cinquantaine de « libéraux » du PLM se reconnaîtra assez dans leProgramme Louant les Marocains car Me Ziane ne cesse de dire pour tout programme, que « les Marocains ne sont pas des idiots ».

Aziz Boucetta

Cet article paraîtra dans le numéro d'octobre de Din Wa Dunia. Il est sur le site dinwadunia.ma



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