Diphtérie au Maroc : symptômes, traitement et vaccination, les explications du Dr Tayeb Hamd

Diphtérie au Maroc : symptômes, traitement et vaccination, les explications du Dr Tayeb Hamd

La diphtérie est une infection bactérienne devenue rare dans les pays à forte couverture vaccinale, mais elle n’a pas disparu. Elle peut réapparaître dès qu’existent des groupes insuffisamment vaccinés. La forme respiratoire est une urgence médicale, car la bactérie peut produire une toxine capable d’endommager les voies respiratoires, le cœur et le système nerveux, explique le Dr Tayeb Hamdi, médecin, chercheur en politiques et systèmes de santé et vice-président de la Fédération Nationale de la Santé (FNS).

La bactérie

La maladie est principalement due à Corynebacterium diphtheriae. Toutes les souches ne sont pas dangereuses : les formes graves sont surtout provoquées par les souches qui produisent la toxine diphtérique. Cette toxine détruit les tissus locaux et peut passer dans le sang.

Transmission et contagiosité

La transmission se fait surtout par gouttelettes respiratoires et contacts rapprochés avec une personne infectée. Une diphtérie cutanée peut également transmettre la bactérie par contact avec une plaie. Des porteurs sans symptôme peuvent transmettre l’infection.

La période d’incubation est le plus souvent de 2 à 5 jours, avec des extrêmes d’environ 1 à 10 jours. Sans traitement, la contagiosité dure généralement autour de deux semaines, parfois davantage. Une antibiothérapie efficace réduit fortement l’excrétion bactérienne en 24 à 48 heures.

Le R0 est estimé, selon les études et les contextes, approximativement entre 1,7 et 4,3. Autrement dit, une personne infectée peut contaminer plusieurs autres personnes dans une population insuffisamment immunisée. La transmission augmente lorsque la population est insuffisamment immunisée.

Symptômes et formes cliniques

La maladie débute souvent par un mal de gorge, une fatigue, une fièvre modérée, une gêne à la déglutition et des ganglions cervicaux. Le signe le plus évocateur est une pseudomembrane gris-blanc, épaisse et adhérente sur les amygdales ou la gorge. Elle peut s’étendre encore plus bas vers le larynx et gêner la respiration. Un gonflement important du cou, appelé « bull neck », peut apparaître dans les formes sévères.

La diphtérie peut être pharyngée, amygdalienne, laryngée, nasale ou cutanée. Les formes respiratoires sont les plus dangereuses, car elles exposent à l’obstruction des voies aériennes et à la diffusion de la toxine.

Complications et létalité

La gravité dépend surtout de deux mécanismes : l’obstruction respiratoire par la pseudomembrane et l’action de la toxine. Celle-ci peut provoquer une myocardite avec troubles du rythme ou insuffisance cardiaque, ainsi que des neuropathies pouvant entraîner des paralysies, parfois respiratoires.

La létalité de la diphtérie clinique reste généralement de l’ordre de 5 à 10% malgré les traitements modernes. Elle peut atteindre environ 20% chez les très jeunes enfants et les adultes plus âgés, et être beaucoup plus élevée en l’absence de vaccination ou de traitement adéquat.

Diagnostic, hospitalisation et traitement

Le diagnostic est clinique puis confirmé par des prélèvements. Lorsqu’une diphtérie respiratoire est fortement suspectée, le traitement ne doit pas attendre la confirmation définitive du laboratoire.

Une forme respiratoire suspecte nécessite généralement une hospitalisation et un isolement adapté. La prise en charge repose sur l’antitoxine diphtérique, ou sérum antidiphtérique, qui neutralise la toxine encore libre, et sur les antibiotiques, qui éliminent la bactérie et réduisent la transmission.

Les contacts proches doivent être recherchés, surveillés et, selon leur situation, recevoir une antibioprophylaxie et un rattrapage vaccinal.

La vaccination

Le vaccin contre la diphtérie est un vaccin à anatoxine : la toxine est inactivée pour déclencher une réponse immunitaire sans provoquer la maladie. Il est généralement associé aux vaccins contre le tétanos et la coqueluche, parfois à d’autres antigènes.

La vaccination protège très efficacement contre les formes graves, mais la protection diminue avec le temps, d’où l’importance des rappels. Elle protège surtout contre les effets de la toxine. Une personne vaccinée peut exceptionnellement être colonisée par la bactérie, mais reste beaucoup mieux protégée contre la maladie sévère.

Situation mondiale

La diphtérie a fortement reculé grâce à la vaccination, mais plusieurs milliers de cas continuent d’être déclarés chaque année. Des flambées réapparaissent surtout lorsque la vaccination recule ou devient inégale, notamment dans les contextes de conflit, de déplacement de population ou d’accès insuffisant aux soins.

En Afrique, plusieurs pays ont connu des flambées récentes, notamment l’Algérie et la Mauritanie.

Histoire de la diphtérie au Maroc

Le Maroc a connu des épidémies de diphtérie avant la généralisation de la vaccination. Le développement du Programme national d’immunisation a entraîné une chute spectaculaire des cas : 14 cas étaient rapportés en 1989 et un seul en 1991, puis la maladie a pratiquement disparu des notifications pendant plusieurs décennies.

La couverture vaccinale nationale contre la diphtérie est élevée, autour de 96% dans les dernières estimations internationales disponibles. Cette moyenne peut toutefois masquer des poches locales de sous-vaccination.

Actualité au Maroc – septembre 2026

Le 28 septembre 2026, un cas de diphtérie a été confirmé biologiquement dans la région de Souss-Massa. Deux foyers familiaux ont été identifiés, à Agadir Ida-Outanane et Chtouka Aït Baha. Huit autres cas faisaient encore l’objet d’investigations biologiques, parmi lesquels deux décès.

Il est donc important de distinguer les statuts : à cette date, il ne s’agissait pas de neuf cas confirmés, mais d’un cas biologiquement confirmé et de huit cas en investigation. Selon les informations communiquées localement, le cas confirmé appartenait à une famille dans laquelle deux enfants étaient décédés et plusieurs enfants concernés n’étaient pas vaccinés ou l’étaient incomplètement.

Ces éléments signalent une réapparition locale importante, mais ne suffisent pas à parler d’une épidémie nationale.

Riposte et points à surveiller

Les autorités sanitaires ont mis en place les mesures classiques : enquête autour des cas, recherche et suivi des contacts, prélèvements, antibioprophylaxie lorsque nécessaire et rattrapage vaccinal. Des vérifications de carnets de vaccination ont également été menées dans certains établissements scolaires.

Les prochains éléments déterminants seront le nombre final de cas confirmés, la cause exacte des décès, l’apparition éventuelle de cas sans lien familial avec les foyers initiaux et la détection ou non d’autres foyers dans le pays.

Messages clés

La diphtérie est rare dans les pays vaccinés mais potentiellement mortelle. Son principal danger vient de la toxine produite par certaines souches bactériennes. La vaccination reste l’outil de prévention essentiel.

Au Maroc, la confirmation d’un cas en septembre 2026 après plusieurs décennies de quasi-disparition justifie une vigilance renforcée, surtout dans les groupes insuffisamment vaccinés.

En cas de mal de gorge associé à une membrane grisâtre adhérente, à un gonflement important du cou ou à une difficulté respiratoire, une consultation médicale urgente est nécessaire. Il ne faut pas tenter de retirer soi-même une pseudomembrane.



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