(Billet 1319) – Fouzi Lekjaâ, notable et corvéable
Et on y est donc, Fouzi au PAM ! Prise de guerre pour le parti, prise de tête pour l’intéressé. Le ministre (délégué) au Budget et président de la Fédération de foot était présent ce samedi 25 juillet au Conseil national du PAM. Tout le monde en parle, chacun y va de son avis et de son pronostic (ici aussi), mais personne ne sait vraiment ce qu’il en est (ici aussi). Alors on y va pour les spéculations et quelques explications.
Qui a soufflé cette idée à Fouzi Lekjaâ, puisque manifestement, très manifestement même, l’homme était dans ses petits souliers à ce meeting ? Arrivée en grande pompe dans la voiture perso de Mehdi Bensaïd, qui conduit donc son « ami » jusque devant la porte de la salle de conférences, Fouzi sort de la voiture, Fouzi est entouré par les journalistes et, sans un regard, Fouzi s’engouffre dans le bâtiment. On ne parle plus de Mehdi Bensaïd, qui a rempli son rôle de conducteur de Fouzi et de promoteur de sa voiture la Neo.
Le PAM a trois chefs, dont une cheffe, mais tous les regards étaient braqués sur Fouzi. Fouzi entre en salle, Fouzi est applaudi, Fouzi est acclamé, Fouzi est furieusement shooté par tous les objectifs, Fouzi salue les fans et les profanes, Fouzi est chaleureusement salué par les chefs et vaguement loué par Fatima Zohra Mansouri, Fouzi se lève, marche et sort, quitte le meeting, suivi par une escouade de journalistes et de curieux. Fouzi ne dit pas un mot. Pourquoi Fouzi a-t-il rejoint le PAM ? On n’en saura pas plus, car Fouzi ne dit pas un mot. Tout à sa corvée, comme l’évoque l’entièreté de son être lors de cette apparition pamiste…
Quelque chose ne tourne pas rond, malgré les ronds-de-jambes des uns et des autres autour de lui. Alors réfléchissons… Réfléchissons et scrutons l’histoire récente du PAM et de la sarabande enfiévrée dessinée par ses nombreux chefs/secrétaires généraux. Après les deux premiers ténors que furent Hassan Benaddi et Mohamed Cheikh Biadillah, calmes, sereins et posés, les suivants sont tous arrivés dans le chahut et sont tous repartis dans le chaos. Mustapha Bakkoury (2012-2015) part sur le cuisant échec des élections de 2016, remplacé par Ilyas el Omari (2016-2018), plus sulfureux que jamais, mystérieux à souhait et aventureux comme personne. Il s’en va, plutôt renvoyé, s’escamote tout en restant en poste, avant ce qu’on peut appeler l’élection du très terne Hakim Benchammas, qui tiendra difficilement et bruyamment jusqu’en 2020, année de l’élection d’Abdellatif Ouahbi à la fonction suprême lors d’une séance tumultueuse où le coup de poing était l’argument privilégié des uns et des autres. Puis, en 2024, les PAMistes renvoient Me Ouahbi, puis comprennent qu’un seul secrétaire général ne suffisant pas, il fallait en mettre trois. Las, même cela ne marche pas puisqu’en cours de route, l’un des membres du triumvirat s’en va dans des conditions douteuses, pour rester poli.
Avez-vous remarqué qu’à aucun moment, on ne parle d’idéologie, d’ancrage, de vision ou même de prévisions ? Tel est le PAM, un parti né de (presque) rien et allant (quasiment) nulle part. Il a néanmoins une utilité, celle de ruiner encore plus qu’elle ne l’est déjà la réputation et l’image de la politique en particulier et de la scène politique en général. Il a joué au trublion lors des communales de 2009 quand il s’était classé premier, après deux ans d’existence seulement, il a joué au trouble-fête aux élections de 2016 avec un Ilyas plus énigmatique que jamais, plus retors que personne, et il a joué des coudes pour en découdre en 2021 et arracher une deuxième place aux élections législatives de cette année-là. Depuis, on l’entend dire en théorie le contraire de ce qu’il fait en réalité.
Plusieurs de ses cadres sont en prison pour crimes graves, plusieurs autres sont en délicatesse avec la justice. Ses ministres sont ternes, à l’exception de Mehdi Bensaïd qui confirme la règle. Douche froide pour Fatima Zohra Mansouri alors que Mehdi Sekkouri ne se mouille pas, Ghita Mezzour et Laila Benali mettent une distance respectable entre elles et ce qui leur sert d’enveloppe partisane momentanée ; les autres ne sont pas connus. Et Abdellatif Ouahbi, à son habitude, chahute, provoque, s’agite ; il s’amuse comme un fou, même en perdant au passage son poste de secrétaire général, mais malgré quelques bonnes réalisations, il aura complètement raté son passage au ministère de la Justice, un rêve en principe pour tout avocat.
Alors donc, Fouzi… Arrivée de superstar avec un Mehdi Bensaïd qui s’est arrangé pour « y être », et Fatima Zohra Mansouri, qui affichait plus tard la mine des mauvais jours (photo), parce qu’elle semble « ne plus y être ». Abdellatif Ouahbi, bougon et faussement espiègle à son habitude, Samir Goudar et d’autres qui se démènent pour avoir un aparté avec le grand homme, être photographié ou, mieux, filmé en train de lui susurrer quelque chose à l’oreille. Mais… comme pour une superstar justement, tout cela manquait de profondeur et d’épaisseur intellectuelle.
C’est sans doute pour sortir de la joyeuse cacophonie dans laquelle est empêtré ce rassemblement de personnes qu’on appelle parti qu’ « on » a fait appel à Fouzi Lekjaâ, lequel n’en demandait pas tant et aurait bien voulu continuer de s’occuper de ses milliards du budget ou du foot. Mais l’appel du devoir prime et la verticalité contraint…
Très compétent comme personne n’en doute, placé sous les bienfaits d’une certaine baraka et même d’une baraka certaine, Fouzi Lekjaâ est sans aucun doute un homme d’action et de réalisations. Au PAM, une institution qui répond à des règles différentes que le foot ou le budget de l’Etat, un parti qui fonctionne comme un parti (marocain qui plus est), M. Lekjaâ risque de voir, justement, son étoile pâlir. Il sera chef de gouvernement et/ou il sera chef du parti, mais il sera chef, et son déclin commencera. Aucun chef du PAM n’en est sorti vraiment indemne… surtout quand un étranger au parti (même si son épouse y siège au bureau politique) arrive par le haut et s’apprête à prendre les autres de haut.
Le grand problème dans cette arrivée vaguement attendue depuis quelques semaines de Fouzi Lekjaâ au PAM est qu’elle perturbe l’écoulement jusque-là paisible, ou au moins prévisible, de la politique marocaine. A commencer par le RNI, sûr de lui depuis des années, mais un peu moins sûr depuis l’officialisation de Fouzi Lekjaâ au PAM, comme en attestant les sorties un peu énervées du « sage » Mohamed Aujjar ou du sniper Mustapha Baitas. Cette survenue non parachutée mais wingsuitée, fulgurante et précise, doit rappeler au RNI des souvenirs pas si anciens, un RNI qui comprendra le message… Mais ce qui est sûr est que le surgissement de Fouzi Lekjaâ en politique rebat les cartes, au point que les Mansouri, Baraka ou autres prétendants à la primature y perdent leur latin et leur boussole.
En clair, la haute fonction publique a dépêché l’un de ses meilleurs éléments sur la scène politique. Si la première y perdra sans aucun doute, rien n’assure que la seconde y gagne !
Aziz Boucetta