Prévention du crime : le modèle marocain fondé sur les données mis en avant à Abou Dhabi
L’expérience du Maroc en matière de prévention du crime fondée sur des données factuelles a été mise en avant, lundi à Abou Dhabi, lors de la séance plénière du 15e Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale (26 septembre-1er octobre 2026).
Intervenant au nom de la délégation marocaine dans le cadre de la thématique « Favoriser des stratégies de prévention de la criminalité innovantes et fondées sur des données factuelles au service du développement social, économique et environnemental », le directeur des Affaires pénales, des grâces et de l’observation de la criminalité au ministère de la Justice, Hicham Mellati, a mis en exergue les principaux piliers de la réponse pénale marocaine, à savoir une politique pénale nationale prospective s’appuyant sur des données factuelles et une justice centrée sur l’être humain.
Il a, dans ce sens, souligné l’engagement et la ferme volonté du Maroc d’accorder à la prévention du crime toute l’attention qu’elle mérite, en tant que levier essentiel de lutte contre le phénomène criminel, reposant sur deux dimensions complémentaires : l’observation anticipative de la criminalité et la réduction de la récidive.
La réponse pénale du Royaume repose ainsi sur plusieurs approches complémentaires, au premier rang desquelles figurent le recours aux données factuelles, l’approche centrée sur l’être humain, la complémentarité avec les politiques publiques et l’implication de la société civile, a-t-il expliqué.
Dans ce cadre, M. Mellati a passé en revue la création de l’Observatoire national de la criminalité, en tant que mécanisme institutionnel au service d’une politique pénale s’appuyant sur les données et les éléments probants. Chargé d’observer et d’analyser le phénomène criminel, l’Observatoire fournit aux autorités concernées une base de connaissances fiable pour l’élaboration et l’évaluation de la politique pénale.
Il a précisé que l’Observatoire adopte une approche participative réunissant les différents intervenants au sein de deux groupes de travail, technique et scientifique. Ceux-ci comprennent notamment les institutions judiciaires, représentées par la Présidence du ministère public et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ainsi que les services de la Sûreté nationale et de la Gendarmerie Royale.
Ils comptent également des représentants de plusieurs départements, institutions et instances, dont l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) et l’Autorité nationale du renseignement financier (ANRF). L’Observatoire s’ouvre en outre sur le milieu académique à travers des partenariats avec les universités nationales, renforçant ainsi la contribution de la recherche scientifique à la prise de décision en matière pénale.
M. Mellati a indiqué que l’Observatoire a réalisé, à ce jour, plusieurs études sur la criminalité au Maroc selon une perspective nationale tenant compte des spécificités du phénomène criminel, dont les déterminants et les causes diffèrent d’un pays à l’autre, tout en s’appuyant sur les indicateurs adoptés au niveau international.
L’Observatoire s’appuie, à cet égard, sur les institutions judiciaires et sécuritaires nationales, dotées d’unités spécialisées dans la collecte, le recensement et l’analyse des données relatives aux phénomènes criminels, ce qui facilite la mise à disposition des données et informations nécessaires.
Dans le cadre du renforcement des outils d’analyse, M. Mellati a fait savoir que les travaux se poursuivent pour la mise en place de la carte nationale de la criminalité, à travers une application informatique permettant la géolocalisation des crimes et le suivi de leur fréquence sur le territoire national, afin d’appuyer la prise de décision en matière de justice pénale et de mieux cibler les mesures de prévention.
S’agissant de la dimension sociale de la thématique de la séance, il a relevé que la réponse pénale au Maroc repose sur une approche centrée sur l’être humain, qu’il s’agisse de la victime ou de l’auteur de l’infraction, à travers l’actualisation du dispositif législatif national et la mise en œuvre de réformes institutionnelles au service de cet objectif.
Il a cité, à ce propos, le renforcement de l’assistance sociale au sein du système judiciaire, précisant que les juridictions marocaines comptent actuellement plus de 500 assistantes et assistants sociaux chargés de fournir des services socio-juridiques aux usagers de la justice, notamment aux victimes, et de les accompagner tout au long des différentes étapes du parcours judiciaire.
Des cellules de prise en charge des femmes et des enfants victimes de violence ont également été mises en place, de même que des centres d’hébergement pour les victimes de la traite des êtres humains dans le cadre du mécanisme national d’orientation des victimes, consacrant ainsi la dimension protectrice de la justice pénale et renforçant la confiance des victimes dans ses institutions.
Par ailleurs, M. Mellati s’est attardé sur le programme « Moussalaha », présenté comme un modèle marocain en matière de prévention de l’extrémisme et de réduction de la récidive, ainsi que comme l’illustration d’une approche dépassant la seule dimension répressive pour agir sur les racines intellectuelles et sociales de l’extrémisme.
Il s’agit d’un programme intégré de réhabilitation, lancé en 2017 par la Délégation générale à l’Administration pénitentiaire et à la Réinsertion (DGAPR), en partenariat avec la Rabita Mohammadia des Oulémas et le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH). Il repose sur trois axes : la réconciliation avec soi-même, avec le texte religieux et avec la société, parallèlement à des programmes de réhabilitation et de réinsertion sociale.
Un nombre important de bénéficiaires du programme ont bénéficié de la Grâce Royale après avoir révisé leurs idées et s’être réconciliés avec eux-mêmes et avec la société, a-t-il ajouté.
Selon les données du Centre « Moussalaha », 20 sessions ont été organisées depuis le lancement du programme en 2017, avec la participation de 456 détenus, auxquels s’ajoutent 24 détenus participant à la 21e session en cours, portant le nombre total des participants à 480.
Parmi les principaux résultats de cette expérience figure l’absence de tout cas de récidive parmi les bénéficiaires, a relevé M. Mellati, ajoutant que les établissements pénitentiaires ne comptent actuellement aucune femme condamnée en vertu de la loi antiterroriste.
Ce résultat est notamment le fruit de l’approche genre adoptée par le programme, dont ont bénéficié 14 détenues, toutes remises en liberté, s’est-il félicité, notant que la dernière d’entre elles a été libérée le 24 août dernier à la faveur d’une Grâce Royale, après sa participation à la 20e session du programme, ce qui témoigne de l’efficacité de l’approche de réhabilitation dans la prévention de l’extrémisme violent.
M. Mellati a, d’autre part, insisté sur l’importance de la coordination entre la réponse pénale et les différentes politiques publiques, soulignant que la réalisation des objectifs de prévention et l’efficacité de la lutte contre la criminalité restent tributaires de la complémentarité entre la justice pénale et les autres politiques publiques.
La politique pénale étant, comme le souligne la littérature spécialisée, partie intégrante des politiques publiques, elle doit être accompagnée des ressources matérielles et humaines nécessaires pour atteindre les niveaux d’efficience et d’efficacité escomptés, a-t-il fait observer.
Il a également souligné l’importance d’associer la société civile à la prévention du crime, compte tenu de ses missions et de sa proximité avec les citoyens, estimant que l’implication de ses différentes composantes constitue une condition essentielle pour assurer une réponse pénale efficace et intégrée.