Vers une réouverture des frontières entre le Maroc et l’Algérie ?
Après trois mois et demi de contestations ininterrompues contre le pouvoir algérien, et après le départ d’Abdelaziz Bouteflika, les Marocains et les Algériens se sont rencontrés pour examiner la question de la frontière terrestre fermée entre les deux pays depuis 1994.
L’information vient d’Algérie, et plus précisément de la présidence du gouvernement… Des cadres des deux ministères des Affaires étrangères se sont réunis à Alger pour discuter de la possibilité de rouvrir les frontières terrestres, sur proposition des nouvelles autorités algériennes. Cela se passait durant le mois de ramadan. D’autres rencontres, au niveau des ministères de l’Intérieur des deux pays voisins, devront avoir lieu dans les jours ou les semaines qui viennent, pour arrêter les détails en matière d’immigration, de visas (ou non)... Contacté par nos soins, le ministère marocain ne répond pas.
D’autres informations font état de discussions sur la possibilité d’aménagement d’installations pour accueillir, faciliter et fluidifier le trafic international de marchandises. La partie algérienne a même proposé la région de Beni Ounif (Figuig de ce côté-ci de la frontère) pour accueillir cette plateforme logistique.
La frontière terrestre est fermée depuis 1994, quand le Maroc avait imposé des visas aux Algériens désireux de se rendre au Maroc, suite à l’attentat de l’hôtel Atlas Asni, le 24 août. En réaction, Alger avait décidé de boucler la frontière terrestre entre les deux pays voisins. Il en est toujours ainsi, bien que les deux gouvernements aient décidé en 2004 et 2005 de supprimer les visas pour leurs citoyens souhaitant voyager dans le pays voisin.
En novembre 2018, le roi Mohammed VI avait proposé la mise en place d’un « dialogue sincère et de bonne foi, sans condition ni exclusion », ce qu’on avait appelé alors la main tendue du Maroc. Alger n’avait pas répondu. Depuis le 22 février, le « système » au pouvoir en Algérie est en passe d’être balayé par la rue.
Il faudra donc attendre les semaines ou mois à venir pour voir la suite et les résultats de ces rencontres algéro-marocaines et, pour rappel, la ministre française de la Défense Françoise Parly avait déclaré en mars que la question du Sahara sera résolue en 2020, ou avant… Si on ajoute à cela les accords récemment signés entre Bruxelles et Rabat sur l’agriculture et la pêche, englobant le Sahara, et le fait que le budget américain prévoit l’utilisation des concours financiers dans les territoires du Sud, en plus des rencontres de Genève, et même la démission surprise de l’Envoyé personnel du SG de l’ONU Horst Kohler, on constate qu’il y a du mouvement, et que ces faits, mis bout à bout, pourraient bien confirmer les discussions entre Alger et Rabat pour la normalisation définitive des relations.
Aziz Boucetta