(Billet 1350) - Au RNI, qui vit par l'épée...

(Billet 1350) - Au RNI, qui vit par l'épée...

Qui vit par l’épée périra par l’épée… on récolte ce qu’on sème… باش قتلتي باش تموت يا ملك الموت … La sagesse populaire universelle est prolifique pour exprimer cette idée que nos actes et nos actions entraînent des conséquences similaires sur nos propres existences, et finissent toujours par nous rattraper. Le RNI en fait l’amère vérification, cinq années après avoir culbuté le PJD puis dansé sur ses ruines. Aujourd’hui, il subit le même sort, et ce sort peut être funeste pour les Bleus.

Souvenons-nous… nous sommes en 2017. Aziz Akhannouch, alors ministre de l’Agriculture et tout nouveau président du RNI avait décidé d’obéir à l’injonction à lui faite de prendre son ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane en grippe, ce qu’il fit. On connaît la suite… blocage politique, départ de M. Benkirane et son remplacement par Saadeddine Elotmani, accaparement du nouveau gouvernement par M. Akhannouch et ses pairs… Puis nous arrivons à 2021, le RNI débauche à tour de bras, recrute chez les autres, déploie les grands moyens, les très grands moyens, fait du PJD le responsable de tous les maux du pays, se présente comme sauveur, et remporte les élections. Ne voyez-vous pas une similarité avec ce que le Maroc vit aujourd’hui sur sa scène politique ? Oui, on récolte bien ce qu’on sème…

Le problème du RNI est son inexpérience à ce niveau de gestion du pays et son extraordinaire manque d’humilité qui lui fait oublier cette autre sagesse arabe لو دامت لغيرك ما وصلت إليك. Aziz Akhannouch et ses amis anciens et nouveaux, les sûrs et les improbables, les ambitieux et les opportunistes, ont agi cinq années durant comme si le pays leur appartenait et que les institutions leur étaient soumises. L’arrogance des uns le disputait à la suffisance des autres, et les affaires prospéraient, les conflits d’intérêt se multipliaient, les fortunes grossissaient, pendant que l’argent public était mis à la disposition d’agents privés.

Le chef du gouvernement se comportait comme s’il était seul à diriger ce pays, comme s’il n’y avait pas une histoire politique du Maroc et comme si tout lui était dû, pour services (politiques) rendus. M. Akhannouch a même créé une caste d’entrepreneurs à lui seul inféodée, dans une sorte de rente économique sur laquelle il avait, seul, la haute main. Il a agi comme avaient agi, ou agissent toujours, les milliardaires au pouvoir… en important au sein d’institutions d’essence démocratique des pratiques venues d’un monde de l’entreprise naturellement autocratique ; voyez Trump, souvenez-vous de Berlusconi... N’ayant aucune expérience politique au sens plein du terme (être ministre techno n’en procure pas), M. Akhannouch avait semble-t-il oublié que le Maroc fonctionne avec des institutions, mais aussi une monarchie exécutive, responsable ultime de ce qui se produit dans le pays. Or dans le pays se sont produits deux événements d’importance, que le RNI, son chef suprême, ses chefs secondaires et ses nouveaux roitelets n’ont pas évalué à leur juste mesure, en l’occurrence octobre 25 avec les GenZ (remplacés par les NEETs) et Sebta 26.

La gestion entrepreneuriale et les méthodes d’Aziz Akhannouch sont directement responsables de cela, et aujourd’hui il en paie le prix politique, peut-être économique aussi et, à terme, possiblement judiciaire. A force de se gargariser de chiffres répétés à l’envi et à l’infini, il avait fini par y croire lui-même. Il ne voyait pas le chômage grossir dans les rangs des jeunes, il n’avait aucune considération pour la flambée des prix des produits alimentaires, il n’avait cure de sa responsabilité dans l’explosion des prix de l’énergie, il ne voyait pas l’hostilité monter dans les rangs de ses alliés gouvernementaux.

Pour lui, l’histoire s’est arrêtée ce 8 septembre 2021, quand il avait bouté le PJD hors du gouvernement, avec la plus grande humiliation pour ce parti qui, depuis, attendait son heure, l’heure de sa revanche. Le PAM et l’Istiqlal, planqués derrière lui au gouvernement, n’en pensaient pas moins.

Aujourd’hui, le RNI est défait, autant que les mines de ses dirigeants lors de leur dernier conseil national (photo). Ce n’est certes pas la bérézina électorale du PJD en 2021 mais c’est un vrai cataclysme politique. Il est devenu le pestiféré de la classe politique. Les électeurs l’ont rudement sanctionné, lui faisant perdre le tiers de ses effectifs (réels ou empruntés aux autres partis), le PAM ne veut pas de lui au sein de la future coalition, l’Istiqlal s’en délecte bruyamment, la CGEM respire du desserrement de cet étau qui l’étouffait, les anciens du RNI, ostracisés et marginalisés, soupirent d’aise.

En homme d’affaires avisé, en grand capitaliste (et on sait que le capital est lâche), Aziz Akhannouch a quitté le navire en février dernier et joue depuis les filles de l’air ; il a cédé sa place à l’une de ses créatures, Mohamed Chaouki, accepté du bout des lèvres par les caciques RNIstes, forcés et contraints, qui auraient bien voulu accéder, eux, à cette présidence. Le RNI a donc un président de et dans l’ombre en rupture de banc, cherchant à se faire oublier, et un autre, président de façade, qui ne réussit ni ne réussira à convaincre personne, étant lui-même un pas si lointain transfuge du PAM !

Et maintenant donc qu’il a compris quel serait le sort de sa formation, voilà M. Chaouki qui demande à maintenir sa formation au gouvernement. Les RNIstes, soudain saisis d’effroi face à ce qui pourrait les attendre (inspections diverses, commissions d’enquête, poursuites judiciaires, …), veulent donc s’accrocher, sachant que sauf grand miracle ou immense inconséquence du PAM de Fatima Ezzahra el Mansouri, ils ne seront pas reconduits. Mais lors de leur très déprimant conseil national de ce 3 octobre, ils mandatent tout de même Mohamed Chaouki pour négocier la pourtant non envisageable intégration à la future majorité.

Et donc ? Le RNI négocie discrètement son passage à l’opposition, rappelant suavement au PAM qu’eux deux se tiennent mutuellement par la barbichette ; globalement, chaque dossier ouvert par l’actuel exécutif sur l’ancien pourrait percuter sur la même action, venant du législatif. Les Bleus discuteront avec le PAM de leur rôle au sein de l’opposition, où ils auront la rude tâche de contenir les assauts attendus du tandem PJD/Alliance de gauche. Tout cela se négocie, se marchande, car tout est quantifiable. Tant pour le PAM que pour le RNI ! Mais le premier devrait se méfier de la frustration du second et s’attendre à des coups tordus, ou bas, ou les deux.

Quant à attendre du RNI qu’il devienne un parti d’opposition convaincant, cela relèverait de l’utopie. Pour deux raisons : le parti fut créé en 1978 pour diriger, pas pour s’opposer et encore moins pour s’imposer, et la gestion passée du RNI fut tellement sulfureuse, à bien des égards, que ses députés n’auront aucune marge de manœuvre pour s’opposer de manière crédible au gouvernement et s’imposer de manière sérieuse face au PJD.

Il n’est qu’à observer les mines lugubres des chefs du RNI lors de ce conseil national pour prendre la mesure de leur détresse. Ils ont semé le vent, ils doivent aujourd’hui affronter la tempête. Le PAM y pensera-t-il pour lui-même ?... mais ceci est une autre affaire…

Aziz Boucetta



Articles Similaires





Les plus populaires de la semaine




Vidéos de la semaine





Newsletters