(Billet 1349) – PAM… vers une majorité aridemétique
Qui a dit que la majorité parlementaire à venir sera faible ou indécise ? Faible, on ne sait pas encore, mais indécise, elle ne l’est certainement pas. Istiqlal et USFP n’osent pas y aller franchement et déclarer leur fort assentiment à l’intégration à la future majorité, mais leur décision est robustement prise. Même le RNI voudrait y être, bien qu’il soit le seul à le souhaiter… le PPS fait durer le suspense mais il n’a pas de raison sérieuse de faire faux bond à ses anciens amis de la Koutla. Mme El Mansouri a sa majorité.
Elle pourra donc compter sur cette force numérique, arithmétique à défaut d’être réellement politique. Les chefs de la Koutla qui accepteront d’intégrer la majorité ne le font pas par considération politique, même s’ils le clament la main sur le cœur ; les ambitions des uns et des autres, les promesses faites aux mêmes uns et aux autres encore ont eu raison des idéologies et des positions politiques. L’appel des Marocains a été peu entendu, l’attrait des maroquins est plus fort. Les conseils nationaux se sont réunis et, comme par miracle, ils confient tous leur décision d’entrer au gouvernement ou non à leurs chefs, eux-mêmes piaffant d’envie d’y être. Comme dit le très satirique Said Abarnous, ce n’était pas la peine de déplacer tout ce monde pour rien, un conseil national réuni en groupe whatsapp aurait suffi.
Le RNI veut y être, il ne se résout pas à tomber dans l’opposition, il ne sait pas y faire, ce n’est pas dans ses gènes. Ses chefs sont dans le déni car ils ont fini par croire qu’ils étaient les meilleurs et même indispensables. Ils se trompent. La cheffe de gouvernement et son parti n’ont pourtant pas osé rapporter publiquement ce qui s’est dit en cercle fermé lors de leur conseil national, quand bien des délégués ont exprimé leur refus d’accepter le RNI dans leur future alliance. Cela aurait eu du panache, cela aurait « posé » ce parti, et à faible coût politique, tellement le RNI est tenu pour responsable des travers des cinq dernières années, de la cherté de la vie, du chômage galopant parmi les jeunes. Mais ils n’ont pas osé dire ce qu’ils allaient de toutes les façons faire, exclure le RNI de la majorité.
Concernant l’Istiqlal, hors l’incroyable cafouillage du secrétaire général Nizar Baraka qui, lors de son propre conseil national, a rapporté une fausse information sur une décision prise par un parti tiers, le PAM, sur un autre, le RNI, les choses se passent trop facilement… M. Baraka avait laissé entendre, plutôt clairement, qu’il voulait rester au sein du gouvernement, mais que c’était au conseil national que revenait le dernier mot. Lequel conseil national lui a confié la responsabilité de décider. En réalité, au sein de la vieille maison istiqlalienne, les décisions ne sont pas assumées, pas plus que les ambitions.
Avec l’USFP, les choses sont encore plus simples. Driss Lachgar est prêt à presque tout, pourvu qu’il soit intégré dans la majorité, avec quelque chance d’être au gouvernement. Lui n’y sera vraisemblablement pas, mais ses proches oui. A cette condition, la majorité de 162 députés (PAM + Istiqlal) sera « enrichie » des 26 « socialistes » ; nous sommes à 188, le compte y est, presque, et le suspense n’est pas du tout insoutenable.
Il y sera, le compte, avec le PPS et ses 19 députés, qu’il essaie de porter à 20 en cajolant les « députés uniques », pour disposer d’un groupe et donc d’une meilleure force de négociation. Le PPS doit donc absolument faire partie de la majorité, et donc du gouvernement, et Fatima Ezzahra el Mansouri fera ce qu’il faut pour cela. En effet, s’il en est, en plus du renfort numérique, le PPS pourra faire face aux attaques attendues du PJD dont il fut jadis l’allié privilégié. Nabil Benabdallah fut le héraut d’Abdelilah Benkirane, il pourrait devenir le héros de Fatima Ezzahra el Mansouri, à défaut de ses pairs koutléens Driss Lachgar, démonétisé, et de Nizar Baraka, qui s’expose à l’être.
Et ainsi donc, par la grâce du chiffre et de l’arithmétique, la cheffe de gouvernement réussira l’amalgame de arithmétique et du prestige, même si l’arithmétique est poussive et le prestige érodé. Avec les trois de l’ancienne Koutla, le PAM dispose de ses 97 sièges auxquels s’arriment les 65 de l’Istiqlal, les 26 de l’USFP et les 19 du PPS. Nous sommes à 207, la majorité absolue est là, mais elle n’est pas absolument fiable, connaissant l’absentéisme des élus PAM et Koutla face à une troupe PJD et Gauche, disciplinée, disponible et en ordre de bataille annoncée, et connaissant la moyenne des effectifs de vote pour les lois importantes (PLF, lois organiques, …) dans la Chambre des représentants, qui est d’environ 200 à 250 votants.
Il faut donc verrouiller la majorité absolue et Fatima Ezzahra el Mansouri œuvrera sans doute à le faire avec une sorte d’élargissement généreux de la Koutla au MP, fondé en 1957par feus Mahjoubi Aherdane et Abdelkrim Khatib et qu’on peut sans trop de risque moral intégrer aux partis historiques. Ses 29 députés seront les bienvenus pour porter la majorité à 236, suffisant mais toujours périlleux… Le groupe UC/MDS pourrait se voir donc confier la tâche peu gratifiante pour lui mais sécurisante pour le gouvernement de renforcer la majorité par mauvais temps.
On l’aura remarqué, nous serons davantage dans l’arithmétique et le numérique que dans le résolument politique et idéologique. Le véritable test sera de voir si les « conditions » que poseront l’Istiqlal et le PPS seront respectées et satisfaites, ou non, et dans ce dernier cas, si ces deux partis se soumettront à leurs ambitions comme l’a fait l’Istiqlal ces cinq dernières années ou si, à l’inverse, ils regimberont au nom de ce qu’il leur restera comme engagement militant koutléen.
Dans l’intervalle, bon courage à toutes et tous.
Aziz Boucetta