(Billet 1340) – Elections législatives : Morocco sollicite les voix d’al-Maghrib

(Billet 1340) – Elections législatives : Morocco sollicite les voix d’al-Maghrib

Observons la campagne électorale actuelle et examinons ce qui y est dit… En dehors de quelques partis, en réalité un ou deux, et de quelques candidats vertueux, tous les autres promettent tout à tous, et au diable la crédibilité ! Pour rencontrer le peuple, les chefs ou co-chefs de partis, les apprentis chefs de partis, les ministres et autres gens autoproclamés importants œuvrent à faire peuple. Et on voit bien se dessiner, là encore, un Maroc à deux vitesses. Comme l’affirment affectueusement et non sans humour les Marocains, le royaume se divise en Morocco et en Maghrib.

On le savait et le roi l’a solennellement confirmé en juillet 2025 : le Maroc avance à deux vitesses, et cela ne devrait pas et plus être le cas ! Et de fait, on voit l’urbain et le rural, et dans l’urbain les quartiers résidentiels et les quartiers périphériques, le tram et le triporteur, le Maroc technologique et le Maroc archaïque, Casablanca et le reste en économie, Rabat et le reste en politique, l’école privée et l’école publique, même chose pour l’hôpital, ceux qui ont des convictions et ceux qui ont des certitudes, ceux qui écoutent attentivement Mayssa Salama Ennaji et ceux qui entendent vaguement les candidats, ceux qui veulent aller en Espagne à la nage et ceux qui y vont en yachts… Les uns vivent dans al-Maghrib, les autres in Morocco.

Les populations et les politiques, ce sont deux Maroc et deux vitesses, séparés par les escouades de gardes du corps déployés par l’occasion autour de leurs candidats et de leurs berlines. On exclue bien évidemment la garde rapprochée d’Aziz Akhannouch, encore chef du gouvernement, et Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement. Les autres ne devraient pas créer de séparation avec celles et ceux dont ils sollicitent les suffrages, mais ils le font… et ce faisant, ils matérialisent Morocco et Maghrib.

Revue de détail…

1/ Mohamed Chaouki promet aux ménages de relever le SMIG à 5.000 DH et de produire de l’électricité dont l’excédent serait revendu au service public,

2/ Fatima Zohra Mansouri, pour faire Maghrib, prend ses allures populo et le discours qui va avec,

3/ Fouzi Lekjaâ promet à peu près tout, annonce Benslimane ville de finale de Mondial, puis va s’exprimer sur un organe de presse étranger, en français, alors que tous ses pairs PAMistes ou politiques se succèdent sur les plateaux télés nationaux,

4/ Nizar Baraka ne dit rien pour ne pas dire n’importe quoi,

5/ Aziz Akhannouch vient crier à ses ouailles que s’ils ne l’ont pas vu depuis cinq ans, c’est parce qu’il travaillait !

6/ Abdellatif Ouahbi va à Ouarzazate, s’énerve devant un micro en arabe classique, lyrique, pour révéler que la ville dont il est le maire un peu furtif a besoin… d’argent !

Et cætera , et cætera… Arrêtons-nous là pour ne pas grossir les rangs des déjà trop nombreux abstentionnistes. Oui, il faut voter, même si on fulmine, et on peut même fulminer à travers un vote. Cela s’appelle un vote sanction, mais là encore, on retrouve les deux Maroc, Morocco qui sollicite les votes, al-Maghrib qui pencherait pour la sanction. Pourquoi la sanction ? Et bien tout simplement par défaut, car il n’y a pas eu de présentation de bilan dans un débat public contradictoire.

En effet, et c’est l’autre différence de taille entre les deux Maroc, ces deux Maroc avançant à deux vitesses : Morocco a la mémoire courte et occulte allégrement le bilan des cinq dernières années, et al-Maghrib, à la mémoire plus longue, demande des comptes sur ces mêmes années. Morocco promet de protéger le pouvoir d’achat, al-Maghrib s’interroge sur les raisons pour lesquelles il faut le protéger et pourquoi ne l’a-t-il pas été ces cinq dernières années. Morocco impute la responsabilité de la hausse des prix aux Fraqchia, al-Maghrib se demande pourquoi les a-t-on laissés naître et prospérer et pourquoi ils existent encore.

Morocco s’adresse aux jeunes et aux moins jeunes toujours jeunes, mais au Maghrib, les jeunes et même les moins jeunes ne se sont pas donnés la peine de s’inscrire sur les listes électorales. En matière de langues, Morocco en est encore au français alors même que les gens et les jeunes d’al-Maghrib ont déjà basculé vers l’anglais.

Morocco s’est spécialisé dans les transhumances de type mercato politique, terme qui énerve les gens du RNI depuis 2021, car cette année-là, ils en avaient bénéficié et en 2026, ils le subissent. Mais face à ce mercato de Morocco, il n’existe que peu de fans d’al-Maghrib.

Et cætera , et cætera… les comportements de ce type, les petites phrases de ce genre, on en voit tous les jours, de quoi alimenter un almanach ou un bêtisier politiques, ou de quoi enrichir le scénario d’un film comique sur « les surdoués en politique ».

Alors, puisque Morocco a compris qu’al-Maghrib ne le comprend pas et le croit encore moins, certains partis, nantis, ont opté pour la technique bien connue en course du dopage et du lièvre. Ainsi du RNI et du PAM qui ont appelé Aziz Akhannouch et Fouzi Lekjaâ à la rescousse ; et à quoi reconnaît-on qu’ils ne sont là que pour doper, forcer le rythme, accélérer le tempo ? Au simple fait qu’ils ne sont candidats à rien mais qu’ils mouillent quand même la chemise et sillonnent le pays. On ne pourra quand même pas sérieusement soutenir que c’est par conviction idéologique !...

On comprend donc mieux maintenant la raison pour laquelle persiste ce Maroc avançant à deux vitesses ; la société va plus vite, bien plus vite qu’une classe politique cramponnée à ses habitudes et arc-boutée sur ses certitudes. Ce ne sont plus deux vitesses mais deux temps, une société au 21ème siècle avec ses défis et ses dangers, et des politiques confortablement installés dans le 20ème et ses discours et comportements politiques éculés.

Morocco et al-Maghrib se rencontrent tous les cinq ans, mais aujourd’hui l’écart est cinglant.

Aziz Boucetta



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