Abandon scolaire : le Maroc loin des objectifs de développement durable
« Il faut un village pour élever un enfant. » Ce proverbe africain millénaire semble trouver son sens au Maroc, à l'heure où le Maroc s’est inscrit dans les objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies qui encouragent la poursuite d'une éducation de qualité (objectif 4), l'égalité des sexes (objectif 5), le travail décent et la croissance économique (objectif 8), l'industrie, l'innovation et les infrastructures (objectif 9), la réduction des inégalités ( Objectif 10) et partenariats pour les objectifs (Objectif 17).
Dans ce contexte, le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRS) estime que tant que les principales raisons de l’abandon ne sont pas éradiquées ou du moins contrôlées (échec de l’enfant suite à une faiblesse dans la qualité des apprentissages, qualité d’accès aux établissements dans le rural, pauvreté des familles, etc.), les déperditions vont continuer à miner le système éducatif entraînant des effets sociaux et une marginalisation de la jeunesse non éduquée. Pour mieux cerner ce fléau, le Conseil supérieur de l’éducation vient de publier le premier Atlas territorial de l’abandon scolaire.
Cet Atlas utilise une nouvelle approche de calcul du taux d’abandon, basée sur un suivi réel et exhaustif de tous les élèves du système scolaire, qui permet de calculer des taux d’abandon à des niveaux très fins. L’approche utilisée jusqu’à présent ne permettait pas de présenter des taux d’abandon au niveau infra-national puisqu’elle ne tient pas compte de la mobilité territoriale ni de la transition entre l’enseignement privé et public. Ainsi, cet Atlas territorial constitue un outil pertinent pour le ciblage des zones déficitaires puisqu’il présente une cartographie très fine de l’abandon scolaire au Maroc, se déclinant pour la première fois aux niveaux régional, provincial et communal. A noter que ce travail a été possible grâce à la plate-forme informatique Massar.
C'est ce qui ressort du premier Atlas territorial de l'abandon scolaire, que vient de réaliser le Conseil supérieur de l'éducation. Un document inédit, basé sur un suivi « réel » des élèves, grâce au système de gestion scolaire Massar, et permettant des calculs « très fins ». Selon le document, 431.876 élèves ont quitté l'école en 2018, dont 78% aux cycles primaire et collégial, censés retenir les enfants jusqu'à 15 ans. Le plus fort taux est enregistré à la 3e année du collège, avec 19,3%, contre 17,1% à la 2e année du bac et 12,4% à la 6e année du primaire. Par région, Marrakech-Safi est la plus touchée par le phénomène (7,86% tous cycles confondus), suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (7,78%) et Béni Mellal-Khénifra (7,53%).
Mouhamet Ndiongue