(Billet 1301) – Elections... on prend les mêmes et on recommence ?
Les élections approchent et les ambitieux s’accrochent. Le 23 septembre prochain, le corps électoral marocain est appelé aux urnes aux fins d’élire ses 395 députés pour les cinq prochaines années. Cette élection, comme toutes les précédentes, est importante, mais contrairement aux précédentes, elle l’est un peu plus quand même, pour plusieurs raisons internes et externes. Les annonces des listes de candidats se multiplient or, hélas, ces noms ne semblent pas refléter un grand changement dans le type et la nature des profils, et surtout dans l’appréhension générale de la politique par les politiques.
Pas la peine de citer les noms car ceux qui s’intéressent à la politique les connaissent et les autres s’en moquent, la perception est plus importante ; et ce qu’on perçoit dans cette affaire est que si on ne prend pas exactement ni forcément les mêmes types, on prend les mêmes profils-types, pour les mêmes partis, dirigés par les mêmes personnages, traînant les mêmes affaires ou scandales (les dirigeants des trois premiers partis actuels étant sévèrement chahutés aujourd’hui) !
La chose était prévisible et voilà, nous y sommes ; les cinq années de gestion des affaires publiques par le RNI auront singulièrement dégradé la chose politique dans le royaume. En ne prenant pratiquement aucune décision en matière de moralisation de la vie politique, en refusant de légiférer sur l’enrichissement illicite, en évitant toute réglementation sur le conflit d’intérêt et en négligeant son rôle à l’égard de la corruption et de son Instance, le gouvernement Akhannouch a considérablement abîmé la confiance des populations dans la politique.
Et il faut le dire, comme nous le disons depuis des mois, des années… Si le RNI et son « ancien » président Aziz Akhannouch sont largement responsables de la situation actuelle, les deux partis qui l’ont accompagné dans son exercice gouvernemental sont ses acolytes, pour ne pas dire ses complices. Il aurait appartenu au PAM de mettre le holà, clairement et explicitement ; quant à l’Istiqlal, qui s’est lui-même mis dans cette galère, il aurait dû en débarquer en 2023 ou même 2024 quand les remugles de la corruption, du fassad multiforme, avaient commencé à vraiment importuner !
Car c’est en 2023/24 que les effectifs des élus poursuivis par la justice, suspendus par le parlement, souvent incarcérés dans les différentes prisons du royaume, ont atteint des seuils inquiétants. C’est en 2023 que les prix des hydrocarbures et donc du reste se sont envolés et que les causes avancées et les explications servies ne convainquaient plus personne ; c’est en 2024 aussi que le terme « Fraqchia » est apparu dans le vocabulaire politique du pays, avec les dégâts qu’on sait sur le pouvoir d’achat des gens ; c’est en 2025 que les Marocains n’ont pas fêté l’aïd al-Adha, avec des statistiques de cheptel qui devaient plus tard s’avérer douteuses, peut-être même crapuleuses.
Oui, le gouvernement a réalisé des choses, mais n’est-ce pas pour cela qu’il a été formé ? N’est-ce pas sa raison d’être ? Les institutions du pays, exécutive et législative, n’ont pas un blanc-seing de la population pour laisser prospérer des ripoux car en face, ils font leur travail… Les institutions élues du pays doivent être certes évaluées sur leur bilan économique et social mais aussi et exactement de la même manière sur la moralité et l’intégrité de celles et ceux qui les font fonctionner. Or le gouvernement est responsable de l’inflation et du chômage et le parlement est comptable de son laxisme à l’égard de la très grave dérive de la pratique politique vers la déprédation et la dépravation politiques. Pas un seul ministre révoqué pour faits délictuels, même supposés, et pas une seule commission d’enquête ou même mission d’information, alors même que les révélations et les esclandres se suivent, se ressemblent et tristement se multiplient.
Aujourd’hui, et depuis plusieurs mois, les responsables gouvernementaux sont successivement brocardés, épinglés… Les scandales touchent de plus en plus de ministres, qui ne répondent pas, qui ne disent rien, ou bien n’importe quoi ; faut pas jouer aux prudes quand on louvoie et on élude !
Alors, tout ça pour ça ? pourrait-on maugréer… « le gouvernement du Mondial », les appétits qui s’aiguisent et les espoirs qui grincent, une volonté de primature mieux genrée… avec les mêmes personnels, les mêmes personnes, et un peu de chaises musicales pour mettre de l’ambiance ? C’est d’un déprimant que de voir tous ces ambitieux qui se précipitent, ce tristement fameux Maroc qui ne veut pas s’en aller, qui s’accroche de toutes ses dents aux miettes de pouvoir, et qui apeure et tient à distance cet autre Maroc qui doit venir aux affaires, pas pour faire des affaires mais véritablement pour régler celles des autres, des électeurs.
En septembre, on risque fort de prendre les mêmes pour recommencer… sauf que les énervés, les déçus, ceux qui ont trop patienté et même ceux qui ont déjà manifesté peuvent aussi recommencer. Il semblerait qu’il n’y ait pas de solution pour éloigner les indélicats, puisque ceux qui sont censés faire la politique sont leurs parrains ou, au moins, leurs protecteurs.
Alors que faire ? Et bien, voter quand même, franchement et massivement ! En se pinçant le nez peut-être mais voter, absolument. Fort heureusement, les nouvelles règles électorales permettront cette année à des jeunes sans appartenance politique d’y aller ; il ne reste plus qu’à espérer que ces profils seront vertueux. La seule solution réside dans le vote. Ne pas voter, c’est prendre le risque de voir la situation perdurer et les comportements se renforcer ; ne pas voter, c’est donner le sentiment du blanc-seing et de l’impunité.
Aller voter, en masse, pour n’importe qui ou même pour personne, est l’unique moyen d’espérer peut-être quelque chose de mieux… et éviter de recommencer un cycle politique qui, à la longue, devient aussi lassant qu’oppressant.
Aziz Boucetta