(Billet 1365) - Ils sont officiellement insensés...

(Billet 1365) - Ils sont officiellement insensés...

Ils, ce sont nos « frères » algériens, comme se plaît à les qualifier Ssi Omar Hilale, le représentant permanent du Maroc auprès des Nations Unies. On peut ne pas aimer son voisin et on peut l’accabler de tous les maux, on peut même vitupérer sans limite contre lui, ce dont s’acquittent merveilleusement nos voisins orientaux, et nous autres Marocains nous sommes accoutumés à cela. Mais là, après le vote de l’ONU sur la Minurso, ils ont fait fort, très fort, les « frères ». Un article de la radio algérienne pulvérise tous les records de bêtise.

Savourons donc l’introduction de cet article : « Le monde s'apprête à assister, lundi, à la plus grande farce de l'histoire politique des Etats, des gouvernements et des parlements ! Le Royaume du Maroc aurait un Parlement !? Et celui-ci se réunirait !? Et il prendrait des décisions !? Voilà l'une des mascarades politiques les plus grotesques orchestrées par André Azoulay au nom d'un royaume dont chacun sait que tous les pouvoirs sont entre les seules mains du roi prédateur ». L’objet de l’ire algérienne ? La réunion du parlement marocain en congrès aujourd’hui 2 novembre pour prendre position sur le dernier vote du Conseil de sécurité.

Pour comprendre les choses, il faut savoir que la semaine dernière, pour envoyer ses troupes au Niger et se rêver en force immanente sur le continent, le président Tebboune a rencontré son homologue nigérien ministre de la Défense (car en Algérie, le président est également ministre !), et ils ont tous deux décidé de l’envoi de ce contingent. C’était le 21 octobre. Le 22, le président saisit le parlement, comme l’y oblige la constitution qui dispose d’un vote à la majorité des deux tiers pour chacune des deux Chambres. Puis c’est week-end les 23 et 24. Le 25, le parlement se réunit donc avec ses deux Chambres. La Haute vote à l’unanimité, c’est bien, mais la Basse vote à la majorité absolue. On n’en sait pas plus, sachant que la majorité absolue n’est pas nécessairement aux deux tiers. Aucune importance, les députés ont voté, et apparemment personne ne s’est donné la peine de compter les voix de la Chambre basse, puisqu’ils ont voté. Tout cela fait un peu Pieds Nickelés, mais à force, le monde s’est habitué.

Le président qui veut dessaler un milliard de m3 par jour (dix fois plus que le volume quotidien mondial), qui donne à son administration un délai maximal de trois mois pour amorcer ou généraliser la transition vers l'énergie solaire… ce président, donc, réélu en 2024 avec des chiffres abracadabrants à donner le tournis à une bonne vieille calculatrice Casio, a décidé d’envoyer son armée au Niger, et peu importent les votes des parlementaires, leur nombre, leur quota et leur quorum ! Ou tu votes pour l’armée, ou tu es traître, et les traîtres, on les jette au cachot, en oubliant souvent même de les juger préalablement !

Et ainsi, selon la radio algérienne, le parlement de son pays serait devenu une source d’inspiration pour d’autres pays ! Lisons donc cette phrase de l’article : « Il semble que les jeux d'esprit auxquels se livre le palais royal aient séduit les dirigeants marocains aux multiples facettes, qui paraissent convaincus que ces artifices continuent, à chaque fois, de tromper un peuple opprimé, plongé dans la misère, le dénuement et l'oppression ». Il n’y a qu’à remplacer « royal » par « la Mouradia » et « marocains » par « algériens » et on tombe dans la réalité.

En médecine, on appelle cela une projection psychologique et/ou accusatoire, dans le sens d’attribuer à quelqu’un d’autre ses propres défauts, intentions, pulsions ou comportements, qu’on refuse de reconnaître chez soi-même. Mais honnêtement, que peut-on attendre d’un pays qui a construit une réplique de la Kaaba pour que les futurs pèlerins s’entraînent à tourner autour ?! A partir de là, la question algérienne ne relève plus d’un politologue mais nécessite le recours à un psychiatre.

Osons la question : Les Algériens savent-ils lire ?... lisent-ils ? On peut en effet s’interroger quand on lit ce passage du même article : « le Parlement marocain qui, en réalité, n'est pas bicaméral et ne dispose même pas de prérogatives législatives, pourrait bien être la goûte d'eau qui fait déborder le vase » (faute d’orthographe comprise). Ils auraient peut-être dû lire deux ou trois trucs avant de « rédiger » ça… la constitution marocaine et ses dizaines d’articles sur le parlement, le rôle et les attributions de chacune des Chambres de ce parlement oui, effectivement bicaméral… et puis, cette obsession sur André Azoulay et cette fixette antisémite de nos « frères » algériens. Tout cela se soigne. Difficilement, mais ça se soigne.

Les Marocains ont une armée, les Algériens appartiennent à la leur. L’Etat marocain possède une armée, l’armée algérienne possède son Etat ; on connaît la formule, elle s’appliquait à la Prusse du 18ème siècle, dans une comparaison qui ne fait pas honneur à la pourtant glorieuse armée prussienne.

Maintenant, les Algériens, qui abritent une « république » sur leur sol, ne savent plus quoi en faire… Une population en exil, on sait ce que c’est, il y en a eu dans l’Histoire et il y en a encore ; un gouvernement en exil, l’histoire pullule d’exemples… Mais une république toute entière en exil, cela est unique dans l’histoire humaine des gens sensés. Ainsi, le « président de la République » sahraouie rend visite à son homologue algérien sans quitter le sol algérien, qu’il ne quitte en dehors de l’Afrique que sous un nom d’emprunt, avec un passeport algérien. Vous y comprenez quelque chose ?

Et puis cette perle : « Aucune disposition ni aucune loi n'oblige le roi du Maroc à consulter le Parlement ! ». Non seulement il le consulte, mais une fois une orientation royale émise, le souverain doit attendre le vote du parlement. Oui, attendre le vote du parlement ; les Algériens ne peuvent pas comprendre qu’un chef d’Etat doive « attendre » un vote parlementaire. Ainsi, au Maroc, de l’assouplissement demandé par le roi sur l’avortement, en 2015, ou encore cette Moudawana portant code de la famille qui n’en finit pas d’être retardée au parlement…

Question angoissante : où donc est passée l’intelligence collective algérienne, celle qu’on a vue lors du Hirak de 2019 par exemple ? Des artistes créatifs, des fonctionnaires hardis, des jeunes passionnés, des militants engagés… des slogans somptueux, des revendications sensées, des ambitions légitimes. Et à l’arrivée, le tandem tantôt funeste tantôt burlesque formé par Tebboune et Chengriha, qui ont occulté toute cette intelligence et cette créativité, jetée en prison ou exilée de force. C’est bien dommage, et on ne choisit pas ses voisins…

Mais laissons Ssi Omar Hilale leur parler. Lui, il sait y faire.

Aziz Boucetta



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