Hydrogène vert : le Maroc vise un statut de hub mondial (Ryad Mezzour)
Le ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a affirmé, mercredi à Fès, que le Maroc a fait le choix clair et stratégique de se positionner comme un hub mondial de premier plan pour l’hydrogène vert et ses dérivés (E-méthanol, E-ammoniac et carburants de synthèse).
Le ministre, qui intervenait, par visioconférence, à l’ouverture d'une conférence internationale sur l’e-méthanol et l’e-ammoniac organisée à l'initiative du Cluster Green H2, M. Mezzour a souligné que cette ambition s’explique par les atouts considérables du Royaume dont des ressources renouvelables exceptionnelles, parmi les plus compétitives au monde en matière d’éolien et de solaire, notamment dans les provinces du Sud où les facteurs de charge éoliens dépassent 50%.
Le ministre a cité aussi une position géographique unique au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et de l’Atlantique, des infrastructures industrielles de classe mondiale (Jorf Lasfar, Nador West Med et le port Atlantique de Dakhla) et une expérience solide, le Maroc ayant construit en deux décennies des écosystèmes compétitifs dans l’automobile et l’aéronautique.
"Nous savons bâtir des industries, attirer les investissements et produire des résultats", a-t-il lancé devant un parterre d’acteurs publics, industriels, financiers et technologiques, réunis à l’occasion de cette rencontre pour débattre des perspectives ouvertes par les molécules vertes.
M. Mezzour qui a noté que l’e-méthanol et l’e-ammoniac sont au cœur de la vision industrielle du Maroc, a relevé que cette ambition marocaine est intégrée sur toute la chaîne de valeur allant de la production d’énergie renouvelable dans le sud du Maroc à des coûts compétitifs au niveau mondial, passant par la production d’hydrogène vert par électrolyse avancée et conversion en e-méthanol, e-ammoniac et carburants synthétiques pour atteindre la transformation industrielle et l’export via des corridors verts euro-méditerranéens vers des terminaux européens selon le cadre réglementaire de l’UE.
Certifié, proche géographiquement et industriellement capable, le Maroc est prêt à devenir le partenaire le plus fiable de l’Europe dans cette chaîne d’approvisionnement, a souligné le responsable gouvernemental, défendant un partenariat industriel stratégique fondé sur la complémentarité, l’intérêt mutuel et l’engagement à long terme.
Le Maroc, qui a préparé le terrain sur les plans foncier, des certifications (en cours) et des infrastructures, a besoin désormais d’un engagement concret des contrats d’achat et des décisions finales d’investissement, a relevé le ministre.
Il a mis l’accent sur la disposition du Maroc "à travailler main dans la main avec tous ses partenaires pour combler l’écart entre ambition et mise en œuvre", soulignant les engagements nationaux en ce qui concerne la chimie verte, les e-fuels et les molécules qui alimenteront la prochaine ère industrielle.
Le ministre a indiqué, par ailleurs, que cette rencontre intervient à un moment crucial, la transition énergétique n’est plus un horizon lointain mais elle constitue "désormais le terrain sur lequel se redéfinissent nos industries, nos routes commerciales et nos alliances géopolitiques".
Et de noter que le défi actuel face à ce processus consiste à décarboner les économies tout en garantissant la sécurité énergétique et la compétitivité industrielle, ce qui exige, selon lui, au-delà de l’ambition, une vision claire et des partenariats solides.
Initiée en partenariat avec l’université Euromed de Fès, cette rencontre a réuni des décideurs publics, des industriels, des investisseurs, des autorités portuaires, des développeurs de projets, des acteurs technologiques, des institutions financières et des experts internationaux. Les échanges ont porté sur les perspectives de marché, les conditions de bancabilité et les dynamiques d’industrialisation liées à l’e-méthanol et à l’e-ammoniac.
Cette rencontre, qui s’inscrit dans la continuité des ambitions nationales en matière d’hydrogène vert et de Power-to-X, avec l’objectif de renforcer le positionnement du Maroc dans les chaînes de valeur internationales, se décline en trois panels.
Le premier portera sur les marchés et les technologies de l’e-méthanol et de l’e-ammoniac, avec un focus sur la demande internationale, la structuration des offtakes, la maturité technologique, les développeurs et les utilisateurs finaux. Le deuxième panel sera consacré aux corridors verts, aux infrastructures portuaires et à la bancabilité des exportations, tandis que le troisième abordera le développement industriel, l’innovation et les externalités positive.