(Billet 1346) – Après la nomination royale, allons-nous vers un «blocage» politique ?...

(Billet 1346) – Après la nomination royale, allons-nous vers un «blocage» politique ?...

Le succès est étriqué, l’ambiance est morose, la coordinatrice est au bord de la crise de nerfs et ils ne savent plus trop où ils en sont. Cela concerne bien évidemment le PAM, parti arrivé premier aux élections de la semaine dernière et à ce titre appelé à diriger les futurs majorité et gouvernement. Sauf qu’une semaine après, le nom de la personne qui sera chef du gouvernement n’est pas connue, et plus le temps passe, plus le doute s’installe et le malaise s’approfondit.

Selon la constitution, on le sait, le roi doit désigner le chef du gouvernement au sein du parti arrivé premier au scrutin, mais le chef de l’Etat n’est tenu ni à un délai ni à une fonction précise dans son choix, de chef du parti par exemple. Depuis 2011, le souverain s’est fixé la règle – et a instauré ainsi une tradition – de désigner le premier personnage de la formation arrivée en tête, dans un délai oscillant entre deux et cinq jours. Pour le PAM, comme toujours, les choses sont peu claires, pour ne pas dire opaques. En effet, cette formation a une direction collective et tricéphale, en plus d’un récent joker advenu en juillet, et cela fait une semaine que les élections se sont tenues au Maroc. Il y a donc réflexion au palais, voire hésitation.

Toujours selon la constitution, l’article 42 dispose entre autres que « le Roi (…) veille au respect de la Constitution [et] au bon fonctionnement des institutions constitutionnelles ». La constitution ne précise pas comment, pas plus que le fameux et désormais communiqué de référence du 15 mars 2017, dans lequel est évoqué la possibilité d’« autres options [qu’accordent au Roi] la lettre et l’esprit de la Constitution », sans là non plus préciser lesquelles. Mais ces options existent.

Le souverain désignera donc, incessamment, un dirigeant du PAM mais il prend le temps de s’assurer que la personne désignée sera « compatible » avec le bon fonctionnement des institutions constitutionnelles. Il semblerait, au vu du temps écoulé depuis l’annonce des résultats, que Fatima Zahra Mansouri, « cheffe des chefs du parti », présente des difficultés à remplir cette condition, d’où la réflexion actuelle. Fouzi Lekjaâ, dont « la mission » devait s’achever le 23 septembre, attend de savoir s’il s’en verra confier une autre, par le souverain cette fois. Mehdi Bensaïd, membre de la direction collective est sur la liste des prétendants, comme Mohamed Cheikh Biadillah, même si le curseur glisse rapidement sur leurs noms. Mais sait-on jamais.

Il est ainsi le PAM… Né en 2008 après la transformation de sa matrice originelle, le Mouvement pour tous les Démocrates (MTD), en parti, il a eu six secrétaires généraux, avant d’arriver à une direction collégiale de trois personnes en février 2024, laquelle direction tricéphale a changé avec le remplacement d’un de ses membres par une cadre du parti. Des congrès avec des échanges de tirs de chaises, un ou deux patrons sulfureux, un autre débarqué alors même qu’il avait permis au parti d’accéder au gouvernement, puis un joker inattendu et improbable qui survient pour doper la course électorale… Des dirigeants condamnés pour de lourdes charges, plusieurs élus en prison ou en jugement ou en attente de jugement… Et surtout, un scandale retentissant ce 23 septembre, pour l’affaire dite des « sacs », et qui n’en est encore qu’à ses débuts. Il est ainsi, le PAM, ce parti fondé en 2008 par l’actuel conseiller du souverain Fouad Ali el Himma, et dont l’ombre ne l’a jamais vraiment quitté.

Nous sommes d’ores et déjà face à une future majorité qui répond assez fidèlement à cet adage marocain de « men al khaima kharej mayel ». On pourrait même avancer cette idée de « men al Khaima Kharej mrid », malade, souffrant, et cela est attesté par le temps mis par le Roi pour arrêter son choix. La campagne du PAM fut violente, autant que celle du RNI d’ailleurs, le parti qui a dirigé la coalition cinq années durant, vers lequel tous les doigts accusateurs se tournent, désigné responsables de tous les travers de cette mandature, et qui attend de rendre des comptes. Il devrait, du moins… Cela est une autre affaire.

Le PAM à la tête de la majorité, c’est désormais acté par la vertu de l’article 47. Cependant, les diverses animosités suscitées par cette formation durant ces dernières années, et surtout le délai pris pour la désignation du chef du gouvernement pourrait conduire les autres partis à soigneusement peser et soupeser une alliance avec lui. Les avertissements et admonestations des élus du PJD et de la gauche pourraient également dissuader des partis de s’engager sur une voie promise à bien des tourments venus de l’opposition. S’ils observent une démarche véritablement démocratique en faisant intervenir leurs conseils nationaux pour la décision de participer ou non à la majorité, les partis de l’ancienne Koutla pourraient poliment décliner les ouvertures du PAM et de lui/celle qui serait chargé(e) de réunir une majorité. Et les délais se raccourcissant pour l’adoption d’une loi de finances pour 2017, le PAM pourrait même mettre en place un gouvernement minoritaire qui aurait une durée de vie limitée, et qui aboutirait au final à l’activation de l’article 42 de la constitution…

Nous serions alors dans une autre situation de blocage politique, qui rappellerait même pour d’autres raisons celle de 2016-2017, et qui aurait d’autres formes de manifestation. Et nous serions donc dans une configuration où le roi pourrait enclencher simultanément l’article 42 et le communiqué du 15 mars 2017. Ce serait alors l’occasion de faire une autre lecture et une interprétation de l’esprit de l’article 47, ce qui clarifierait les choses pour les élections à venir.

Mais attendons la décision royale pour voir et savoir ce qu’il adviendra des résultats de l’élection du 23 septembre.

Aziz Boucetta



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